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justicevia Slate.fr··8 min de lecture

Personnalités citées :Nicolas Bessone
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Le contexte

La France a mis en place plusieurs dispositifs pour lutter contre la corruption, notamment la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et l'Agence française anticorruption. Malgré ces efforts, des failles persistent, notamment dans le secteur public, où la corruption semble se développer. Le phénomène de narcocorruption, où des trafiquants tentent d'influencer des agents de l'État, est en forte augmentation.

Ce qu'il faut retenir

Le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, a créé une cellule spéciale pour traiter les cas de narcocorruption, révélant des liens entre trafiquants et agents de l'État. La France, bien que dotée d'un cadre légal anticorruption, fait face à des défis dans la mise en œuvre de ces lois, notamment dans le secteur public. En 2024, près de 934 infractions liées à la corruption ont été enregistrées, mais beaucoup de cas sont classés sans suite. Le gouvernement a récemment adopté un plan national de lutte contre la corruption pour la période 2025-2029, visant à améliorer la prévention et la détection des actes de corruption.

Ce que ça change

Le plan national de lutte contre la corruption vise à renforcer les mesures de prévention et de sanction, notamment dans les collectivités territoriales et les services exposés au narcotrafic. L'efficacité de ce plan sera mesurée par des indicateurs tels que la réduction des classements sans suite et l'accélération des procédures judiciaires. Cela pourrait améliorer la perception de la corruption en France et renforcer la confiance des citoyens dans les institutions.

L'article complet

Source originale sur slate.fr

Guillaume Origoni – Édité par Émile Vaizand – 16 mai 2026 à 9h00

Un soir, la question survient, l'air de rien: «Tu peux me dire s'il est convoqué, lui?» La demande n'a rien d'extraordinaire. Un petit service, tout au plus. La greffière, l'agent administratif ou le policier syndicaliste hoche la tête. Il ou elle sait pertinemment que la ligne est franchie. Mais il faut bien donner un coup de main à la famille ou aux amis. Et puis, il n'est pas (encore?) question d'argent. C'est juste une réponse à une question. Demain, une autre suivra.

C'est aussi ainsi que la corruption opère, en érodant progressivement la frontière entre l'intime et le professionnel, entre le petit service rendu et la trahison d'État. À Marseille, à l'automne 2025, le procureur Nicolas Bessone a décidé de nommer ce processus et de le traquer systématiquement. Ce faisant, il a mis en lumière un problème plus vaste que ses dossiers: la France a construit l'un des dispositifs anticorruption les plus étoffés d'Europe, mais elle ne sait pas encore se défendre contre la forme de corruption qui progresse le plus vite.

Sur le papier, la France est pourtant équipée pour éviter le piège mortel de la corruption endémique, embryon du désastre systémique qui attend son heure partout où l'État révèle ses faiblesses. En quelques années, au cœur des années 2010, elle s'est dotée de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ( HATVP , depuis 2013), de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales ( OCLCIFF , depuis 2013), du Parquet national financier ( PNF , depuis 2014), de l'Agence française anticorruption ( AFA , depuis 2016). La loi Sapin 2 , adoptée en novembre 2016, a imposé aux grandes entreprises privées des dispositifs contraignants: cartographie des risques, code de conduite, canal d'alerte, formation.

Dans le dernier indice de perception de la corruption de l'ONG Transparency International, publié en 2025 , sur une échelle allant de 0 (fortement corrompu) à 100 (très peu corrompu), la France se situe à 66 points, au 27 e rang mondial, derrière l'Allemagne (77/100, 10 e ) et loin des pays nordiques, de Singapour ou de la Suisse en tête du classement. Ce score est en léger recul de quelques points depuis 2020, après plus de deux décennies autour des 70 points. Tout de même classée dans le peloton des démocraties de la catégorie poids lourd, la France ressemblerait plus à un État dans lequel il y a de la corruption qu'à un État corrompu.

Mais, dès qu'on cherche ce qui se passe réellement, le tableau se brouille. En 2024, la police et la gendarmerie ont enregistré 934 infractions d'atteinte à la probité (corruption, trafic d'influence, concussion, prise illégale d'intérêts, détournement de fonds publics et favoritisme). Les tribunaux prononcent chaque année 300 à 400 condamnations pour ces faits: un volume quasi stable depuis quinze ans. Plus d'une procédure sur deux est classée sans suite. Les décisions définitives tombent souvent plusieurs années après les faits. Et le budget consacré à l'ensemble de l'appareil –HATVP, AFA, OCLCIFF, PNF– représente environ 20 millions d'euros par an, dans un budget public de 1.500 milliards.

Dans son évaluation de la politique de lutte contre la corruption, publiée en décembre 2025 , la Cour des comptes parle d'un «phénomène mal mesuré» et de progrès «notables» dans les grandes entreprises. Elle est beaucoup plus sombre concernant le secteur public, car c'est là que la faille est béante.

Depuis 2013, la lutte contre la #corruption en 🇫🇷 évolue, avec de nouvelles lois et de nouveaux acteurs. Mais la prévention, la détection et les sanctions doivent encore être consolidées. 🔎Une enquête réalisée à l'issue de notre campagne citoyenne 2023 ➡️ https://t.co/DiGgoDzl7R pic.twitter.com/1fowds8GcH

Contrairement au secteur privé, aucun équivalent de l'article 17 de la loi Sapin 2 n'impose aux administrations publiques une liste de mesures anticorruption claires et contraignantes. On trouve des référents déontologues souvent isolés, des dispositifs d'alerte peu connus, une culture du signalement fragile.

Dans les collectivités territoriales, on est un peu loin de ces contraintes: quelques grandes métropoles ont mis en place des cartographies des risques et des procédures d'encadrement des marchés publics; des centaines de communes se contentent d'un guide éthique. Or, c'est précisément là –permis de construire, attribution de marchés, subventions associatives– que se jouent les scènes ordinaires de favoritisme et de clientélisme. Et, de plus en plus, les premières prises de la corruption, voire de la narcocorruption.

C'est là aussi que le maillon disciplinaire se révèle le plus faible. Les procédures internes sont lentes, les sanctions tardives et la tentation reste forte de «gérer en famille» ce qui devrait rapidement basculer du côté du pénal.

À l'automne 2025, le procureur de la République de Marseille Nicolas Bessone cesse de traiter les cas de corruption liés au narcotrafic comme des incidents isolés. Il crée une cellule spéciale chargée de centraliser tous les dossiers où le trafic de stupéfiants semble «s'acheter» des fragments de l'État: policiers, gendarmes, douaniers, greffiers, surveillants pénitentiaires, agents de préfecture, voire élus locaux. Très vite, une vingtaine d'enquêtes s'accumulent sur les bureaux de cette nouvelle cellule anticorruption.

Parmi ces affaires, celle impliquant deux agentes administratives du tribunal judiciaire de Marseille est particulièrement révélatrice du chemin emprunté par les narcotrafiquants. Il ne s'agit pas de magistrates ou d'enquêtrices, mais d'employées de bureau. Elles ouvrent les dossiers, alimentent les systèmes d'information, saisissent les dates d'audiences, les mandats, les mesures de contrôle judiciaire. Elles savent qui est convoqué, qui est recherché, quelle enquête s'accélère.

Les enquêteurs repèrent dans les historiques informatiques des consultations anormales: des dossiers ouverts sans lien avec leurs tâches, des accès répétés à des procédures touchant au trafic de stupéfiants. En recoupant, ils identifient la proximité de l'une des agentes avec un homme décrit comme proche de la DZ Mafia . La suite se reconstruit peu à peu au cours de l'enquête. Le premier service –répondre à la question sur la convocation– ouvre une porte. Puis viennent d'autres questions: «Il passe quand?» ; «Est-ce qu'il y a une enquête sur tel cousin?» ; «Ils ont mis les téléphones sur écoute?»

Les psychologues appellent ça le pied-dans-la-porte: le premier service crée l'engagement, les suivants l'alimentent. Sans mallette de billets, sans menace. À mesure que ces échanges se répètent, la frontière entre l'intime et le professionnel s'estompe. Des informations sensibles –état d'avancement des procédures, identités de mis en cause ou de témoins, dates des audiences– quittent le tribunal pour rejoindre un réseau de stups. Le poste administratif est devenu un poste sensible, sans que personne ne l'ait pensé comme tel. L'argent rentre alors dans ce tango funèbre et tant que l'orchestre est payé, les partitions sont rejouées à volonté.

Quelques mois plus tôt, une greffière du même tribunal marseillais avait déjà été mise en examen puis écrouée pour des faits proches: consultations illégales de fichiers judiciaires, fuites d'éléments à un entourage impliqué dans le narcotrafic . Ce n'est pas une figure de la justice qui tombe, mais un maillon discret, celui qui permet de savoir, avant les autres, quand la machine judiciaire va mettre en mouvement ses forces motrices à la fois lentes et puissantes.

Au printemps 2026, une nouvelle affaire est venue frapper la police marseillaise . Au centre: un certain Yannick G., policier de 49 ans. Un temps délégué syndical Alliance, figure connue dans les couloirs, habituée des réunions et des négociations. Ce capital de confiance interne contraste brutalement avec ce que révèle l'enquête.

Il lui est reproché d'avoir consulté des fichiers en dehors de tout besoin de service, d'en avoir détourné des données au profit d'un contact impliqué dans l'arrivée par la mer d'un chargement de cocaïne. Fin mars, le tribunal l'a condamné à trois ans de prison avec sursis et à une interdiction définitive d'exercer, pour «corruption passive, violation du secret professionnel, détournement de données de fichiers, faux, usage et offre de stupéfiants».

Un policier qui partageait des informations confidentielles avec des repris de justice condamné pour corruption passive à Marseille https://t.co/pAA9C9mbuX

La peine acte qu'un réseau de trafic a pu disposer, pendant un temps, d'un informateur placé à l'intérieur de la police, dans une ville où la lutte contre les narchomicides est déjà sous pression maximale. «Le genre de connard qu'on déteste», entend-on dans les couloirs des commissariats marseillais. Car la corruption est aussi une machine à salir: elle éclabousse les enquêteurs spécialisés, affaiblit la crédibilité des institutions, fragilise les procédures en cours.

Ce que ces affaires révèlent, c'est une évolution stratégique du narcotrafic. Dans un rapport paru à l'été 2025 , l'Office antistupéfiants (Ofast) qualifie la narcocorruption de «menace systémique» . Les trafiquants peuvent proposer jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros pour acheter un informateur au sein des services publics. L'objectif n'est pas d'obtenir un arrêté municipal ou un gros contrat, mais d'accéder à l'information en amont. Savoir qu'une enquête s'ouvre, que des interpellations se préparent, qu'un conteneur est ciblé. Le renseignement est devenu le nerf de la guerre.

C'est précisément là que la chaîne disciplinaire et pénale française apparaît en retard . Entre le premier service rendu et la mise en examen, des mois, parfois des années, peuvent s'écouler. Les sanctions –parfois lourdes– tombent souvent après-coup, lorsque les dossiers ont été consultés, les témoins exposés, les cargaisons passées, les enquêtes fragilisées.

La Cour des comptes a souligné un autre angle mort: entre la fin du précédent plan anticorruption et l'adoption du suivant, la France a vécu plusieurs années sans stratégie coordonnée, alors même que les signaux d'alerte s'accumulaient.

Le 14 novembre 2025, le gouvernement a adopté un plan national de lutte contre la corruption 2025-2029 , piloté par l'Agence française anticorruption (AFA). Trois ambitions: mieux mesurer la corruption, mieux prévenir dans le secteur public, professionnaliser la filière pénale.

🔴 Adopté par le @gouvernementFR , le deuxième plan pluriannuel couvrant la période 2025-2029, fixe les priorités de l’État pour faire face aux risques spécifiques engendrés par la corruption. Pour + d'infos ➡️ https://t.co/kDUzbjYkG4 pic.twitter.com/7y6YmIv8Sj

Un observatoire des atteintes à la probité doit rassembler les données de la police, de la justice et des autorités indépendantes. Le plan cible explicitement les zones rouges: collectivités exposées, ports et aéroports, services en contact avec le narcotrafic, fichiers sensibles de police et de gendarmerie. Un Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) est entré en fonction au début de l'année 2026 , même si son articulation avec le Parquet national financier (PNF) reste à préciser.

En 2029, le résultat se lira à quelques indicateurs simples: moins de classements sans suite, des délais raccourcis, des sanctions disciplinaires appliquées vite dans les cas de corruption avérée et une meilleure perception des dynamiques internationales.

Entre la greffière qui consulte un dossier pour un proche, les agentes qui ouvrent un fichier pour la DZ Mafia, le policier syndicaliste qui renseigne un trafiquant sur un chargement de cocaïne, c'est la même question qui se répète de tribunal en commissariat. L'État français est-il capable de refermer ses propres brèches?

La France a fait son rattrapage normatif. Elle a multiplié les sigles et aligné son droit sur les standards internationaux.…

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