Alors que le texte sur la fin de vie vient d'être rejeté une nouvelle fois par le Sénat, l'ancienne ministre des Solidarités et de la Santé rappelle, ce vendredi 15 mai sur franceinfo, qu'elle est "extrêmement prudente sur l'aide à mourir", et que le sujet "nécessite de ne pas avoir une vision très simpliste."
En première ligne lors du début de la pandémie de Covid-19 en 2020, Agnès Buzyn, ancienne ministre des Solidarités et de la Santé, et désormais présidente d'Évidences, revient ce vendredi 15 mai sur l'évolution de la crise de l'hantavirus et sur la gestion du gouvernement actuel, qu'elle estime adaptée car prudente. Elle évoque également l'aide à mourir, après un nouveau rejet du texte par la chambre haute du Parlement. "Tel que le texte était sorti de l'Assemblée lors de son premier passage, je le trouvais plus raisonnable que ce qu'on avait entendu dans les débats" , admet-elle, tout en soulignant l'importance de "conclure" pour les malades.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Béatrice Gelot : Hier, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé que tous les cas contacts, 26 personnes au total, ont été testés négatifs. Est-ce que ça signifie que le risque épidémique est écarté ?
Agnès Buzyn : En tous les cas, plus on avance dans la durée d'incubation, plus on est rassuré de voir qu'il n'y a pas de cas parmi les cas contacts. Pour l'instant, nous restons dans le scénario le plus favorable, qui est que seuls les gens du bateau ont pu développer des symptômes ou la maladie partout dans le monde. Ce scénario permet d'envisager que le foyer épidémique s'éteigne, parce que toutes ces personnes-là sont hospitalisées, en isolement. Là où il faudrait s'inquiéter justement, c'est si des cas contacts se révèlent positifs, c'est-à-dire si des gens qui étaient dans l'avion se révèlent positifs, là, ça rendrait la situation un peu plus dangereuse. Et donc pour l'instant, la ministre de la Santé l'a confirmé, tous ces cas contacts sont négatifs.
L'opération transparence mise en place par le gouvernement, avec une communication parfois exacerbée, est-ce que ça a été la bonne méthode ? Est-ce qu'elle n'a pas inquiété plus qu'autre chose ?
Je crois que c'est une des leçons retirées du Covid. C'est d'abord une communication qui explique l'incertitude, qui explique le doute. Et ce qui m'a frappée, ce sont les experts sur les plateaux télé, qui, contrairement à la période Covid où tout le monde était péremptoire, donnait son avis sur ce qu'il fallait faire, sur les caractéristiques du virus qu'on ne connaissait pas… Là, je trouve que tout le monde est prudent, et ça me paraît vraiment de bon aloi. Même si ce virus est mieux connu que le coronavirus, qu'on ne connaissait pas, tout le monde a voulu garder une certaine prudence sur l'incertitude, et je crois qu'il faut la garder jusqu'à la fin de la durée d'incubation. Quand on aura passé les six semaines d'incubation de ces gens-là, on pourrait être totalement rassuré.
Non, je crois qu'on n'en fait jamais trop sur un virus qui peut potentiellement entraîner une létalité de 20 à 40 %, 30 % en moyenne, chez des gens malades. C'est vraiment un virus très dangereux et devant un danger pareil, on n'a pas envie de prendre de risque.
Beaucoup de Français se sont jetés sur les masques, ce qui a provoqué des tensions sur le marché. Est-ce que ça signifie que s'il y avait une autre épidémie, on n'aurait pas assez de stocks ?
En fait, nous aurons d'autres épidémies. Sortons de l'hantavirus, mais parlons simplement de la santé mondiale. Aujourd'hui, nous savons que nous aurons régulièrement des foyers épidémiques. D'abord, il y en a entre 150 et 300 par an, déclarés par l'OMS. Alors, tous n'ont pas vocation à devenir des pandémies. Ça peut être des virus très locaux, des foyers de méningite, des foyers d'Ébola, etc. Mais, en réalité, les gouvernements sont alertés deux, trois fois par semaine par l'OMS. Et donc, nous savons que de temps en temps, il y aura un virus qui passe à l'homme et qui potentiellement peut entraîner une pandémie ; un virus de la grippe, une grippe aviaire ou un autre virus. Donc, il faut se préparer à avoir des crises. Bien sûr, pour les virus respiratoires, il faut des masques, mais on peut imaginer qu'il y ait d'autres types de virus, et les masques ne sont pas forcément le seul stock dont nous avons besoin. D'ailleurs, on le voit avec la crise du pétrole aujourd'hui. On sent qu'il y aura des tensions sur d'autres choses.
Avec les tensions géopolitiques, on voit que les équipements médicaux à base de polypropylène semblent menacés par une pénurie de plastique. Donc, pas de risque de pénurie immédiate, mais peut-être à long terme. Est-ce que l'hôpital peut être menacé ?
Ça montre à quel point aujourd'hui les gestions de crise sont compliquées. Les crises, elles sont souvent combinées : vous pouvez avoir une crise sanitaire, avec une crise géopolitique, avec une crise sécuritaire. Ce qui compte, c'est de savoir s'adapter et de tenir un langage de vérité. C'est très important pour garder la confiance des gens. Là, nous allons avoir peut-être des tensions, mais il y a évidemment des précautions qui sont prises dans l'utilisation, et c'est normal. Je veux quand même rappeler que, ce qui a posé problème pendant le coronavirus sur les masques, c'était que le papier bleu qui servait à faire les masques était fabriqué à Wuhan. En réalité, le problème que nous avons eu, c'est qu'en fait, les commandes ne pouvaient pas arriver parce que la région où était fabriquée la matière première était fermée, et que plus rien ne sortait de Chine. Alors, on va espérer que cette situation particulière ne se produise pas à chaque crise.
Le Sénat a rejeté une nouvelle fois le texte sur l'aide à mourir. C'était l'une des grandes réformes sociétales voulues par Emmanuel Macron : est-ce qu'il faut un référendum ?
Je pense que ce type de sujet n'est absolument pas adapté pour un référendum où on répond "oui", "non", alors que tout est dans la façon dont on rédige les choses, dans l'endroit où on met le curseur sur ce qu'on appelle une maladie grave. Et donc, en réalité, ça nécessite, au contraire, d'être extrêmement prudent et de ne pas avoir une vision très simpliste. Ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas une grande réforme sociétale voulue par Emmanuel Macron. Il a été très prudent. Et moi qui ai porté la loi de bioéthique en 2019-2020, le président de la République n'y était pas du tout favorable à l'époque. Et je pense que c'est sous la pression sociétale, en fait, qu'il s'est laissé convaincre d'une nécessité d'avancer.
Est-ce que vous pensez que cette loi peut être adoptée avant l'été, ce qui est le souhait de beaucoup de malades ?
Je suis comme beaucoup de médecins, je suis extrêmement prudente sur l'aide à mourir, et, vraiment, j'avais un avis plutôt défavorable. Je dirais que tel que le texte était sorti de l'Assemblée lors de son premier passage, je le trouvais plus raisonnable que ce qu'on avait entendu dans les débats, où on autorisait l'aide à mourir à des gens qui n'étaient pas forcément en fin de vie ou en tous les cas condamnés par une maladie grave. Donc, je dirais qu'aujourd'hui, on peut comprendre qu'il y a un besoin sociétal, d'accompagner des personnes qui souffrent, qui n'ont pas d'espoir et qui ne peuvent pas s'en sortir de toute façon. Mais, est-ce que c'est une urgence ? Je pense que ça l'est pour les malades. Donc, je pense qu'il faut conclure, ça ne peut pas être des allers-retours indéfinis entre le Sénat et l'Assemblée. Il va falloir que l'Assemblée conclue. Mais j'espère qu'elle restera prudente, comme elle l'a été lors de la première lecture.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
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