François Montcorbier – 25 mai 2026 à 7h55
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Insider
Le Sahel, cette vaste bande de territoire située au sud du Sahara, où le désert cède progressivement la place à la savane puis aux zones tropicales, est récemment revenu sous les projecteurs. En cause? L'escalade des violences au Mali, devenu l'épicentre d'une crise globale dont aucune issue à court terme ne semble se dessiner. Le site d'investigation russe indépendant The Insider revient sur le destin tourmenté de la région, inévitablement mêlé à celui de la France et, plus récemment, à celui de la Russie.
Traditionnellement, le cœur géographique et politique du Sahel regroupe cinq pays: la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. Bien que le Soudan soit parfois inclus dans cet ensemble, sa trajectoire actuelle le place de facto à part. Les cinq États centraux partagent toutefois une histoire commune et des défis structurels similaires.
Le Sahel se caractérise bien sûr par la forte empreinte héritée de la colonisation française. Devenus indépendants dans les années 1960, ces pays nous sont restés durablement liés, notamment à travers des mécanismes économiques comme le franc CFA. Une dépendance prolongée qui a contribué à façonner des économies fragiles et peu diversifiées.
La région est également marquée par une forte homogénéité religieuse, l'islam y étant largement majoritaire. Cependant, une partie significative du territoire échappe au contrôle des États, tombant sous l'influence de groupes armés affiliés à Al-Qaïda ou à l'organisation État islamique . À cela s'ajoute une pauvreté extrême: le PIB par habitant y figure parmi les plus bas au monde, accentuant les tensions sociales.
Cette précarité économique s'accompagne d'une crise profonde des institutions étatiques. Dans la plupart de ces pays, l'État peine à assurer ses fonctions fondamentales, qu'il s'agisse de sécurité, de justice, d'éducation ou de santé. La situation est aggravée par une croissance démographique rapide, avec des taux de natalité parmi les plus élevés au monde, ce qui accentue la pression sur des ressources déjà limitées.
Ces facteurs ont conduit à une instabilité politique croissante. Depuis une quinzaine d'années, la région a connu une succession de coups d'État militaires, notamment au Mali , au Burkina Faso et au Niger. L'incapacité des élites politiques traditionnelles à répondre aux attentes des populations, combinée à la montée des groupes djihadistes, a largement sapé la légitimité des gouvernements en place.
La France, historiquement très présente dans la région, a tenté de maintenir son influence à travers des interventions militaires et des programmes de coopération. L'opération Serval, lancée en 2013 au Mali, a permis de stopper une offensive djihadiste. Toutefois, les efforts prolongés, notamment avec l'opération Barkhane, n'ont pas permis de stabiliser durablement la région, alimentant un sentiment croissant de rejet et d'accusations de néocolonialisme.
Le retrait progressif de la France a ouvert la voie à de nouveaux acteurs, en particulier la Russie , qui propose un modèle d'échange entre soutien sécuritaire et accès aux ressources naturelles. Des sociétés militaires privées, comme le groupe Wagner puis l'Africa Corps, ont ainsi pris pied dans plusieurs pays. Toutefois, ce changement de partenaire n'a pas apporté la stabilité espérée. Les violences et les attaques se poursuivent et les groupes djihadistes gagnent du terrain face à des milices privées russes pas forcément formées à ce genre de conflit.
Le Sahel se trouve aujourd'hui dans une impasse. Entre régimes militaires peu enclins à organiser des transitions démocratiques, expansion des groupes armés, menaces terroristes et pressions démographiques, la région est confrontée à un enchevêtrement de crises qui semble impossible à démêler dans un avenir proche. Cette instabilité menace désormais les pays voisins plus stables et pourrait transformer le Sahel en un foyer durable de déstabilisation régionale, en l'absence d'un engagement international massif.
