Après la tempête provoquée par les menaces du patron de Canal+ , le vent souffle toujours sur la Croisette . Ce mardi 19 mai, c’était au tour d’Arthur Harari, réalisateur en compétition pour son film L’Inconnue , de prendre la parole au sujet de la pétition anti-Bolloré , qu’il a lui-même signée dans les pages de Libération .
« Il se trouve qu’avant les actualités de ces derniers jours, je m’étais exprimé dans la presse en disant quelque chose que je ne peux que redire : il faut nommer les choses quand elles existent , a martelé le cinéaste en conférence de presse. Avant d’ajouter : Il y a quelques instants, je parlais du réel. Il s’impose à nous. »
Arthur Harari précise : « Dans un an, il y a des élections. Il n’y a jamais eu autant la possibilité qu’un parti d’extrême droite prenne le pouvoir. Il fallait que quelque chose soit nommé sur la situation de ce groupe fondamental (Canal+, ndlr) dans le financement du cinéma français, mais aussi européen. »
Au coup d’envoi de cette édition 2026 du festival, plus de 600 professionnels du secteur, parmi lesquels Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi, mais aussi Swann Arlaud ou Adèle Haenel, ont dénoncé dans un texte « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le 7e art par l’intermédiaire de Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Canal+.
En marge des festivités, plusieurs des signataires ont été interrogés sur le sujet, dont Arthur Harari. Dans un autre article de Libération , ce dernier a notamment déclaré ne pas avoir attendu de découvrir l’ éviction brutale d’Olivier Nora chez Grasset « pour comprendre le problème d’avoir le premier contributeur privé du cinéma aux mains d’un cryptofasciste ».
Des mots qui n’ont pas été du goût de Maxime Saada. « Pour moi, la limite est là », a déclaré le PDG de Canal+, lors du traditionnel brunch des producteurs organisé par son groupe à Cannes. « Eh bien moi, je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste », a-t-il avancé, laissant craindre la création d’une liste noire.
Plus connu jusqu’ici pour ses qualités de scénariste (comme sur Anatomie d’une chute , film réalisé par sa compagne Justine Triet et qui a remporté la Palme d’or 2023), Arthur Harari n’a pas cédé aux menaces, ce mardi. Il a rappelé la place que tient Canal+ dans le groupe de Vincent Bolloré, « qui concentre un nombre étourdissant d’organes de presse et de télévision, dont l’orientation est très à l’extrême droite ».
La ligne éditoriale de CNews peut en témoigner. La refonte de celle du JDD depuis la mainmise du milliardaire sur l’hebdomadaire, aussi. « Quand quelque chose n’est pas dit, il faut le faire. Sinon, ça pourrit », insiste Arthur Harari, qui souhaite toutefois dissocier le travail réalisé par les équipes de Canal+ « en faveur de la diversité » – pour qui il dit avoir tout son respect – de l’idéologie de leur propriétaire.
Lui prend comme autre exemple le CNC, dont l’existence est, elle aussi, « menacée par les représentants du Rassemblement national ». Institution clé pour le financement du cinéma français, le Centre national du cinéma et de l’image animée fait l’objet d’un amendement visant à sa suppression déposé par un député RN, selon qui trop d’argent serait dépensé « dans une vaste entreprise de propagande ».
Contrairement à cette idée répandue, l’argent des Français ne finance pas le cinéma français. En vérité, ce sont les entrées qui financent les aides. Comme le rappelle l’économiste Laurent Creton au micro de France Culture , 10 % du prix de celles-ci sont prélevés à cet effet.
