Depuis la sortie de sa bande dessinée Picardie Splendor, François Ruffin est contraint d’en assurer la défense à chaque intervention médiatique. Son passage dans l’émission Quelle Époque samedi 23 mai n’a pas fait exception à la règle, alors que le témoignage d’une des personnes représentées dans les sketchs a mis à mal l’histoire dépeinte par le député.
Dans cette scène, François Ruffin intervient dans un conflit entre des agents ferroviaires, une femme noire et un homme, présenté comme ayant des origines arabes. Le député y est dépeint comme le sauveur, qui règle l’amende et démine une situation tendue. Sauf que selon le témoignage de Félix, qui se présente comme le troisième homme de l’histoire, tout ne s’est pas passé comme raconté dans la BD. Auprès du site Mizane, il a expliqué ne pas être Arabe, avoir lui-même payé l’amende (avant d’être remboursé par François Ruffin) et a démenti s’être énervé, comme décrit dans la planche. Il reproche à la bande dessinée d’avoir versé dans « la caricature ».
Invité de France 2, François Ruffin n’a pas contredit ce témoignage. « Je ne suis pas en conflit avec Félix », a-t-il déclaré. Il a ensuite re-raconté la scène, sans entrer dans les détails : « Il y avait quatre agents de la sûreté ferroviaire qui cernaient une femme noire et je ressentais une humiliation. Lui (Félix, ndlr) s’est levé le premier pour dire que ce n’est pas normal ce qu’il se passe. Ça a fait monter encore plus en tension. Ensuite il a traité les agents ferroviaires de “chiens”, ce qui n’a pas contribué à régler les débats. Je suis intervenu pour essayer… Je voyais quasiment dans ce wagon une allégorie de notre pays, c’était La Fièvre en direct et je ne veux pas ça pour mon pays », a évacué l’élu.
François Ruffin n’a pas évoqué le paiement de l’amende ni pourquoi il a dans un premier temps décrit Félix comme une personne non-blanche. Après la diffusion du témoignage, le député avait retiré de sa note de blog le qualificatif de « racisé » qu’il avait utilisé pour parler de Félix et précisé : « En vrai, je me suis assis en face de lui, et nous avons discuté à égalité. » Ce qui n’apparaît pas dans la scène illustrée.
Le député ne s’est pas étendu sur les raisons qui l’ont poussé à réécrire la scène. Il s’est seulement de nouveau désolidarisé des deux cases où il apparaît bombant le torse face à la femme et à l’homme dans une attitude de soumission. « Quand on fait une œuvre, il y a toujours une réception. Il faut entendre les critiques quand elles sont légitimes et cette critique me paraît parfaitement légitime. Si je pouvais enlever cette vignette et la remplacer je le ferai », a-t-il assuré.
Cette planche n’est cependant pas la seule à avoir provoqué l’incompréhension. Une autre, montrant des mères de la Courneuve empêchées d’entrer dans un magasin à cause de leur voile, lui a aussi valu nombre de remarques, le maire LFI de la ville Aly Diouara accusant l’ex-insoumis de « paternalisme » et de « condescendance sexiste » doublée de « réflexes raciaux ». Des critiques, venus de son ancienne famille insoumise comme des Écologistes avec qui il siège désormais à l’Assemblée et auxquelles François Ruffin a refusé de répondre. « Je pourrais vous parler longtemps des méthodes pour nuire et salir » , a-t-il lâché à propos de LFI mais « mon adversaire n’est pas ici. Mon adversaire est très clairement Jordan Bardella et le Rassemblement national. » Ou comment tenter de dépasser une séquence compliquée pour le candidat à l’élection présidentielle.
