Sous les bombes comme en manifestation, « tout meurtre est un crime » . C’est avec ce discours fort et engagé qu’Asghar Farhadi a ouvert la conférence de presse d’ Histoires parallèles au Festival de Cannes 2026, ce vendredi 15 mai. Son film est compétition pour la Palme d’or et a reçu une standing ovation de cinq minutes à la fin de sa projection la veille.
Le réalisateur iranien s’est entouré d’un casting prestigieux pour son long-métrage en français : Isabelle Huppert, Virginie Efira , Pierre Niney, Vincent Cassel et Adam Bessa. Mais malgré ce parterre de stars, présentes sur la Croisette, la conférence de presse a surtout été marquée par des questions sur la situation en Iran.
Asghar Farhadi a raconté aux journalistes s’être rendu à Téhéran la semaine dernière et porter encore en lui « les stigmates et l’impact » de deux événements « extrêmement douloureux qui ne seront jamais oubliés » . Ce qu’il a détaillé : « L’un d’entre eux ça a été la mort de nombreux innocents, des enfants, des civils qui sont morts pendant la guerre, pendant l’attaque qu’a subie l’Iran. Et avant cette guerre, ça a été la mort de nombreux manifestants, des personnes descendues dans la rue qui étaient toutes aussi innocentes. »
Pour le réalisateur iranien, s’indigner contre les frappes des États-Unis et d’Israël sur son pays va de soi. Mais pointer du doigt la répression meurtrière menée par le gouvernement de Téhéran est un acte de défiance passible d’exécution par le régime qu’il accuse. En dénonçant les deux, et en les plaçant au même niveau, Asghar Farhadi fait preuve de bravoure et apporte un discours nuancé sur son pays, comme il en a l’habitude dans ses films.
« Se soulever ou exprimer son indignation face à la mort de victimes civiles et d’innocents qui sont morts sous les bombes ne veut pas dire qu’on est en faveur de l’exécution et de la mort de manifestants », a insisté le réalisateur. Avant d’ajouter : « De la même manière, avoir de l’empathie pour les personnes tuées sous les balles lors de manifestations ne veut pas dire qu’on ne peut pas ressentir pour ceux qui sont morts sous les bombes. »
Asghar Farhadi a toujours été une voix d’opposition au régime iranien. Il a publiquement soutenu les manifestations de masse contre le gouvernement en 2025 et 2026, et refuse de tourner à nouveau dans son pays tant que la censure impose aux femmes d’apparaître voilées à l’écran.
Même si vivre en Iran est son « choix premier » , comme il le disait dans une interview à nos confrères du Monde en janvier 2024, le réalisateur n’a pas peur de critiquer la République islamique. « Tout meurtre est un crime » , a-t-il déclaré sans détour au Festival de Cannes. « Je ne peux d’aucun point de vue, sous aucune justification, accepter que la vie soit ôtée à un être humain, que ce soit dans une guerre, des exécutions ou dans un massacre de manifestants » .
Le réalisateur doublement oscarisé s’est désolé que malgré « toute l’avancée qui est censée être la nôtre, on se réveille chaque matin avec la nouvelle d’innocents supplémentaires tués sans raison » . Et même une possible future Palme d’or ne pourrait lui faire oublier cette triste réalité.
