Cible de nombreuses attaques racistes sur les réseaux sociaux depuis son élection à la mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) , Bally Bagayoko doit également régulièrement encaisser celles prononcées sur CNews. Dans un long tweet, le maire LFI a cette fois dénoncé vendredi 15 mai les propos tenus sur la chaîne bolloréenne de l’éditorialiste présenté comme spécialiste de politique étrangère Vincent Hervouët.
Au rassemblement de soutien à Bally Bagayoko à Saint-Denis : «Le racisme décomplexé, qu’on subit depuis des années, tout le monde l’a entendu»
Ce journaliste d’Europe 1 – autre station de l’empire de l’homme d’affaires d’extrême droite –, s’exprimait mercredi dans l’émission L’heure des pros sur le retrait des troupes françaises du Mali, en 2022 . La fin de l’opération Barkhane laisse désormais le pays en crise, aux prises d’attaques djihadistes.
Sur le plateau du show de Pascal Praud , Vincent Hervouët entame : «On a perdu le Mali et on a M. Bagayoko en échange. Voilà la réalité crue de ce qu’il se passe en France. Vous avez un maire malien à Saint-Denis, mais la France elle est…» Une fois n’est pas coutume, l’animateur de CNews réagit pour tenir son antenne : «Non, vous avez un maire français à Saint-Denis.»
Ce qui n’arrête pas l’éditorialiste. «Oui, mais d’origine malienne à Saint-Denis. Mais vous [la France de manière générale] êtes indésirable au Mali. On a été chassés du Mali», lance-t-il.
Une sortie évidemment intolérable pour Bally Bagayoko, qui assure toutefois «répondre avec calme». L’insoumis écrit : «En me qualifiant de “maire malien en France”, vous ne parlez pas seulement de moi. Vous dites à des millions de Français issus de l’immigration qu’ils resteraient éternellement renvoyés à une origine, quelle que soit leur place dans la société, leur engagement ou leur attachement à la République.»
Forcé une nouvelle fois à mettre en avant sa nationalité française face à ses détracteurs, l’homme de 52 ans, né à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) de parents maliens, ajoute être «Français. Né de l’histoire de l’immigration, certes, fier de mes origines familiales, évidemment, mais pleinement Français et pleinement légitime dans les responsabilités que les citoyens m’ont confiées par le suffrage universel».
Mais Bally Bagayoko profite également de cette énième dérive sur la chaîne bolloréenne pour dénoncer le climat qui y règne. Il relève ainsi «des amalgames identitaires, des sous-entendus sur la légitimité de certains Français ou des oppositions permanentes entre origines et appartenance nationale», entretenus à l’antenne. «Ce type de propos est devenu si fréquent sur CNews qu’il est désormais difficile de parler de simple “dérapage”», souligne-t-il.
«Cette banalisation est dangereuse pour le débat public. Elle nourrit la suspicion, fracture la communauté nationale et installe l’idée qu’il existerait des Français plus légitimes que d’autres», ajoute le maire qui avait déjà essuyé les propos racistes du psychologue Jean Doridot sur CNews. Fin mars, interrogé sur l’édile, ce dernier avait parlé de «tribu» ou évoqué l’ «homo sapiens» et les «grands singes» . Une enquête pour «injure publique» à caractère raciste a été ouverte. Le lendemain, le philosophe Michel Onfray, toujours sur CNews, avait prêté à Bally Bagayoko une attitude de «mâle dominant» après son élection.
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Cette fois, c’est aussi les relents coloniaux des propos de Vincent Hervouët – «on a perdu le Mali» – qui interpellent Bally Bagayoko. «La France doit entendre ce message. Notre pays ne peut plus penser sa relation avec le continent africain à travers les réflexes d’une autre époque. […] Le Mali est un Etat souverain», rappelle l’insoumis. Et d’ajouter : «Faire le parallèle entre cette situation géopolitique et mon élection comme maire en France révèle précisément le problème : l’idée persistante que des Français comme moi seraient toujours perçus à travers le regard de l’ancienne relation coloniale.»
Première chaîne info de France en 2025 mais avec des audiences en baisse ces derniers temps, CNews a été condamné à près de 30 reprises par le gendarme français de l’audiovisuel, l’Arcom, depuis 2019, pour un total de plus de 630 000 euros d’amendes.
