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Réunis à Paris cette semaine, les jeunes du club des grandes puissances remettent au ministre des Affaires étrangères Jean-Michel Barrot leurs recommandations - parfois leurs condamnations - sur les politiques publiques menées par leurs aînés.
Les jeunes des pays du G7 se réunissent aussi au sommet. Et ont toutes les raisons d’être inquiets. Guerres, tensions entre grandes puissances, crise climatique, explosion des dettes publiques, révolution de l’intelligence artificielle... Ils sont les premières victimes de «cette polycrise mondiale» , écrivent-ils dans un communiqué.
Réunis cette semaine à Paris dans le cadre du Y7 (pour Youth 7 ), le «contre-sommet» officiel de la jeunesse du G7, réunissant des délégués de 18 à 30 ans venus des États-Unis, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Italie, du Canada et du Japon, ont remis leurs recommandations à Jean-Noël Barrot, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères. Derrière les traditionnels appels à davantage d’action pour le climat (ils condamnent l’exclusion du climat de l’agenda officiel du sommet des chefs d’État qui se réunissent à Evian le 15 juin), leur inquiétude se concentre sur une réalité commune à tous les pays du G7 : le vieillissement de la population .
La pyramide des âges s’inverse, tandis que le poids électoral des générations plus âgées augmente. Dans plusieurs démocraties occidentales, l’âge médian de l’électeur approche désormais des 50 ans. Les arbitrages politiques s’en ressentent mécaniquement. Les dépenses destinées aux retraites et à la santé, disent-ils, progressent plus vite que celles consacrées à l’éducation, à la recherche ou aux infrastructures.
«Nos systèmes sont conçus de telle façon que les générations futures héritent des choix faits aujourd’hui» , explique Juliette Marceaux, coprésidente de la commission en charge de la démographie. Cette jeunesse se voit demander de financer à la fois le bien-être de la génération du baby-boom, de rattraper des décennies de retard dans les dépenses de défense tout en finançant la transition énergétique ou encore la souveraineté industrielle.
«Cela fait quinze ans qu’on a engagé un dialogue intergénérationnel mais aujourd’hui les dirigeants ignorent la pente démographique sur laquelle nous sommes lancés» , observe encore Juliette Marceaux, 31 ans, qui travaille dans le conseil. «Il y a une tendance à privilégier les dépenses courantes au bénéfice des anciennes générations.» Ces «ambassadeurs des générations futures» défendent l’idée de limiter strictement l’endettement public aux investissements de long terme, et non plus aux dépenses courantes liées au vieillissement ou aux retraites.
La dénatalité, désormais généralisée dans les pays du G7, libère mécaniquement des ressources publiques. Moins d’enfants signifie moins de dépenses pour les écoles, les crèches ou certaines allocations familiales. «Ces économies ne doivent pas être absorbées uniquement par le vieillissement de la population» , estime la Française. Les jeunes délégués appellent également à compléter système des retraites par davantage de mécanismes de capitalisation, afin de ne pas faire reposer l’intégralité du financement sur les actifs de demain.
Autre sujet majeur : l’intelligence artificielle. Les participants réclament un encadrement beaucoup plus strict des contenus manipulés, des algorithmes et des conséquences de l’IA sur l’emploi. Le communiqué évoque l’idée d’une taxation des entreprises qui remplaceraient massivement des salariés par des outils automatisés sans réinvestir dans la formation humaine.
Entre les représentants américains, japonais, européens ou canadiens, les échanges restent largement constructifs. « On aimerait bien que le G7 s’en inspire », glisse Juliette Marceaux.
