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internationalvia Challenges··9 min de lecture

Afghanistan : comment 1 300 gendarmes français ont mené une mission méconnue « au bord du monde »

Personnalités citées :Nicolas SarkozyBarack Obama
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Le contexte

La France a été engagée en Afghanistan de 2001 à 2014 dans le cadre d'une coalition internationale sous mandat de l'ONU, principalement par le biais de l'OTAN. La Gendarmerie nationale a déployé 1 300 gendarmes pour soutenir les forces afghanes et contribuer à la restauration de l'État de droit dans un contexte de guerre et d'instabilité.

Ce qu'il faut retenir

L'article décrit la mission de la Gendarmerie nationale française en Afghanistan, soulignant son rôle dans le cadre de l'OTAN et ses objectifs de formation et de soutien aux forces de police afghanes. Les gendarmes ont mené des patrouilles de sécurisation et ont participé à des missions de mentoring pour aider à la montée en puissance de la police afghane. L'article évoque également les défis rencontrés sur le terrain et l'importance de la préparation des unités déployées.

Ce que ça change

Cette analyse met en lumière le rôle méconnu de la Gendarmerie dans les opérations internationales et souligne les enjeux de la formation des forces locales dans des contextes de conflit. Elle rappelle l'importance de la coopération internationale pour la sécurité et la stabilité en Afghanistan, tout en posant des questions sur l'efficacité des missions de formation dans des environnements complexes.

L'article complet

Source originale sur challenges.fr

Après les attentats du 11 septembre et treize années durant, de 2001 à 2014, la Gendarmerie nationale - 1 300 hommes en tout - a participé à l’engagement de la France en Afghanistan. GIGN, gendarmeries spécialisées, départementales et mobiles, corps militaires de soutien… « Il ne s’agissait pas de gagner les cœurs, mais de gagner les esprits ».

La Gendarmerie est projetée en Afghanistan dans le contexte d’une coalition internationale sous mandat de l’ONU, mais dont le bras armé – la force de frappe – est l’OTAN. Si l’Union européenne est elle aussi présente, notamment dans les missions de police civile, l’essentiel réside bien dans cette mission otanienne, avec ses deux entités complémentaires : l’ International Security Assistance Force (ISAF) qui représente le volet opérationnel et la NATO Training Mission-Afghanistan (NTM-A) qui est en charge du volet de formation.

En avril 2009, le sommet de Strasbourg avait consacré le retour de la France dans le système intégré de l’OTAN, et un point particulier de ce retour fut l’engagement d’une force de type Gendarmerie – Gendarmerie Type Force (GTF) en langage onusien – qui avait alors fait l’objet d’un échange entre les présidents Sarkozy et Obama. Cette GTF devait être en mesure d’aider à la restauration de l’État de droit en Afghanistan.

C’est donc bien dans le cadre de l’OTAN que la Gendarmerie participe à l’engagement interarmées de la France au sein de l’Opération Pamir. L’objectif de cette mission des forces françaises est de conduire, pour l’ISAF, des patrouilles de sécurisation d’abord dans la province de Kaboul – vaste zone comprenant la capitale afghane et ses environs –, puis dans la province de Kapisa au Nord et le district de Surobi plus à l’Est. Nombre de nos gendarmes sont alors intégrés à la Task Force La Fayette (ou Brigade La Fayette) unité interarmes et interarmées des forces françaises en Afghanistan entre 2009 et 2012.

L’Afghanistan est un pays dont on peut assez facilement se faire une idée fausse. D’un point de vue géographique, il couvre plus de 650 000 km2 (la France en fait environ 550 000) Surtout, c’est un pays très aride et très montagneux, dominé par le massif de l’Hindou Kouch et les contreforts de l’Himalaya, et seuls 10 % de son territoire sont situés en plaine.

Le reste du pays est composé d’une alternance de plateaux et de vallées, à une altitude qui avoisine souvent les 2 000 mètres. Parmi les nombreuses lectures que j’avais faites avant mon départ, j’avais noté une définition de T. E. Lawrence qui m’avait alors marqué : « l’Afghanistan est un pays au bord du monde

Dans certaines vallées, l’horizon de vie des villageois n’est pas même la vallée d’à côté… Pour essayer de comprendre l’Afghanistan, sans doute n’est-il pas inutile – j’y insiste – de se replonger au préalable dans quelques lectures : Les Cavaliers de Kessel, Le Royaume de l’insolence de Michael Barry… La littérature historique est indispensable. Il est important de remonter notamment à ce fameux « Grand Jeu » qui a opposé Russes et Britanniques au XIXe siècle, fixant les frontières du pays comme un État tampon entre les deux empires. /…/

D’emblée, on y admettait à juste titre que nous allions intervenir et travailler dans une culture, une société et des références qui n’étaient point les nôtres et dont nous peinerions à maîtriser les codes implicites. Par conséquent, il était illusoire de vouloir « gagner les cœurs ». Peut-être le lecteur en sera-t-il surpris, voire choqué.

Il n’en demeure pas moins que nous ne sommes pas partis là-bas avec l’idée que nous allions fraterniser avec la population. Je le dis en toute honnêteté et en toute lucidité. L’objectif était de gagner les esprits : convaincre les Afghans qu’ils avaient tout intérêt à suivre le Gouvernement en place, ainsi que l’action de la coalition internationale. Un exemple : dans leur secteur d’intervention, les Britanniques ne cherchaient jamais à convaincre les villageois de ne pas poser d’engins explosifs improvisés, les fameux IED ( Improvised Explosive Devices ). En revanche, les villages où des IED avaient été découverts se voyaient retirer leurs subventions.

La méthode était bien plus efficace, car elle mobilisait des calculs d’intérêts purement rationnels, et ses effets étaient immédiats. C’était là une façon de convaincre les esprits, à défaut de persuader les cœurs. En tout état de cause, nous ne sommes pas entrés en Afghanistan avec l’idée que nous allions changer le pays et sa population. /…/

Nos gendarmes ne constituaient ni une force d’occupation, ni une force de contre-insurrection. Nous étions une force d’appui aux Afghans censés être en première ligne, qu’ils soient militaires ou policiers. Sans doute était-ce l’un des malentendus de cette mission : ce n’était pas l’OTAN qui partait à la conquête de l’Afghanistan, mais les Afghans qui devaient reconquérir leur propre pays et qui étaient pour cela appuyés et soutenus par la coalition internationale.

Bien sûr, nous avons d’abord assumé les missions traditionnelles de prévôté auprès des forces armées françaises déployées sur le terrain : police judiciaire au profit des Armées, procédures contentieuses entre militaires français et civils afghans, participation aux patrouilles de protection de nos forces.

Par ailleurs, nos camarades prévôts ont dû constater le décès au combat des 90 militaires français tués en Afghanistan. À chaque fois, ces interventions très difficiles ont été menées dans des conditions particulièrement dures. Évidemment, le GIGN a lui aussi été projeté sur le terrain afghan. Ses missions dites cordon and search (bouclages et fouilles de zones à la recherche d’armes ou d’insurgés) étaient réalisées en coordination avec les forces spéciales des Armées.

Le GIGN a été particulièrement engagé sur les actions d’ouverture de portes – techniques qu’il maîtrise parfaitement. Nous avons également rempli plusieurs autres types de missions, celles de police civile qui s’accomplissent hors du spectre otanien. /…/

Cependant, la véritable nouveauté résidait dans l’objectif de restauration de l’État de droit. C’était là notre travail principal. Le premier volet de la mission consistait à accompagner la montée en puissance de l’ Afghan National Civil Order Police (ANCOP). Un gendarme a ainsi été missionné directement comme conseiller auprès du chef de ces forces de police afghanes, tandis que des Afghans étaient envoyés se former au Centre national d’entraînement des forces de Gendarmerie (CNEFG), à Saint-Astier. Nous avions aussi le projet de créer un Centre de formation au maintien de l’ordre en Afghanistan même. S’il n’a pu malheureusement aboutir, l’ambition était toutefois bien là.

Le deuxième volet impliquait la mise en action des POMLT, les Police Operational Mentoring and Liaison Teams . Il s’agissait d’unités de mentoring ou de « monitorat », soit l’accompagnement des policiers sur le terrain au cours de leurs missions.

Celles-ci étaient accomplies par nos camarades afghans, j’y insiste, et non par les forces de la coalition. Mais il est vrai que, dans un pays en guerre, faire la part des choses est compliqué. Si vous participez, dans un cadre de mentoring , à la reconnaissance d’un axe de circulation où des engins explosifs ont peut-être été cachés, vous êtes en réalité tout autant exposé que si vous étiez vous-même envoyé en première ligne…

/…/ Parmi les dispositifs importants que nous cherchions ainsi à développer, il y avait notamment l’inévitable apprentissage du checkpoint . C’était là un outil très utilisé, parce que fort utile : contrôler les axes, c’est toujours contrôler les mouvements de la population. Une autre priorité, tout aussi indispensable, était le contact avec les Afghans. C’est sur le marché de Tagab, dans le sud de la province de Kapisa, que pour la première fois les POMLT ont appris à la police afghane à faire du contact avec la population locale.

Nos gendarmes se sont d’abord placés en position d’observation, laissant leurs camarades afghans déambuler d’un bout à l’autre du marché sans jamais s’arrêter nulle part ni parler à personne. En nous appuyant sur les retours d’expérience du terrain, nous les avons aidés à analyser leurs méthodes dans le but de les faire évoluer.

L’objectif était de leur faire comprendre qu’ils devaient s’immerger dans la population et faire partie, en quelque sorte, du « tableau quotidien ». Quoi qu’il en soit, il faut bien avoir en tête que ce volet de mentoring était aussi un volet de combat. /…/

Nous avons aussi eu la responsabilité de deux centres de formation de la police afghane. Le premier était situé à Mazâr-e Charîf, quatrième plus grande ville d’Afghanistan, dans le secteur allemand , en plein pays tadjik, à environ 400 km de Kaboul.

C’était le nord du pays, dans un environnement qui était loin d’être sécurisé, mais qui était toutefois plus calme qu’en bien d’autres points du territoire. Le second centre de formation était, lui, au sud-ouest de Kaboul, dans le Wardak, c’est-à-dire dans le secteur américain. C’est à dessein que les Américains avaient créé une école de police en plein cœur du pays Taleb, dans cette province du Wardak qui a toujours été l’une des plus instables et des plus agitées d’Afghanistan.

Elle constitue l’une des portes d’accès à Kaboul, en théorie à une heure de route. Je précise bien « en théorie », car, même si nous étions géographiquement proches de la capitale, en réalité nous avions l’impression d’avoir été projetés dans un autre monde, loin de tout.

La fameuse « heure de route » ne correspondait en rien à la réalité du terrain, le trajet pouvait souvent durer une demi-journée, voire davantage. A l’époque, cette école du Wardak n’en était pas moins le plus grand centre de formation de policiers afghans.

Enfin, pour être complet, j’ajoute qu’un dernier volet de notre déploiement concernait les officiers insérés au sein des diverses composantes de la coalition, auprès de la mission de formation de l’OTAN, bien sûr, mais aussi auprès des différentes unités de lutte antistupéfiants, de lutte anticorruption. Nous avons donc couvert un très large spectre d’expertises, de missions et d’interventions. /…/.

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Au regard du grand nombre de missions qui nous avaient été confiées, la question du commandement s’est très vite posée. Il était en effet primordial de superviser l’emploi des unités pour que celles-ci intervinssent dans des conditions de sécurité et selon des principes d’action acceptables. Dès lors, la décision de créer un Commandement de la Gendarmerie (COMGEND) était incontournable. Si nous n’avions pas choisi cette voie, nous aurions pris le risque – j’en suis convaincu – de dévier de notre feuille de route.

Prenons l’exemple des POMLT. Avant d’entamer une mission, il était nécessaire d’obtenir d’abord la validation tactique du commandant du groupe de POMLT et du commandant de la Task Force La Fayette. Puis, le COMGEND en appréciait la conformité aux principes d’emploi et donnait ou non son accord. /…/

Pour ma part, qu’ai-je retenu de ce temps de commandement ? En tout premier lieu, bien sûr, l’importance de la préparation : partir en Afghanistan impliquait d’abord de relever ce défi à la fois individuel et collectif. Si la mission d’une POMLT durait six mois, elle réclamait également six mois de préparation préalable. C’est la raison pour laquelle la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN) a mis en place à l’époque un circuit de formation spécifique avec les Armées.

Si nous ne l’avions pas fait, nous aurions sans doute déploré des morts dans nos rangs. Or, en Afghanistan, nous avons eu des blessés, oui, mais aucun d’entre nous n’y a laissé la vie. C’est là un motif de grande satisfaction et la confirmation que les modalités de préparation que nous avions mises en place avec l’aide des Armées étaient pertinentes.

Deuxième dimension e…

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