A la veille des matchs de l’équipe de France de football, les journalistes savent généralement à quoi s’en tenir : Didier Deschamps et l’un de ses joueurs se présentent en conférence de presse pour une demi-heure, avant un entraînement ouvert aux médias pendant une quinzaine de minutes, chrono en main. Ni plus, ni moins. Avant l’entrée en lice des Bleus dans la Coupe du monde contre le Sénégal, ce lundi 15 juin aurait pu ne pas déroger à la règle, avec les prises de parole du sélectionneur et de N’Golo Kanté en milieu de matinée. Mais cette fois, un rendez-vous inhabituel s’est déroulé, quelques minutes plus tôt, au pied du MetLife Stadium d’East Rutherford (New Jersey), à l’ouest de New York, où se déroulera la rencontre.
Devant plusieurs micros tendus, Sylvie et Francis Godard, mère et beau-père de Christophe Gleizes, ont profité de l’événement pour rappeler le sort réservé au journaliste sportif français, détenu en Algérie depuis mai 2024, incarcéré depuis juin 2025 et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » alors qu’il enquêtait sur un club de football local. Invités par la Fédération internationale de football (FIFA), qui a délivré symboliquement une accréditation au reporter pour le tournoi, tous deux ont affirmé être présents à New York pour « le soutenir » .
Accompagnés dans leur démarche par l’organisation non gouvernementale Reporters sans frontières, la mère et le beau-père de Christophe Gleizes étaient venus, aussi, pour obtenir une prise de position de l’équipe de France. Ces dernières semaines, ils avaient déploré que leurs demandes de soutien, via des messages envoyés aux stars tricolores du présent et du passé – Kylian Mbappé, Karim Benzema, Zinédine Zidane – étaient restés lettre morte .
« Sur ce point, on veut passer à l’étape suivante, puisqu’on s’est adressé à eux à de multiples reprises. Maintenant, Mbappé, il a la Coupe du monde, qu’il s’occupe de la Coupe du monde et on ne va pas le harceler là-dessus. Idem pour Zinédine Zidane. On a compris qu’il ne pourrait pas intervenir, on ne lui en veut pas, c’est comme ça » , a expliqué Francis Godard.
Malgré tout, la mère et le beau-père du journaliste auront obtenu quelques mots de Didier Deschamps. En accord avec la Fédération française de football (FFF), Vincent Duluc, journaliste de L’Equipe et président de l’Union des journalistes de sport en France, a pu poser, indirectement, une question de Christophe Gleizes sur les « pauses fraîcheur » , mises en place par la FIFA pendant ce Mondial. Une manière symbolique, pour le reporter emprisonné, de continuer d’exercer son métier. « J’ai eu l’occasion de rencontrer ses parents lors de la finale de la Coupe de France [le 22 mai, au stade de France] . J’espère qu’il pourra poser le plus rapidement possible ces questions [lui-même] » , a formulé le sélectionneur des Bleus.
Depuis plusieurs mois, la FFF et la Ligue de football professionnel ont activé un large plan de soutien et de communication pour médiatiser la cause du journaliste incarcéré. Malgré tout, « on est dans l’opacité, c’est illisible pour nous » , regrette Francis Godard, quand son épouse souligne que « la situation est presque la même depuis un an » . Sa remise en liberté dépend désormais d’une éventuelle grâce octroyée par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune.
« Je souhaite qu’il puisse retrouver sa place dans le monde de la presse et dans le monde du sport. (…) Dans ce genre d’affaires, il est toujours très difficile de pouvoir prévoir la date à laquelle on obtient la libération » , a affirmé Jean-Noël Barrot, le ministre des affaires étrangères, au « 20 heures » de France 2, le 11 juin , se disant « déterminé » à atteindre cet objectif.
Début juin, Christophe Gleizes, qui devrait pouvoir obtenir l’autorisation de regarder à la télévision le match entre la France et le Sénégal, mardi, a reçu la visite de ses parents en prison. « C’était la première fois, quand nous sommes sortis avec Francis, où on était un peu abattus, parce qu’on n’a pas trouvé qu’il avait le moral comme les autres fois » , a raconté Sylvie Godard. Son mari avait, de son côté, un dernier message à faire passer, sans rancune en dépit des circonstances : « On souhaite le meilleur parcours possible aux Fennecs et à l’équipe d’Algérie. »
Denis Ménétrier (New York, envoyé spécial)
