Pistes de solution. Cinq mois après le scandale des laits infantiles contaminés par la toxine céréulide , deux rapporteurs, Mathilde Hignet (La France Insoumise) et Michel Lauzzana (Ensemble pour la République) ont présenté leurs 14 recommandations , mardi 19 mai, en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.
Le rapport des deux députés, après leur mission « flash » commencée en février, pointe dans un premier temps les « lacunes » de l’État et des industriels et demandent qu’elles soient « impérativement prises en compte » .
« On voit bien qu’il y a eu un problème » , déplore Mathilde Hignet, expliquant que Nestlé, après avoir appris que la contamination provenait d’huile riche en acide arachidonique ( ARA ) le 24 décembre, n’a informé les industriels que le 30 décembre, puis les autorités. Cette huile, provenant du même sous-traitant chinois, est suspectée d’avoir été contaminée par la céréulide, une toxine susceptible de provoquer des vomissements graves chez les nouveau-nés.
C’est pourquoi les rapporteurs recommandent notamment de renforcer « les critères de référencement » des matières entrant dans la composition des laits industriels, comme l’huile ARA. Les rapporteurs se demandent « s’il n’aurait pas fallu d’emblée rappeler l’ensemble des lots contenant l’huile ARA en provenance du fournisseur chinois » , plutôt que de laisser sur le marché « des produits potentiellement contaminés » , en attendant les analyses.
Ils plaident aussi pour revoir la liste des substances réglementées par l’Union européenne et d’étudier « la possibilité d’y intégrer la toxine céréulide » . Développer une filière européenne pour les ingrédients stratégiques afin de réduire la dépendance à certains sous-traitants étrangers est une autre piste.
Toujours dans l’objectif d’une meilleure application du principe de précaution, les députés veulent aussi rapprocher l’encadrement des laits infantiles à celui appliqué aux médicaments.
Ils souhaitent aussi renforcer les contrôles indépendants et jugent que les industriels devraient prendre en charge le coût des analyses et inspections supplémentaires.
Par ailleurs, Mathilde Hignet et Michel Lauzzana estiment qu’il faut accélérer les procédures d’alerte sanitaire pour réduire fortement les délais entre la découverte d’un risque et l’information des autorités. Mais aussi informer plus vite les professionnels de santé (médecins, pédiatres et hôpitaux) et viser à plus de transparence envers les familles. Sur ce point, le rapport pointe une communication « relativement tardive » envers les professionnels de santé, prévenus au bout de 17 jours, et souligne les « impressions de confusion et de manque de transparence » des consommateurs.
Les conséquences sanitaires de ce scandale restent incertaines : en France, les autorités ont initialement signalé trois décès de bébés ayant consommé un lait rappelé. Mais pour deux d’entre eux, la responsabilité du lait a depuis été écartée .
