Ni « discours du complot » ni « déstabilisation » à un an de l’élection présidentielle à laquelle il est candidat. Pour autant, Édouard Philippe « conteste fermement » les faits qui lui valent l’ouverture d’une information judiciaire par le Parquet national financier, pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion au Havre.
Invité de C à Vous samedi 23 mai, Édouard Philippe s’est exprimé pour la première fois depuis l’ouverture de l’enquête sur les faits qui lui sont reprochés. « C’est assez désagréable, mais c’est comme ça » , a déclaré l’ancien Premier ministre. Se disant prêt à « répondre à toutes les questions que me pose la justice » , il a donné un bref aperçu de sa version des faits .
« Je vais expliquer à la justice pourquoi je considère que je n’ai pas enfreint la loi. Pourquoi une ex-collaboratrice, qui a été recrutée avant moi, j’ai considéré qu’elle n’avait pas véritablement le niveau que j’attendais et comment, dès qu’elle l’a compris, elle a déclenché un arrêt maladie, sans doute parce qu’elle n’allait pas bien. Ensuite, elle a commencé à dénoncer des faits dont elle considérait qu’ils n’étaient pas conformes à la légalité, ce que je conteste totalement », a développé le maire du Havre.
L’ex-collaboratrice en question est une ancienne haute fonctionnaire de la communauté urbaine du Havre pour la gestion de la « Cité numérique » . En septembre 2023, elle avait dénoncé un possible conflit d’intérêts sur l’attribution d’une convention d’objectifs pluriannuelle (un marché chiffré à 2,1 millions d’euros) à l’association LH French Tech dirigée par Stéphanie de Bazelaire et qui occupait parallèle le poste d’adjointe chargée de l’innovation et du numérique à la mairie du Havre.
La plainte, consultée par l’AFP, estime que le juge d’instruction devait « apprécier si un pacte a été conclu entre M. Édouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique » , un tiers-lieu d’innovation. Après ses alertes, la haute fonctionnaire s’était plainte d’avoir été écartée et harcelée moralement. Son contrat n’a pas été renouvelé.
L’ouverture de l’information judiciaire tombe mal pour Édouard Philippe, sur le point de lancer véritablement sa campagne présidentielle avec un meeting le 5 juillet à Paris. L’affaire risque de parasiter la campagne, alors qu’il est actuellement mieux placé dans les enquêtes d’opinion que ses concurrents à droite et au centre et qu’il a été donné, dans une étude parue mi-mars, comme le seul capable de devancer Jordan Bardella au second tour , si l’eurodéputé venait à représenter le Rassemblement national. S’ils sont conscients du risque, Édouard Philippe et son entourage choisissent d’afficher leur sérénité. Sur le plateau de C à Vous, l’ancien locataire de Matignon s’est refusé à tout « discours du complot, de la déstabilisation », disant son souhait de « pouvoir s’expliquer le plus rapidement et le plus complètement possible ».
