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Le sénateur Horizons Pierre-Jean Verzelen, à l’origine de cette proposition de loi, estime que «la France ne peut pas rester à l’écart de cette évolution», malgré des interrogations persistantes sur l’efficacité et l’encadrement de ces caméras dopées à l’IA.
Bientôt des caméras de vidéosurveillance dotées d’ intelligence artificielle dans l’espace public ? Le sénateur Horizons Pierre-Jean Verzelen vient de déposer une proposition de loi visant à «généraliser la vidéoprotection algorithmique» , près de deux ans après l’expérimentation menée lors des Jeux olympiques de Paris 2024 - et prolongée depuis jusqu’en 2027. «La vidéoprotection algorithmique est déjà déployée en Belgique, au Royaume-Uni. La France ne peut pas rester à l’écart de cette évolution, juge l’élu de l’Aisne. Les Jeux olympiques 2024 l’ont prouvé, nous avons les moyens d’utiliser une technologie au service de la sécurité des citoyens, sous contrôle humain, sans reconnaissance faciale généralisée et sans constitution de fichiers biométriques.»
Le texte du sénateur centriste prévoit ainsi que «les images collectées au moyen de systèmes de vidéoprotection [...] peuvent faire l’objet de traitements comprenant un système d’intelligence artificielle» afin de «protéger la sécurité des personnes et des biens et de prévenir toute atteinte à l’ordre public» . Ces dispositifs auraient pour mission de détecter en temps réel des «événements prédéterminés susceptibles de présenter ou de révéler des risques d’atteinte à la sécurité» , avant de les signaler aux forces de l’ordre, aux secours, mais aussi aux services de sécurité de la SNCF ou de la RATP. Concrètement, la vidéosurveillance algorithmique repose sur des caméras dites «augmentées» , capables d’analyser automatiquement des images grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle (IA). Ces derniers peuvent par exemple détecter des mouvements de foule, des intrusions dans des zones interdites, des colis abandonnés, des départs de feu ou encore des comportements jugés anormaux.
Le sénateur centriste a toutefois intégré plusieurs garde-fous. Sa proposition de loi précise que ces traitements algorithmiques «n’utilisent aucun système d’identification biométrique» , «ne traitent aucune donnée biométrique» et «ne mettent en œuvre aucune technique de reconnaissance faciale» . Ils seraient également limités à un simple «signalement d’attention» et ne «peuvent fonder, par eux-mêmes, aucune décision individuelle» .
La France avait déjà expérimenté ce type de caméras de manière exceptionnelle pendant les Jeux olympiques de Paris 2024 . Dans un rapport publié en janvier 2025, le comité d’évaluation chargé d’analyser le dispositif avait jugé les performances «globalement satisfaisantes» dans certaines situations, notamment pour «l’intrusion d’individus ou de véhicules dans une zone non autorisée» ou encore «la densité de personnes» . Le rapport pointait toutefois plusieurs limites techniques. Les logiciels ont parfois eu des difficultés à comptabiliser des groupes trop serrés «en raison de la hauteur d’emplacement des caméras» . Le système était également «moins efficace quand il y a peu d’éclairage» . Les évaluateurs évoquaient aussi une «faible maturité technologique» , certains algorithmes ayant confondu des devantures de magasins ou des phares de voitures avec des départs d’incendie.
Avant même les JO, plusieurs collectivités avaient déjà lancé des expérimentations. À Nice, des caméras de vidéosurveillance algorithmique avaient notamment été utilisées depuis 2020 pour signaler les véhicules stationnés plus de cinq minutes devant les écoles, avant que la Cnil ne lui impose de débrancher ce dispositif en mai 2025. Une décision confirmée par le Conseil d’État en janvier 2026 . Cannes s’est également imposée comme l’une des villes pionnières sur ce sujet. Lors du Festival de Cannes 2024, 17 caméras «augmentées» avaient été déployées autour du Palais des Festivals afin de détecter des colis abandonnés, des mouvements de foule ou encore des départs de feu. La ville revendiquait en fin d’année dernière plus de 1000 caméras et poursuit ses expérimentations en matière d’intelligence artificielle.
L’initiative de Pierre-Jean Verzelen est distincte de l’expérimentation, votée mi-février à l’Assemblée, de la vidéosurveillance algorithmique dans les commerces, afin d’identifier en temps réel les vols dans les magasins. Cette disposition a depuis été reprise sous forme d’amendement dans le projet de loi «Ripost» , examiné au Sénat depuis lundi et dont le vote solennel dans la Chambre haute est prévu le 26 mai. Pierre-Jean Verzelen compte également proposer son texte sous forme d’amendement au projet de loi «Ripost».
