Place aux réquisitions au procès en appel du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, qui comparaît aux côtés de neuf autres co-prévenus. Au terme de cette première journée ce lundi 11 mai d’un réquisitoire qui doit durer jusqu’à mercredi, les avocats généraux ont demandé la confirmation de la condamnation de l’ancien président pour association de malfaiteurs.
Nicolas Sarkozy n’a eu aucun regard pour les représentants du ministère public qui ont donc requis qu’il soit de nouveau condamné pour l’association de malfaiteurs qui lui avait valu 5 ans de prison en première instance.
« En projetant les atteintes à la confiance publique les plus graves, avec un niveau opérationnel inégalé, cette association de malfaiteurs se place dans le plus haut niveau de gravité que la République puisse connaître », a conclu Damien Brunet, l'un des trois avocats généraux.
Bouclant ainsi la boucle d’un réquisitoire que son confrère avait débuté en soulignant qu’en touchant au « droit à des élections libres, pilier central de la société démocratique », « cette affaire a largement participé à dégrader le pacte social ».
Cette association de malfaiteurs inclut aussi d’autres prévenus, dont le parquet requiert aussi la condamnation.
« Le premier, celui des fidèles, issus du cercle amical et professionnel… les amis, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, introduits ensuite dans les cabinets ministériels ». Mais aussi Claude Guéant, directement choisi par Nicolas Sarkozy, « le collaborateur remarquable ».
« Ces cercles concentriques autour de Nicolas Sarkozy sont devenus viciés pour avoir intégré en leur sein les agents de corruption que sont Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri », cingle le parquet. Des cercles qui incluent en troisième niveau l’argentier du régime libyen Béchir Saleh.
Et pour étayer leurs accusations, les avocats généraux sont revenus sur la chronologie des échanges entre ces protagonistes. À commencer par les rencontres « occultes » de Claude Guéant et Brice Hortefeux avec Abdallah Senoussi, le numéro deux du régime libyen condamné à perpétuité en France pour terrorisme et dont le sort judiciaire – obsession bien connue de Mouammar Kadhafi – a été une contrepartie qu’ont longtemps fait miroiter les Français aux Libyens selon le parquet. Des rencontres suivies par le versement de fonds libyens sur le compte de Ziad Takkiedine.
Mais le parquet est aussi revenu sur l’exfiltration de Béchir Saleh. D’abord de Libye , puis de France, en 2012, avec l’aide du patron des renseignements intérieurs. Ou encore la troublante concomitance des allers-retours de Ziad Takieddine en Libye avec les visites de Claude Guéant dans le coffre-fort à taille humaine qu’il a loué.
Et l’accusation de résumer : « Ziad Takieddine est celui par qui les personnes et les fonds, de part et d’autre de la Méditerranée, ont pu se rencontrer et circuler, en dehors du cadre diplomatique et de la loi » ; Brice Hortefeux est « l’homme d’une confiance fraternelle » qui « apporte un soutien opérationnel ». Quant à Claude Guéant, il est « la plaque tournante », « celui qui contrôle tout et tout le monde au nom et pour le compte de Nicolas Sarkozy ».
L’ex-président, dont l’accusation a réévalué le rôle, « il est celui sans qui toutes ces rencontres, tous ces transferts de fonds n’auraient eu aucun intérêt… », insiste le parquet, qui renchérit : « Celui sans lequel il n’y aurait aucun intérêt à bafouer la mémoire des victimes de l’attentat le plus meurtrier qu’ait connu la France depuis 1945 ; aucun intérêt à permettre à Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri de percevoir des fonds en marge d’opérations sur lesquelles ils n’apportaient aucune expertise, aucun intérêt à faire soutenir à Brice Hortefeux l’impossible théorie du ‘guet-apens’ diplomatique avec Abdallah Senoussi ».
L'accusation valide le raisonnement de première instance qui disait que « le soin particulier que Claude Guéant et Brice Hortefeux ont mis à présenter Nicolas Sarkozy comme étranger à ce processus corrobore au contraire le fait qu’il en était parfaitement informé ». Mais les avocats généraux vont aujourd’hui plus loin : ils demandent à la cour de condamner l’ex-président non pas seulement « pour avoir laissé agir » ses collaborateurs, comme avait retenu le premier jugement, mais bien comme « l’instigateur des rencontres avec les dignitaires » libyens pour solliciter des fonds.
Les réquisitions se poursuivent jusqu’à mercredi.
