Députée socialiste du Val-d’Oise, Ayda Hadizadeh est une voix très engagée à l’Assemblée nationale sur deux fronts : la situation en Iran et la protection de l’enfance en France. Présidente du Groupe d’amitié France-Iran, elle analyse la consolidation du régime des Gardiens de la Révolution après l’offensive américano-israélienne, et défend sa proposition de loi garantissant à chaque enfant placé le droit à un avocat. Invitée de l’Atelier politique, elle répond aux questions de Frédéric Rivière.
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Le cessez-le-feu entre l’Iran, les États-Unis et Israël n’a pas affaibli le pouvoir de Téhéran, bien au contraire. Selon Ayda Hadizadeh, ce n’est pas l’Iran qui sort renforcé de l’épreuve : c’est le régime, et plus précisément le Corps des gardiens de la Révolution islamique. « Certains spécialistes disent même qu’il ne faut plus parler de régime des mollahs » , rappelle-t-elle.
À ses yeux, l’agression américano-israélienne, qu’elle dénonce comme illégale au regard du droit international, a produit un effet pervers : elle a offert une assurance vie aux dirigeants du régime. Pire, l’accord en cours de négociation ne prévoit aucune avance pour les libertés civiles. « L’accord qui est en négociation ne prévoit aucunement plus de liberté pour le peuple iranien, ne prévoit pas que les prisonniers politiques en Iran soient libérés » .
Elle pointe également la responsabilité de Donald Trump dans la dégradation du rapport de forces. En déchirant l’accord nucléaire de 2015 sous pression israélienne, il a signalé à Téhéran qu’il pouvait menacer 20% de l’économie mondiale en contrôlant le détroit d’Ormuz. « Merci à Donald Trump et à son ego démesuré de nous avoir mis dans cette situation » , lâche-t-elle.
Pour Ayda Hadizadeh, qualifier l’Iran de théocratie est une simplification qui masque la réalité. Il s’agit, selon elle, d’un régime mafieux aux mains d’une oligarchie qui se sert de la religion comme outil de pouvoir et de distribution des privilèges. Le Corps des gardiens de la Révolution contrôle désormais la majorité de l’économie iranienne.
Elle cite en exemple une vidéo largement diffusée en Iran avant les manifestations de janvier 2026 : le mariage de la fille d’un haut dignitaire des gardiens, où hommes et femmes célébraient ensemble, les femmes non voilées et décolletées. Le message avait fait l’effet d’une bombe. « Ils nous tuent, ils tuent nos enfants pour une mèche de cheveux dévoilée et regardez eux dans quelle corruption ils se vautrent » , résumait le sentiment populaire.
Elle estime que ce système ne pourra pas durer. Contrairement à la Chine, le régime iranien n’a pas réussi à apporter de la croissance économique : « Il n’y a pas de liberté d’expression, il n’y a pas de liberté des mœurs, il n’y a pas de croissance économique » . Dans ces conditions, la désagrégation lui paraît inévitable.
Sur la question du voile, Ayda Hadizadeh observe une transformation irréversible. Les Iraniennes ont imposé dans les faits une liberté que le régime n’a pu reprendre. « On ne peut pas mettre 50% d’une population en prison » , souligne-t-elle. Aujourd’hui, dit-elle, dans les grandes villes et très majoritairement à Téhéran, les femmes circulent dévoilées.
Signe de la profondeur du changement : durant la guerre, le régime lui-même a mis en scène des femmes dévoilées pour illustrer l’unité nationale. Ayda Hadizadeh n’y voit pas un assouplissement idéologique, mais la preuve que les gardiens savent désormais que tout retour en arrière serait une « cocotte minute » prête à exploser.
Pour soutenir les forces d’opposition, Ayda Hadizadeh présidera un rassemblement à l’Assemblée nationale le 29 juin 2026. L’objectif : lancer une opération de parrainage de manifestants emprisonnés en Iran, dont des exécutions ont lieu chaque jour. Elle soutient par ailleurs l’Iran Freedom Congress (IFC), premier réseau structuré d’opposants iraniens en exil, constitué à Londres. « Il suffirait que ces prisons s’ouvrent pour que demain l’Iran puisse construire une grande démocratie » , est-elle convaincue.
Ayda Hadizadeh consacre une large part de son mandat à un autre combat : la protection des enfants placés, qu’elle qualifie sans détour de « scandale d’État » . À ses yeux, ces enfants pâtissent de politiques de la pénurie structurelles, dans un système où ni les éducateurs ni les familles d’accueil ne sont suffisamment valorisés, ni socialement ni budgétairement. La raison profonde ? « Ces enfants ne votent pas » , dit-elle avec amertume.
Sa proposition de loi, déposée le 16 septembre 2025 et visant à garantir à chaque enfant concerné par une mesure de protection le droit à un avocat, a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale : 269 voix pour, zéro contre. Le texte a ensuite été examiné par le Sénat, notamment grâce à l’engagement du sénateur Renaissance Xavier Iacovelli. Son retour à l’Assemblée est programmé le 30 juin prochain, avec le soutien du gouvernement.
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La loi concerne environ 300 000 enfants. Elle prévoit qu’un même avocat peut représenter une fratrie. Son rôle : apporter un contradictoire devant le juge, complémentaire aux éléments fournis par les services sociaux. Ayda Hadizadeh cite le modèle belge, qui a adopté ce dispositif dès 1994. « Partout où l’avocat est présent, notre décision s’en trouve améliorée » , rapportent les juges belges.
Elle décrit un cas concret : une avocate a pu signaler au juge que, lors des visites, un nourrisson reconstituait un lien affectif avec sa mère. Cette observation a permis d’envisager un retour à domicile qui, sans elle, n’aurait peut-être pas été considéré.
Si le vote du 30 juin est conforme au texte adopté par le Sénat, la loi sera définitivement promulguée et entrera en vigueur le 2 janvier prochain.
Au-delà de la technique juridique, Ayda Hadizadeh voit dans ce texte un enjeu culturel profond. Il impose à la société d’apprendre à se mettre à hauteur d’enfant, à recueillir et croire leur parole. Elle évoque Victor Hugo : Les Misérables, c’est déjà l’histoire d’une famille d’accueil abusive. « Notre société doit apprendre à se mettre à hauteur d’enfants, écouter leur parole et les croire » .
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