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justicevia France Info··8 min de lecture

Karim Bouamrane : soupçon d'emploi de complaisance en Seine-Saint-Denis

Personnalités citées :Karim BouamraneStéphane Troussel
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Le contexte

Karim Bouamrane est le maire de Saint-Ouen et vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Il est soupçonné d'avoir favorisé l'embauche d'une proche comme chargée de mission, soulevant des questions sur l'utilisation des postes administratifs à des fins politiques. Le département fait face à des allégations de détournement de ces emplois.

Ce qu'il faut retenir

Karim Bouamrane a embauché une proche comme chargée de mission, soulevant des soupçons d'emploi de complaisance. Plusieurs témoignages indiquent qu'elle a peu travaillé dans son rôle. Un signalement anonyme a été fait à la Chambre régionale des comptes concernant des abus dans l'utilisation des chargés de mission au sein du département. L'Agence française anticorruption a également critiqué le manque de transparence dans les recrutements au conseil départemental.

Ce que ça change

Cette affaire pourrait avoir des répercussions sur la crédibilité de Karim Bouamrane et du conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Elle soulève des questions sur la gestion des ressources humaines dans les institutions publiques et pourrait entraîner des enquêtes plus approfondies sur les pratiques d'embauche au sein du département.

L'article complet

Source originale sur francetvinfo.fr

Le maire de Saint-Ouen a poussé l'embauche d'une proche, reconvertie dans l'hypnothérapie, comme chargée de mission au département. Un signalement et plusieurs témoignages pointent un possible détournement de ces postes administratifs à des fins politiques.

Maire de la ville de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane est devenu en quelques années l'une des figures incontournables du parti socialiste et plus largement de la gauche. Celui qui pense pouvoir être "une solution" nationale pour la présidentielle 2027 est aussi l'un des hommes forts de son département. En 2021, le socialiste Stéphane Troussel qui préside le conseil de Seine-Saint-Denis lui a déroulé le tapis rouge en le nommant troisième vice-président. Un poste dont il parle peu lors de ses interventions mais qui pourrait se rappeler à lui à cause de l'une de ses anciennes collaboratrices.

En janvier 2024, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis engage Valentine* en qualité de "chargée de mission aux affaires institutionnelles". Le poste d'attachée territoriale est à temps plein. De catégorie A, il est rémunéré autour de 3 200 euros brut et dépend directement de la direction de la culture, du patrimoine, du sport et des loisirs. Sur le papier, l'emploi est strictement administratif. La chargée de mission est embauchée pour se mettre au service d'un seul homme dont elle est proche : Karim Bouamrane, vice-président à la culture. C'est le socialiste qui a lui-même proposé et validé sa candidature au département. La quadragénaire remplace alors Emna Sghaïer, une fidèle du maire de Saint-Ouen et actuelle conseillère municipale de la ville. Selon la fiche de poste de Valentine que nous avons consultée, la chargée de mission doit notamment "fluidifier la circulation de l'information au quotidien, assurer le suivi des projets à forte visibilité externe, préparer les arbitrages, organiser les réponses aux sollicitations des habitants, des associations et des partenaires, organiser les déplacements sur des événements" .

Selon de nombreuses sources interrogées par la cellule investigation de Radio France , Valentine aurait, durant son contrat, peu travaillé physiquement à la direction de la culture à Bobigny. Elle n'a été aperçue qu'à l'occasion des rares séances publiques du conseil auxquelles a participé Karim Bouamrane entre 2024 et 2025. Patrick* , un collaborateur expérimenté de la majorité départementale témoigne : "Pour être honnête, tous les chargés de mission du département sont dans une zone grise car ils travaillent pour des élus et non pas pour leur direction. C'est connu. Mais ils travaillent pour la plupart. Ce sont des gens que je vois, à qui j'ai parlé, qui suivent les dossiers, qui secondent (parfois trop) les vice-présidents. Mais dans le cas précis de cette chargée de mission à la culture, c'est quelqu'un que je n'ai quasiment jamais vu au conseil départemental, dans les espaces communs comme à la cafétéria par exemple. La seule fois où j'ai croisé cette dame, c'était une fois dans un ascenseur pour aller à une séance en compagnie de Karim Bouamrane".

Une employée de la direction de la culture nous précise que "Valentine faisait parfois des permanences sans être physiquement avec nous". Mélanie*, une ancienne chargée de mission aux affaires institutionnelles du pôle société et citoyenneté au département nous dit "ne pas connaître" son homologue : "Durant cette période, j'étais pourtant en lien avec de nombreux autres chargés de mission, toutes les directions et le cabinet de la présidence. Mais les chargés de mission , glisse l'ancienne contractuelle, il y en a qui bossent, et d'autres, on ne sait pas trop… On ne les voit pas. Ils ne sont pas là" . Les fiches de postes des chargés de mission que nous avons consultés précisent pourtant qu'ils doivent badger à 100%, avec deux jours de télétravail possibles par semaine. "Tout ça est vérifiable par les ressources humaines via le système de badgeage 'chronos' du personnel du département", avance l'ex-chargée de mission.

Au moment de son embauche, la chargée de mission de Karim Bouamrane n'a aucune expérience des institutions territoriales ou dans le domaine de la culture. Après une carrière dans le marketing et la communication digitale, elle s'est reconvertie à Saint-Ouen dans l'hypnose ericksonienne, le yin yoga et la pratique de l'EFT (tapotements du corps) pour travailler sur les émotions des enfants et des adolescents en difficulté. Un profil en apparence bien éloigné des compétences requises pour un poste de chargée de mission, mais qui n'a pourtant posé aucun problème aux yeux de la commission de recrutement "qui a vérifié ses compétences et le niveau de diplôme requis", nous précise le conseil départemental.

Au courant de sa reconversion professionnelle, Karim Bouamrane nous explique que son ex-chargée de mission avait "une expérience professionnelle solide" en communication, une "appétence" et une "compréhension des politiques culturelles du département" . A l'appui de son propos, son cabinet dit disposer de nombreux documents qui attestent de son travail. Mais il ne nous fournit que trois courts emails envoyés dans l'année 2024 par Valentine depuis son adresse mail au département. Elle décline des rendez-vous au nom de l'élu et transfère d'autres mails du CD93 aux équipes du maire. Le cabinet de Karim Bouamrane nous fournit aussi des documents pour l'année 2025 : un rapport autour d'un événement artistique à la Courneuve (Biennale Multitudes ) , une note relayant une tribune d'artistes et d'élus pour la défense de la liberté de création, un agenda des moments culturels en Seine Saint-Denis. Les documents portent les initiales de la chargée de mission et du maire de Saint-Ouen. Ils datent tous du mois de janvier 2025. Interrogée par la cellule investigation, Valentine ne souhaite pas répondre à nos questions affirmant simplement avoir "beaucoup travaillé" pour Karim Bouamrane durant la durée effective de son contrat (15 mois).

Pourtant, plusieurs éléments interrogent. Ainsi les chargés de mission aux affaires institutionnelles ont la tâche importante de préparer des notes ou de rédiger les interventions de leurs élus devant le conseil ou d'événements. Or le vice-président à la culture est l'un des plus mauvais élèves du département en matière d'absentéisme. Entre janvier 2024 et mai 2025, lors des treize assemblées publiques où la chargée de mission était en poste, Valentine n'a pas eu à produire d'éléments de langage puisque, les fois où il était présent, Karim Bouamrane n'a pas pris la parole. Le maire de Saint-Ouen a également séché treize des seize commissions permanentes, ces réunions importantes ayant pour rôle de préparer et mettre en œuvre par délégation les décisions prises par le conseil.

Plusieurs sources politiques au sein de l'exécutif confirment que Karim Bouamrane semble s'être désengagé ces dernières années de ses responsabilités départementales au profit de sa carrière politique personnelle. Participant à peu d'événements protocolaires, il se ferait souvent remplacer, au pied levé, par d'autres élus de la majorité départementale comme le socialiste Corentin Duprey ou l'écologiste Élodie Girardet. "Aucun autre vice-président au conseil départemental disposant d'une délégation est autant absent que Karim, observe Patrick*, collaborateur des élus de la majorité départementale. Ça semble admis et toléré par le président, Stéphane Troussel" .

Plus intrigant encore, selon les informations de la cellule investigation de Radio France, Karim Bouamrane a également imposé la présence de sa chargée de mission dans sa propre mairie de Saint-Ouen. Elle ne disposait pourtant d'aucun mandat ou de responsabilité au sein de la municipalité. Début 2024, l'adjoint à la sécurité de la ville, Jean-François Clerc, est brusquement prié de partager son bureau avec Valentine, fraichement nommée au département. Une présence qui va durer près de trois mois. À ce moment, la collaboratrice du vice-président du conseil départemental Karim Bouamrane dispose pourtant du bureau B321 dans l'immeuble Papillon de Bobigny au sein de la direction de la culture, dont elle dépend directement. Énarque et conseiller référendaire à la chambre régionale de la cour des comptes, l'adjoint à la sécurité finit par envoyer un courrier à la direction générale des services de la mairie de Saint-Ouen pour questionner poliment la légalité de la situation. Le mail fait mouche et la chargée de mission aux affaires institutionnelles déménage aussitôt pour occuper le bureau d'une autre élue durant trois mois.

Jean-François Clerc nous confirme cette situation, sans souhaiter toutefois répondre à nos questions. "Aucune convention ne prévoit de partage ou de prêt d'agents territoriaux en mairie" nous confirme le CD93. Interrogé sur ce point précis, Karim Bouamrane assume : "Les chargés de mission travaillent au contact rapproché des vice-présidents et sont donc amenés à se déplacer en mairie. Lorsqu'ils viennent à la rencontre de leur élu de secteur, ils peuvent utiliser un bureau libre (…) mais ne disposent pas de bureau attribué".

Au-delà du cas de la collaboratrice de Karim Bouamrane, un signalement et plusieurs témoignages pointent un possible détournement de ces postes administratifs à des fins politiques. Selon nos informations, la question des chargés de missions aux affaires institutionnelles a fait l'objet d'une alerte reçue ce printemps par la Chambre régionale des comptes Île-de-France (CRC-IDF). Ce signalement anonyme provient d'un cadre du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. L'alerte évoque un possible détournement déguisé du plafond légal des collaborateurs du président du département, le socialiste Stéphane Troussel.

En s'appuyant sur les organigrammes des directions du CD93, le signalement estime que le cabinet compte pas moins de 35 conseillers politiques déguisés au lieu des 11 postes prévus par la loi dans ce département. "En plus des postes de communication et protocolaires, les 16 chargés de mission aux affaires institutionnelles sont des postes politiques de conseillers de cabinet auprès des vice-présidents, pointe le signalement. Ils sont rattachés aux directions de l'administration mais en réalité sont au service des élus". Contacté par la cellule investigation de Radio France, le cadre à l'origine de ce signalement précise : "À partir du moment où ces emplois de cabinet ou de chargés de mission ont un engagement politique connu dans un parti ou un mandat politique municipal, il y a un fort risque que ce soit un emploi complètement ou en partie fictif, ou un emploi de complaisance. C'est à dire que la personne travaille un peu pour la mission désignée par son poste, pour se justifier au cas où... Mais en grande partie, il fait autre chose. Notamment des tâches politiques liés à son parti, à son mandat local municipal et aux campagnes électorales". Le signalement n'amène pas de preuves directes de cette activité politique au service des élus, mais il incite la chambre régionale des comptes IDF à enquêter.

En février 2023, après des mois de contrôle interne, l'Agence française anticorruption (AFA) rendait un rapport très sévère à l'encontre du CD93 qu'il plaçait comme un département "à risque" . L'agence étrillait notamment l'opacité entourant les postes de chargés de mission aux affaires institutionnelles. Dans ce document que nous vous révélons, l'AFA mettait en doute la sincérité de leurs recrutements. L'agence soulignait que sur une dizaine de chargés de mission contrôlés, un seul d'entre eux avait passé un entretien d'embauche. L'Agence française anticorruption soulignait surtout le rôle politique de ces collaborateurs : "Le contrôle relève que ces emplois sont susceptibles de relever du champ politique. Ils peuvent être requalifiés en emplois de collaborateurs. Ce qui expose le département à un risque de dépassement du nombre de collaborateurs de cabinet autorisé par la loi" . Le département avait été sommé de mettre en place…

Texte extrait depuis l'article original sur francetvinfo.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur francetvinfo.fr.

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