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Bernadette Chirac, l’ambivalente « dame de fer » française, est décédée à l’âge de 93 ans

Personnalités citées :Bernadette ChiracJacques ChiracEmmanuel MacronFrançois HollandeDominique de VillepinNicolas Sarkozy
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Le contexte

Bernadette Chirac, née en 1933, a été une figure marquante de la vie politique française en tant que première dame et conseillère générale de Corrèze. Elle a accompagné son mari, Jacques Chirac, tout au long de sa carrière politique, de ses débuts au RPR jusqu'à sa présidence. Son influence s'est étendue au-delà de son rôle traditionnel, notamment à travers son engagement dans des causes sociales.

Ce qu'il faut retenir

Bernadette Chirac est décédée à l'âge de 93 ans, laissant derrière elle un héritage politique significatif. Elle a été la première dame à exercer un mandat politique en son nom propre, en tant que conseillère générale de Corrèze. Son rôle a été marqué par son engagement dans des œuvres caritatives, notamment la fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. Les réactions à sa mort incluent des hommages de personnalités politiques telles qu'Emmanuel Macron et François Hollande, qui soulignent son dévouement et son indépendance.

Ce que ça change

La mort de Bernadette Chirac rappelle l'impact des premières dames sur la politique française et soulève des questions sur le rôle des femmes dans la sphère politique. Son héritage pourrait influencer les discussions sur la représentation féminine en politique et sur l'engagement des épouses de dirigeants dans des causes sociales.

L'article complet

Source originale sur humanite.fr

Bernadette Chirac, veuve de l’ancien président de la République Jacques Chirac, est décédée vendredi soir à l’âge de 93 ans, a annoncé samedi matin à l’AFP sa fille Claude Chirac.

Aucune autre « première dame » n’aura autant marqué la vie politique française. Sa froideur toute aristocratique et son humour pince-sans-rire auront finalement fait d’elle une figure populaire, bien au-delà de la droite traditionnelle qu’elle a incarnée pendant plusieurs décennies aux côtés de son président de mari. Celle qui fut même incarnée par Catherine Deneuve dans un biopic décalé en 2023 s’était retirée depuis longtemps de la vie publique. Bernadette Chirac est décédée vendredi soir à l’âge de 93 ans, a annoncé samedi matin à l’AFP sa fille Claude Chirac. L’actuel président de la République, Emmanuel Macron, a salué la mémoire d’une « grande dame de cœur » . François Hollande, qui fut son concurrent politique en Corrèze, a évoqué ce samedi une « dame obstinée, volontaire, dévouée sans doute, mais surtout indépendante » .

Née Bernadette Chodron de Courcel le 18 mai 1933 à Paris, l’ex première dame a grandi au cœur du XVIe arrondissement de la capitale, au sein d’une famille de diplomates aisés. Élève de Sciences-Po Paris, c’est dans cette grande école de la rue Saint-Guillaume qu’elle rencontre Jacques Chirac . Malgré l’hostilité de sa famille qui y voit une mésalliance, – Bernadette Chirac avait très souvent raconté avec malice cet épisode-, elle l’épouse en 1956. Ils partageront leurs vies pendant plus de soixante ans. Elle se contente d’abord de l’ombre, éduquée à devenir l’épouse bourgeoise d’un haut fonctionnaire. De ministères à Matignon, du RPR à la mairie de Paris, jusqu’à l’Élysée, au bout du 3e essai, elle accompagne patiemment l’ascension de Jacques Chirac, jusqu’au soir de son élection le 7 mai 1995. Très à l’aise dans ses habits de châtelaine, fervente défenseuse de la monarchie présidentielle, elle ne laissera pas que des bons souvenirs au personnel de l’Élysée. C’est la grande époque des Guignols, qui lui façonnent l’image de potiche coincée accrochée à son sac à main, dans un sketch resté mythique .

« Le plus beau jour de ma vie, c’est lorsque Jacques m’a demandé d’être candidate aux élections cantonales en Corrèze en 1979 » , expliquait-elle dans « Les Secrets d’une conquête » , biographie d’Erwan L’Eléouet. Car si elle n’est pas la seule première femme de chef d’État à avoir occupé une place de premier plan, elle est – et jusqu’à ce jour – la seule à avoir elle-même exercé un mandat politique en son nom propre, celui de conseillère générale de Corrèze, département où elle a été élue sans discontinuer de 1979 à 2015.

Évidemment, la proposition de son mari est intéressée. Jacques Chirac trop occupé à Paris et dans sa course à la présidence, il faut bien un Chirac pour « garder » la Corrèze. Bernadette va prendre goût à son mandat, y aiguiser un vrai flair politique qu’elle mettra plus tard à profit à l’Élysée. Après la dissolution ratée de 1997 – qui voit le retour de la gauche au pouvoir – elle ne cache pas ses critiques envers celui qu’elle surnomme « Néron », Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l’Élysée, et grand ordonnateur de la dissolution.

Elle prend aussi de plus en plus de place dans l’agenda médiatique, d’abord comme présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, en dame patronnesse de l’opération « Pièces jaunes », organisée chaque année. À la fin du premier mandat, Bernadette Chirac devient carrément un personnage politique de premier plan en sortant « Conversation », livre de confidences au journaliste Patrick de Carolis qui s’arrache à 300 000 exemplaires. À cette époque, elle est la véritable VRP de son mari, embourbé dans une cohabitation qui, à ce moment-là, paraît lui être défavorable en vue de la présidentielle de 2002. Les candidats de droite s’arrachent sa présence pendant la campagne des municipales qui aboutiront sur une sérieuse défaite pour la gauche.

La réélection de Jacques Chirac en 2002 après le séisme de l’élimination de Lionel Jospin et la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, passe pour une revanche de Bernadette Chirac, qui avait alerté, sans être prise au sérieux, sur la montée de l’extrême droite. Particulièrement pieuse, elle n’hésite pas alors à mettre quelques coups de canif à la laïcité, poussant par exemple à la mise en berne des drapeaux à la mort du pape Jean-Paul II en 2005. Si elle est favorable aux règles de parité en politique instituées par le gouvernement Jospin, elle affirme son opposition au Pacte civil de solidarité (Pacs) alors version limitée du mariage civil, mais première possibilité d’union officielle pour les couples gays et lesbiens. Dans « Conversation » , elle dit même son hostilité personnelle à l’avortement.

L influence politique de Bernadette Chirac se mesure à la fin du second quinquennat. Dès 2002, alors que la droite se déchire entre les camps Villepin et Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, la première dame va accompagner l’ascension de l’ancien maire de Neuilly, qui avait pourtant trahi son mari en 1995 en soutenant la candidature d’Édouard Balladur. En 2004, elle adoube de sa présence au premier rang le couronnement de Nicolas Sarkozy, qui s’empare définitivement du parti chiraquien lors du congrès de l’UMP. Elle le soutiendra tout au long de son quinquennat, jusqu’à son retour raté à la primaire de la droite de 2016. En 2012, alors que Jacques Chirac, visiblement diminué, affirme devant les caméras son son soutien à François Hollande, c’est elle qui ira voter pour lui par procuration.

Depuis l’accident vasculaire cérébral du président de la République en 2005, puis leur départ de l’Élysée, Bernadette Chirac avait pris l’ascendant sur le couple, gérant les affres judiciaires qui ont succédé aux ors de l’Élysée. En 2016, le couple affronte la mort de leur fille aînée, Laurence Chirac, qui souffrait d’anorexie depuis une méningite contractée à l’âge de 15 ans, et avait fait plusieurs tentatives de suicide. Les obsèques de Laurence Chirac seront l’une des dernières apparitions de Bernadette Chirac, elle-même très affaiblie. Elle n’aura pas pu assister à toutes les cérémonies organisées à la mort de Jacques Chirac, en 2019.

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