La France insoumise, « nous les avons pliés et nous les plierons à nouveau. » Raphaël Glucksmann est catégorique ce mardi 2 juin : s’il ne s’est pas encore déclaré officiellement pour la présidentielle, il ne doute pas de s’imposer à terme comme le premier candidat de gauche au premier tour, devant Jean-Luc Mélenchon . Mais sa démonstration, qui repose principalement sur les résultats du dernier scrutin européen, n’est pas sans risque.
Après la sortie de son livre et à une dizaine de jours de son premier meeting , la dynamique sondagière autour de l’eurodéputé Place Publique peine à prendre. Dans la dernière étude d’opinion Ipsos-BVA-CESI pour Le Parisien publiée ce 2 juin, Raphaël Glucksmann est crédité de 11 % à 14,5 % des intentions de vote. Ce qui fait de lui l’un des rares candidats de gauche à dépasser les 10 %… avec Jean-Luc Mélenchon. Dans le détail, le fondateur de Place Publique ne devance celui de LFI que dans une seule configuration, celle d’un retrait d’Édouard Philippe au profit de Gabriel Attal. Mais lui préfère s’attarder sur un autre cas de figure : celui d’une candidature d’Édouard Philippe (sans Gabriel Attal), qui déboucherait, toujours selon les instituts, sur une égalité parfaite (13 %) avec l’insoumis.
« Jean-Luc Mélenchon a déjà commencé sa campagne et nous sommes à égalité ou devant » , veut ainsi croire Raphaël Glucksmann, s’exprimant sur RMC et BFMTV, quand lui n’est pas encore officiellement dans la course. Et de poursuivre : « La vérité, c’est que la dernière fois qu’il y a eu une confrontation avec LFI dans une élection nationale, nous les avons pliés. Et nous les plierons à nouveau parce qu’une écrasante majorité des électrices et des électeurs de gauche ne veulent pas de cette fracturation permanente de la société. »
L’eurodéputé fait ici référence aux élections européennes de juin 2024. Après une énième bataille pour savoir si, oui ou non, la gauche allait partir groupée, chaque chapelle a finalement présenté sa liste, menée par Manon Aubry pour LFI et Raphaël Glucksmann pour l’alliance Place Publique - PS. Au soir du 9 juin, l’eurodéputé s’impose comme le troisième homme du scrutin, avec 13,83 % des suffrages exprimés. En tête à gauche, il devance alors de 4 points la liste insoumise, qui rate d’un cheveu la barre symbolique des 10 %. Le rapport de force est bel et bien à son avantage.
La comparaison avec la campagne présidentielle n’en reste pas moins hasardeuse. Tout d’abord parce que si le score d’alliance Place Publique - PS est bon, il est à modérer en tenant compte de la participation. Seulement 51 % des inscrits sur les listes électorales s’étaient mobilisés pour ces élections relativement boudées, là où les présidentielles ramènent toujours bien plus d’électeurs aux urnes (73 % au premier tour de 2022). Au global, le nombre de voix exprimées en faveur de la liste Glucksmann aux européennes représente 6,92 % des inscrits. Le chiffre tombe à 4,95 % pour la liste insoumise. Mais au premier tour de la présidentielle 2022, la candidature de Jean-Luc Mélenchon avait convaincu 15,82 % des inscrits. Soit environ le double du nombre d’électeurs qui ont choisi la liste Glucksmann aux européennes.
Ensuite, il y a la nature même du scrutin - européen pour l’un, national pour l’autre. Raphaël Glucksmann s’est rapidement imposé comme l’un des élus français les plus en vue à Bruxelles, en pointe sur certains sujets. Il s’est notamment fait une notoriété en popularisant avec succès son combat pour la défense de la minorité Ouïghoures. Mais pour une présidentielle où les priorités sont avant tout nationales , il lui reste encore beaucoup à faire pour se doter de la même stature. En témoigne sa participation ratée au débat avec Éric Zemmour en novembre 2025 : alors que cet évènement était présenté comme un mini-test entre deux aspirants à l’Élysée, l’eurodéputé a eu bien du mal à convaincre. Au point de faire plusieurs mea-culpa.
Surtout, Raphaël Glucksmann n’est pas le premier à briller dans une élection européenne avant de tenter sa chance à la présidentielle. Un certain Yannick Jadot a suivi le même parcours, il y a quelques années. Tête de liste d’Europe-Ecologie-Les Verts aux européennes de 2019, il avait incarné la percée de son camp : une belle troisième position, avec 13,47 % des suffrages exprimés, équivalent à 3 052 529 voix. Pas si loin des 3 424 216 voix récoltées par la liste Glucksmann en 2024. Mais à la présidentielle 2022 où il représentait son camp, le score de Yannick Jadot s’est effondré sous les 5 %, dans une configuration où tous les partis de gauche avaient présenté un candidat.
Lors de ce scrutin, Jean-Luc Mélenchon s’était largement imposé comme le premier candidat de gauche. Il avait effectivement bénéficié d’un phénomène de vote utile, outre celui de l’adhésion, pour récolter 21,95 % des voix, le meilleur score de ses trois candidatures. En clair, nombreux électeurs de gauche, pas forcément sympathisants insoumis, ont choisi son bulletin à l’aune de sa capacité à se qualifier au second tour. Un enjeu qui n’existe pas pour les Européennes, où chaque candidat peut faire le plein, sans risquer de voir une partie de son électorat être siphonnée par un autre.
Alors, Raphaël Glucksmann réussira-t-il là où Yannick Jadot a échoué ? L’eurodéputé Place Publique a cosigné avec le sénateur écologiste un manifeste pour désigner un candidat unique de la gauche, hors-LFI et sans primaire. Le nom de cet élu est espéré pour la fin de l’été. Soit peu ou prou dans le calendrier que s’est fixé Raphaël Glucksmann pour officialiser sa candidature. D’ici là, le succès de son meeting, qui intervient une semaine après celui de Jean-Luc Mélenchon, et les futures enquêtes d’opinions en diront un peu plus sur sa capacité à « plier » le match avec la France insoumise. Ou, en tout cas, à lui disputer.
