Le Parquet national financier a réclamé l'ouverture d'une information judiciaire visant le maire du Havre, autour de la gestion de la Cité numérique de la ville, un tiers-lieu d'innovation confié à une association.
Le dossier est sensible pour l'ancien Premier ministre, à un peu moins d'un an de la présidentielle 2027. Le Parquet national financier (PNF) a annoncé, mardi 19 mai, avoir pris, le 7 mai, un réquisitoire introductif visant des soupçons de détournement de fonds publics , favoritisme, prise illégale d'intérêts et concussion au Havre (Seine-Maritime), ville dont Edouard Philippe est maire.
Cette procédure ouvre la voie à l'enquête d'un juge d'instruction. Les faits visés ont été signalés dès septembre 2023 par une lanceuse d'alerte, avant des perquisitions en avril 2024 puis une plainte avec constitution de partie civile en juin 2025. Ces accusations sont contestées depuis le début par le candidat à la présidentielle de 2027. Son entourage assure qu'il répondra aux questions de la justice "de façon très sereine" . Voici ce que l'on sait à ce sujet.
Au cœur du dossier se trouve la Cité numérique du Havre, un tiers-lieu consacré à l'innovation. En juillet 2020, une convention d'objectifs pluriannuelle a été signée pour confier son animation à l'association LH French Tech, créée le même mois.
Cette convention a été signée notamment par Edouard Philippe , alors président de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, et Stéphanie de Bazelaire, adjointe au maire chargée de l'innovation et du numérique, en tant que présidente bénévole de LH French Tech. L'association avait été désignée après un appel à manifestation d'intérêt lancé en mars 2020. Elle était la seule candidate et devait percevoir 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener ses projets, selon l'AFP.
Une lanceuse d'alerte, ancienne directrice générale adjointe de la communauté urbaine entre septembre 2020 et avril 2023, estime qu'un conflit d'intérêts pouvait exister dans ce montage. Selon la plainte consultée par l'AFP, le juge d'instruction devra déterminer si un pacte a pu être conclu entre Edouard Philippe et Stéphanie de Bazelaire, notamment autour d'un soutien politique, financier et relationnel, en contrepartie de la gestion de la Cité numérique.
Au moment de dénoncer les faits, la lanceuse d'alerte jugeait que le conflit d'intérêts semblait "absolument évident" , puisque l'association présidée par une adjointe au maire devait gérer d'importantes sommes publiques pour des activités pouvant recouper ses fonctions municipales.
La haute fonctionnaire dit avoir constaté très tôt, "dès les premiers mois" , une "opacité dans la gestion de l'association" . Selon son récit, elle peinait à obtenir des réponses précises sur "les dépenses, la trajectoire financière" et l'activité réelle de la Cité numérique.
Elle affirme, après obtention des chiffres, avoir découvert fin 2021 un "très faible niveau d'activité" de la Cité numérique, tout en s'interrogeant sur une "masse salariale" composée "de jeunes salariés" qui faisaient "un peu tout" pour "des salaires bruts au-delà de 60 voire 70 000" euros annuels. L'association LH French Tech a finalement été placée en liquidation judiciaire en 2023.
Soupçons de détournements de fonds au Havre : pourquoi Édouard Philippe est visé par une enquête du parquet national financier
