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internationalvia Slate.fr··8 min de lecture

Personnalités citées :Josep Borrell
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Le contexte

L'article aborde les défis géopolitiques auxquels l'Europe est confrontée, notamment en matière de souveraineté militaire, énergétique, alimentaire et technologique. Il souligne l'impact des événements récents comme le Brexit, l'invasion de l'Ukraine et les tensions avec des puissances comme la Russie et la Chine sur la sécurité et l'économie européenne.

Ce qu'il faut retenir

L'article met en avant la nécessité pour l'Europe de retrouver sa souveraineté dans plusieurs domaines face à des menaces géopolitiques croissantes. Il souligne que malgré des augmentations de budgets de défense, les pays européens, y compris la France, peinent à investir suffisamment pour faire face à ces défis. La dépendance énergétique et alimentaire de l'Europe est également mise en lumière, tout comme le besoin d'une intégration plus forte avec l'Ukraine pour renforcer la position de l'UE.

Ce que ça change

L'article indique que pour préserver son modèle social-libéral, l'Europe doit agir rapidement pour renforcer sa souveraineté dans des domaines clés. Cela pourrait entraîner des changements significatifs dans les politiques fiscales et réglementaires des États membres, ainsi qu'une réévaluation des priorités en matière de défense et d'investissement.

L'article complet

Source originale sur slate.fr

Phénix – Édité par Émile Vaizand – 19 mai 2026 à 6h55

En octobre 2022, l'ancien vice-président de la Commission européenne Josep Borrell déclarait: «L'Europe est un jardin. Nous avons construit un jardin. Tout fonctionne. C'est la meilleure combinaison de liberté politique, de prospérité économique et de cohésion sociale que l'humanité ait jamais réalisée, ces trois choses ensemble… […] Le reste du monde n'est pas exactement un jardin. La plus grande partie du reste du monde est une jungle et la jungle pourrait envahir le jardin.» Ce point de vue résume bien l'idéalisme de la construction européenne, un projet de type utopique fondé sur une architecture de sécurité héritée de la Seconde Guerre mondiale et une vision du monde marquée par l'horreur du nazisme et le sentiment d'une faute morale liée à la colonisation.

Or, depuis une décennie, étape par étape (Brexit, annexion de la Crimée, élection de Donald Trump, Covid-19, invasion de l'Ukraine, deuxième mandat de Donald Trump, etc.), le monde du passé est en train de disparaître. Et l'Europe ressemble de plus en plus à une forteresse assiégée. L'administration trumpiste MAGA veut sa soumission et sa vassalisation , ainsi que la destruction de ses institutions. La Chine veut sa soumission économique . Les mouvements islamistes radicaux rêvent d'infléchir ses lois. La Russie veut l'asservir par la domination énergétique et la peur nucléaire .

• Souveraineté militaire. Le retour à la souveraineté militaire européenne est une priorité absolue. Dans un monde d'empires dont les dirigeants considèrent que la force vaut le droit (les États-Unis sur l'hémisphère occidental et le Moyen-Orient , la Russie en Europe du Nord et de l'Est, la Chine sur le Pacifique), un appareil de défense diversifié et prêt à la haute intensité est le premier facteur dans une dynamique de rapport de force et le préalable à toute négociation.

Or, douze ans après le début de la guerre dans le Donbass et de l'annexion de la Crimée, quatre ans après l'invasion russe de l'Ukraine , la situation reste préoccupante. Si les budgets consacrés à la défense ont augmenté partout, les pays d'Europe dépensent toujours trop peu, sont toujours handicapés par leur dépendance aux achats militaires américains et peinent à investir à la vitesse nécessaire. Dans le cas de la France, le problème est simple: le déficit budgétaire, la dette et la part des intérêts de celle-là dans le budget annuel sont si élevés que la marge de manœuvre est presque inexistante.

Le réveil a été brutal. Pendant trois décennies, l'Union européenne (UE) a vécu dans un monde parallèle, une sorte de «fin de l'histoire» , en utilisant les budgets de la défense comme une variable d'ajustement des dépenses sociales de plus en plus élevées en raison du vieillissement de la population, responsable de la réduction du ratio actifs/retraités. Plutôt que de se transformer afin de s'adapter à la nouvelle réalité, le modèle de l'État-providence a été maintenu «quasi» en l'état grâce à l'explosion de la dette, conduisant à une croissance apathique, à un sous-investissement dans l'appareil industriel et au «grand décrochage» , un déclin économique majeur vis-à-vis des autres régions du monde.

L'UE a sacrifié sa souveraineté sur l'autel de l'hédonisme. En dépit des efforts, réels ou accomplis depuis quatre ans, il est clair que la montée en puissance de l'appareil de défense est corrélée à la distance avec la frontière russe. Si la Pologne, les pays baltes et les pays scandinaves font beaucoup d'efforts , l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France n'ont pas encore compris l'urgence de la situation, tandis que l'Espagne, le Portugal et l'Italie restent loin derrière. Il y a encore beaucoup à faire.

• Souveraineté énergétique. En dépit des investissements dans les énergies renouvelables un peu partout en Europe, on voit bien avec la guerre en Iran que la prospérité européenne reste liée au prix du baril et à l'approvisionnement en pétrole . La transition énergétique vers le renouvelable (solaire, éolien, géothermie, etc.) ainsi que le nucléaire doit continuer, afin de s'affranchir une fois pour toutes de la dépendance vis-à-vis de la Russie , des États-Unis et du Moyen-Orient. Vendue aux sociétés occidentales comme une «urgence climatique», la transition écologique est aussi une nécessité de souveraineté.

• Souveraineté alimentaire. Avec l'affaiblissement de la politique agricole commune (PAC), la multiplication des réglementations de Bruxelles et la baisse partout en Europe occidentale du nombre d' exploitants , la dépendance alimentaire vis-à-vis du reste du monde s'accroît – notamment en France – et ce, en dépit du potentiel de production de pays tels que la France ou la Pologne.

• Souveraineté technologique. L'Europe s'est fait largement dépasser par les États-Unis et la Chine dans de nombreux secteurs stratégiques: intelligence artificielle , robotique, automatisation des processus industriels, etc. Bien que disposant d'universités de renom et affichant des succès réels dans la recherche fondamentale, elle peine à concurrencer les États-Unis en matière d'innovation, de création d'entreprises, de coopération public-privé, de fiscalité, de simplification réglementaire, de création de licornes, d'accès aux capitaux-risqueurs. Et, à moins d'abandonner un modèle social-libéral, l'Europe ne dispose pas de la force de frappe «capital étatique» de la Chine.

Au passage, cette perte de souveraineté militaire, énergétique, alimentaire et technologique est concomitante d'un déclin industriel conduisant à la paupérisation de pans entiers des sociétés européennes. Conjuguée à des flux migratoires incontrôlés, elle provoque une montée des partis politiques des extrêmes qui remettent en question le modèle européen et son système de valeurs. Le retour de la souveraineté est donc le moyen le plus rapide de préserver le modèle social-libéral européen et sa cohésion stratégique. Et le statu quo –le chemin actuel qui passe par l'endettement et les niveaux historiquement élevés de dépenses sociales– est le chemin le plus sûr vers la vassalisation.

Le monde a changé. Les conflits, les risques et menaces géopolitiques se renforcent. Un ordre mondial avec ses règles, ses normes et ses institutions a cédé le pas à un nouveau désordre mondial. Tout espoir de retour à la normale est une illusion. C'est d'ailleurs le problème des jardins trop bien entretenus, ils survivent difficilement aux cataclysmes. Ainsi, les dirigeants européens, pourtant prévenus du retour probable d'un Donald Trump déchaîné, ont passé quatre ans à espérer que l'ouragan changerait au dernier moment de direction.

Cette fois-ci, heureusement, ils ont compris . Alors que les renseignements états-uniens (CIA) et britanniques (MI6) avaient anticipé l'attaque russe sur l'Ukraine des mois à l'avance, les Français et les Allemands refusaient de voir l'évidence. Pendant vingt ans, l'Allemagne a laissé dépérir son armée, tout en essayant d'amarrer la Russie à l'Europe par l'accroissement d'une dépendance énergétique coupable (Gazprom), sans écouter les critiques venues des États-Unis ou des pays d'Europe de l'Est.

Afin de coller à sa stratégie du «Net Zero» (la décarbonisation de l'économie pour atteindre la neutralité d'ici à 2050 ), le Royaume-Uni a limité les licences de forage en mer du Nord, augmentant ainsi sa dépendance énergétique et diminuant sa marge de manœuvre, ce qui conduit au résultat opposé de l'objectif initial, le consensus sur la nécessité de la transition écologique, pourtant fondamentale pour des raisons morales et de souveraineté. Enfin, dès la fin de la guerre en Ukraine, la Russie accélérera son réarmement, mobilisera une armée beaucoup plus grande (on parle de 2,5 millions de soldats en 2030), et, forte de quatre, cinq ou six ans d'expérience de guerre moderne en Ukraine, elle pourrait attaquer un nouveau pays européen .

D'abord, d'un point de vue militaire. En quatre ans, un pays envahi par un adversaire quatre fois plus gros, a réinventé la guerre. L'Ukraine est passée d'un pays demandeur d'aide militaire (200 milliards de dollars investis depuis 2022, principalement par les États-Unis et maintenant presque exclusivement l'Union européenne) à un exportateur de matériels militaires : drones, intercepteurs de drones, défense aérienne multicouches, stratégie de dronisation massive du champ de bataille, etc.

De plus, l'armée ukrainienne, qui serait pourvue d'environ 150.000 hommes, est à la fois la plus expérimentée et la plus puissante d'Europe. Ainsi, lors d'un exercice militaire mené en Estonie en mai 2025 , une équipe de dronistes ukrainiens a détruit deux bataillons de l'OTAN en une journée. L'Ukraine possède aussi l'équivalent de 25 à 40 milliards de dollars de capacités de production inexploitées par manque d'investissement. L'Ukraine n'a pas seulement réinventé la guerre moderne, elle a réinventé l'écosystème d'approvisionnement : une innovation militaire peut passer du stade du test à celui de la production en série en l'espace de seulement quelques semaines.

D'après son ministère de la Défense, l'Ukraine aurait la capacité de produire 10 millions de drones par an , quand la production totale de petits drones aux États-Unis (dont le budget de la défense s'élève à près de 1.000 milliards de dollars) est seulement de 100.000 engins volants par an. L'intégration de l'armée ukrainienne dans une sorte d'«OTAN européen» changerait la donne à tous les niveaux: doctrine, production de drones, investissements dans des start-up militaires, rattrapage du retard accumulé en capacités de production et évidemment expérience du combat face à l'adversaire russe.

Le Danemark, par exemple, s'est déjà engagé dans une logique d'investissement dans la technologie militaire ukrainienne. De même que l'Allemagne: des accords ont été passés entre l'entreprise Quantum Systems, basée près de Munich (Bavière) pour coproduire des drones ou investir dans la production d'intercepteurs de drones aux côtés de sa jeune homologue ukrainienne WIY Drones . Ou encore le Royaume-Uni, avec l'implantation d'une usine de la firme ukrainienne Ukrspecsystems dans le Suffolk (est de l'Angleterre) et son ouverture à la fin du mois de février .

Mais les complémentarités ne s'arrêtent pas là. L'Ukraine offre des solutions aux défis de souveraineté évoqués plus haut. Sur le plan alimentaire: avec l'Ukraine, l'Union européenne augmenterait sa surface cultivable d'un tiers et, par exemple, détiendrait 30% du marché d'exportation de blé. Sur le plan énergétique: des centrales nucléaires, des capacités de stockage gazier ou des moyens de créer de l'hydroélectricité supplémentaires. Pareil pour les terres rares, les minerais stratégiques, les réserves de nickel, de cobalt, de manganèse.

Enfin, la reconstruction de l'Ukraine, estimée à près de 500 milliards d'euros , représenterait une réserve d'activité, d'investissements, d'emplois phénoménale pour les pays européens, en panne de croissance depuis vingt ans (démographie, réglementation, fiscalité, dépenses sociales, etc.). Un défi et une opportunité d'intégration de l'Ukraine dans l'Europe (par un pacte de coopération ou par une adhésion pure et simple à l'UE) rééquilibrerait aussi le rapport Est-Ouest au sein de l'Union, forcerait une décentralisation des pouvoirs, ainsi qu'une vision plus pragmatique en matière de fiscalité, d'investissement, de budgets de la défense et aussi de politique migratoire.

Une chose est certaine: pour que l'Europe défende son modèle social-libéral, elle doit dans un premier temps tout faire pour retrouver sa souveraineté dans les domaines militaire, énergétique, alimentaire et technologique. Dans un deuxième temps, il faut redonner de l'espace aux gouvernements des différents pays de l'UE, afin qu'ils puissent poursuivre des politiques fiscales et réglementaires tournées vers la croissance, donc vers les nouvelles générations. L'intégration d'un pays qui a choisi un modèle européen de démocratie…

Texte extrait depuis l'article original sur slate.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur slate.fr.

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