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autrevia RFI — France··7 min de lecture

Ramy Shaath, militant palestinien menacé d’expulsion: «Mon crime est de parler de mon pays»

Personnalités citées :Emmanuel MacronRamy ShaathYasser ArafatMahmoud Abbas
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Le contexte

Ramy Shaath est un militant palestinien qui a été emprisonné en Égypte et libéré grâce à l'intervention d'Emmanuel Macron. Il vit en France avec sa famille et fait face à une menace d'expulsion en raison de ses prises de position politiques sur la Palestine. La France a reconnu l'État palestinien l'été dernier, ce qui ajoute une dimension à son engagement.

Ce qu'il faut retenir

Ramy Shaath, ancien prisonnier politique, est menacé d'expulsion de France en raison de ses discours sur la Palestine. Il dénonce un harcèlement administratif et affirme que ses critiques de la situation à Gaza sont à l'origine de cette menace. Shaath a été soutenu par plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International, qui ont interpellé le gouvernement français sur sa situation.

Ce que ça change

La situation de Ramy Shaath soulève des questions sur la liberté d'expression en France, notamment concernant les discours critiques sur Israël et la Palestine. Son cas pourrait influencer le débat public sur les droits des militants palestiniens en France et sur la manière dont le gouvernement français gère les questions liées à la sécurité et à l'ordre public.

L'article complet

Source originale sur rfi.fr

Le militant palestinien Ramy Shaath, ancien prisonnier politique en Égypte de 2019 à 2022, a été libéré grâce à l’intercession d’Emmanuel Macron. Il vit depuis lors en France avec sa femme et sa fille, toutes deux Françaises. Cet ex-conseiller politique de Yasser Arafat, aujourd’hui âgé de 54 ans, est visé par une procédure d’expulsion de la préfecture de Nanterre en raison de plusieurs prises de position jugées radicales depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza. Entretien.

RFI : Vous avez été libéré d’Égypte en janvier 2022 après une détention arbitraire de près de 900 jours. À l’époque, le président français Emmanuel Macron avait publiquement appelé à votre libération. RFI avait d’ailleurs consacré de nombreux sujets à propos de votre situation. Quatre ans plus tard, vous faites désormais face à une menace d'expulsion de la France sur la base d’une « grave menace à l’ordre public ». Quels sont les délits dont vous êtes accusé ?

Ramy Shaath : Accusé, en toute honnêteté, du crime d’être Palestinien, du crime de parler de la Palestine, et de faire partie de ceux qui dénoncent ce que je nomme un génocide à Gaza et la colonisation en Palestine. C’est tout. Tous mes crimes se résument essentiellement à mon discours politique, à mon apparence, au genre de personnes que je fréquente. Pour la police, le mouvement de soutien à la Palestine est clairement considéré comme suspect, et la logique est la suivante : si je connais ces personnes et que je travaille avec elles, alors je suis coupable, c'est évident. Je n'ai commis aucun crime.

On a tenté de m’impliquer dans une affaire qui a été classée sans suite par le procureur. Depuis, je suis harcelé administrativement. C’est comme si tout ce qui était palestinien posait problème. Lorsque je suis arrivé d’Égypte et pendant ma première année, mes discours ne portaient que sur la dictature égyptienne et le fascisme militaire, ainsi que sur les milliers de prisonniers politiques égyptiens. Toute ma vie, j’ai été contre la tyrannie et contre l’occupation. Quand j’ai commencé à parler de la Palestine, de son histoire et de sa situation d’après mon expérience et mon opinion politique, je suis devenu un criminel. Je n'ai rien à me reprocher. Je n’ai jamais appelé à la violence sous quelque forme que ce soit. On ne peut pas non plus m'accuser d'antisémitisme, car je déteste le racisme. Pour moi, le crime est un crime colonial.

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Une commission doit rendre son avis ce 21 mai sur la procédure qui vous frappe. Cet avis est uniquement consultatif, donc « pas contraignant » pour la préfecture. Votre avocate a déclaré à l’AFP que « dans la foulée, un arrêté d'expulsion peut être pris et exécuté à n'importe quel moment ». Que craignez-vous qu’il puisse se passer ? La France pourrait-elle réellement vous expulser, sachant que vous avez perdu votre nationalité égyptienne et qu’en raison de la guerre, même avec la nationalité palestinienne, vous ne pouvez pas retourner dans votre pays natal ?

S’ils peuvent me renvoyer à Gaza, je suis prêt à signer pour ça, mais malheureusement, ce n’est pas possible. Selon moi, l’idée n’est pas de prendre une décision d’expulsion. Je peux être placé en résidence surveillée ou sous surveillance policière. L’idée est essentiellement de m’empêcher de parler aux gens. C’est du harcèlement. Mon permis de séjour est non renouvelé sans motif valable depuis 2023, mon compte bancaire a été clôturé sans aucune base légale, idem pour ma Carte vitale alors que j’ai un problème cardiaque. Tout cela n’est que du harcèlement au cours des deux dernières années et demie. J’ai personnellement refusé auparavant d’en parler alors que beaucoup de gens m’exhortaient à le faire publiquement. Je ne voulais pas consacrer mon temps à me défendre ou à parler de moi. Je veux juste continuer à parler de la Palestine, des enfants victimes. Les autorités françaises veulent empêcher l’opinion publique de s’éveiller.

Avant cette procédure, vous avez été accusé en juin 2024 « d’apologie du terrorisme ». Une affaire qui a été classée sans suite par le parquet et vous n'avez donc jamais été condamné en France. Vous dénoncez donc une volonté de vous faire taire parce que vous défendez la Palestine, État reconnu par Paris l’été dernier. Estimez-vous que vous êtes parfois allé « trop loin » dans votre critique d'Israël, au sein notamment du collectif Urgence Palestine que vous avez cofondé ? On vous a reproché, entre autres, l’appel à la lutte armée, la qualification de « terrorisme », les bombardements israéliens sur des hôpitaux à Gaza…

Honnêtement, cela m’attriste terriblement. Les gens voient en direct à la télévision ce qui se passe en Palestine. Gaza est ma ville natale. Je connais tout le monde, je connais les rues, les maisons. J’ai de la famille là-bas. Je n’ai absolument aucune idée de combien de mes proches ont été tués. Combien ont été enlevés ? Combien se trouvent dans les rues ? Tous nos quartiers ont été détruits.

Comme je suis en colère, je suis aujourd’hui un problème. Ceux qui regardent leur famille et leur pays se faire détruire, qui se mettent en colère, ils deviennent un problème. Dès lors, certains se focalisent sur la colère dans ma voix. Mais oui, je suis en colère face à ce qui se passe depuis deux ans et demi ! Je suis en colère contre la complicité française et contre le génocide. Le monde a regardé tout cela se produire sans rien faire pour l’arrêter. Alors, je fais quoi de ma colère ? Je parle aux gens et je leur explique la situation alors que ce gouvernement nous dit que la résistance en Palestine n’est pas la solution. C’est impensable que l'on soit poursuivi en justice pour avoir parlé aux gens et expliqué nos positions. Mon univers, c’est le génocide en Palestine, c’est ça la colère. Et c’est visiblement un problème pour la sécurité en France.

Après votre libération des geôles égyptiennes, vous avez été à maintes reprises invité à partager votre analyse, votre expérience et votre expertise dans de nombreuses institutions, ministères, etc., dans l’Hexagone mais aussi à l’étranger et à l’ONU. Aujourd'hui, recevez-vous des soutiens internationaux ?

Je reçois beaucoup de soutien et je suis vraiment très touché. Il y a énormément de monde, et plusieurs organisations à travers le monde qui me soutiennent, dont Amnesty International. Il y a notamment celles qui ont immédiatement adressé un message au gouvernement français. Ces messages ne peuvent légalement être rendus publics avant soixante jours. Les organisations doivent attendre de voir si le gouvernement français respecte les lois et les réglementations en matière de droits de l’homme, et si ce n’est pas le cas, elles publieront ces déclarations.

Je suis quelqu’un qui milite depuis des années au sein du mouvement national palestinien. Ces dernières années, j'ai été reçu par le département d'État américain, le ministère italien des Affaires étrangères, le ministère français des Affaires étrangères, etc. ; j'ai donné des conférences au Parlement européen, aux États-Unis... J’ai toujours entretenu de bonnes relations avec le gouvernement français. J’ai été invité à l’Élysée pour le 14-Juillet. Nous avons toujours eu des divergences sur la politique en Palestine, mais il y avait toujours une manière respectable de surmonter ces divergences et de trouver des points sur lesquels s’appuyer. Mais aujourd’hui tout a changé.

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Avant votre engagement public, vous avez été une personnalité politique jusqu’en 2004, dans la lignée de votre père Nabil Shaath, ancien ministre palestinien des Affaires étrangères. Cet engagement public date donc de plus de deux décennies. Pensez-vous que l’action civile peut aujourd’hui avoir un poids face à l’action politique ?

Oui ! Nous, les Palestiniens, nous avons essayé beaucoup de choses et nous avons tenté la voie diplomatique à maintes reprises. Oui, j’ai accusé l’Europe en général, et la France en particulier, de nous avoir abandonnés ces trente dernières années, d’avoir laissé la Palestine se faire écraser. Quand je faisais de la politique, quand j’étais au sein de l’administration palestinienne, on m’appelait « l’Européen » parce que je n’ai jamais fait confiance aux Américains, que je n’ai jamais cru les dirigeants arabes et que je croyais que ça serait l’Europe qui ferait pression pour que les choses changent. Malheureusement, cela ne s’est pas concrétisé. Donc, oui, j’ai cessé de croire à l'action politique. Je crois dorénavant au peuple. Je suis donc allé vers lui pour lui parler, pour faire évoluer les mentalités, pour sensibiliser les gens, pour leur donner les moyens de comprendre. Mais je n’ai pas le droit de le faire…

Vous avez, entre autres choses, travaillé aux côtés de Yasser Arafat. Que penserait, selon vous, aujourd’hui, l’ancien leader de la situation actuelle en Palestine ?

Je ne pense pas que nous serions parvenus à cette situation si le président Arafat avait été là ; il jouait un rôle central précisément parce qu’il était un facteur d’unité pour la Palestine. Toute cette division entre Gaza et la Cisjordanie ne se serait jamais produite s’il avait été là. Cette politique de capitulation totale face à Israël, menée par Abou Mazen [Mahmoud Abbas, NDLR], n’aurait pas vu le jour, pas plus que cette stratégie du Hamas consistant à recourir uniquement à la force militaire ou à la violence. Que s’est-il passé ? Arafat a toujours cherché un équilibre entre notre droit de résister à l’occupation et notre capacité à assurer autant que possible la résilience de notre peuple afin de poursuivre notre lutte sur nos terres. Je viens de là, je viens du mouvement national palestinien. Je ne parle que de la Palestine, du peuple palestinien et de nos droits ; c’est ce que j’ai appris d’Arafat, et c’est ce que j’ai fait tout au long de ma vie.

Texte extrait depuis l'article original sur rfi.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur rfi.fr.

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