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internationalvia L'Express··3 min de lecture

Donald Trump ferme Anthropic aux étrangers : l’Europe découvre le prix de sa dépendance

Par Tom Levy · Fondateur & directeur de la publication

Personnalités citées :Gabriel AttalJordan BardellaJean-Luc MélenchonEdouard PhilippeThomas RegnierYann Le CunDario AmodeiJaroslav Beck
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Le contexte

La décision de l'administration Trump d'interdire l'utilisation de certains modèles d'IA d'Anthropic aux ressortissants étrangers a suscité des réactions en Europe, mettant en lumière la dépendance technologique du continent vis-à-vis des États-Unis. Ce contexte s'inscrit dans une dynamique plus large de compétition géopolitique autour de l'intelligence artificielle.

Ce qu'il faut retenir

L'administration Trump a interdit l'utilisation des modèles d'IA d'Anthropic aux ressortissants étrangers, provoquant une réaction forte en Europe. Des personnalités politiques françaises ont exprimé leur inquiétude face à cette décision, soulignant la nécessité d'une souveraineté technologique. Gabriel Attal a déclaré que la guerre de l'IA avait commencé, tandis que d'autres, comme Jean-Luc Mélenchon, ont plaidé pour une indépendance accrue en matière d'IA. La Commission européenne a également souligné l'importance de renforcer la souveraineté technologique de l'Europe.

Ce que ça change

Cette décision américaine pourrait inciter l'Europe à accélérer ses efforts pour développer une autonomie technologique en matière d'intelligence artificielle. Les réactions des responsables politiques français montrent une prise de conscience croissante des enjeux de souveraineté nationale liés à la technologie, ce qui pourrait influencer les futures politiques européennes dans ce domaine.

L'article complet

Source originale sur lexpress.fr

L'administration Trump aurait-elle essayé de faire d'une pierre, deux coups ? Mettre un coup de pression sur Anthropic d'une part, et de l'autre, rappeler au reste du monde qu'elle détient, avec les entreprises de la tech, un levier considérable ? Sa décision d'interdire l'utilisation des modèles d'Anthropic Mythos 5 et Fable 5 à "tout ressortissant étranger", vendredi, a en tout état de cause fait l'effet d'un coup de tonnerre sur les deux rives de l'Atlantique. Elle a d'abord eu pour conséquence la désactivation de ces deux modèles, trois jours après leur commercialisation, par la firme californienne, qui assure qu'elle n'avait guère le choix, ses propres employés étant souvent étrangers.

Aux Etats-Unis, l'annonce a été vue comme un nouvel épisode du bras de fer entre la firme de Dario Amodei et l'administration présidentielle. Elle remonte à la volonté du premier, en février, que son IA Claude ne soit pas utilisée par le Pentagone à des fins militaires comme la surveillance des masses ou le développement d'armes autonomes – Donald Trump avait alors qualifié Anthropic d’"entreprise radicale de gauche, woke"… Cette fois, la directive émanerait du secrétaire au commerce, Howard Lutnick, après qu'il a été informé par une société utilisatrice des modèles – Amazon, selon différentes sources – qu'elle avait réussi à contourner les garde-fous prévenant un usage malveillant de Fable 5, une IA particulièrement douée pour repérer les failles de sécurité des logiciels . Anthropic s'est indigné d'un tel prétexte. "Nous contestons que la découverte d’un potentiel contournement" des mesures de sécurité autour de Fable 5 "justifie le rappel d’un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes", a écrit la firme.

Au début du mois, Donald Trump a publié un décret demandant aux entreprises technologiques de permettre au gouvernement d'examiner leurs nouveaux modèles avant de les mettre sur le marché, à rebours de la dérégulation qu'il avait prôné jusqu'alors et qui était pour beaucoup dans sa cote de popularité auprès des barons de la tech, dont nombre lui ont apporté leur soutien à la présidentielle.

En Europe, la décision a été interprétée comme une sirène d'alarme face aux velléités du gouvernement américain de se servir de l’IA et des outils numériques comme autant de moyens de pression géopolitique . Présidentielle à l'horizon oblige, les réactions politiques ont été particulièrement nombreuses en France. "La guerre de l’IA a déjà commencé. Nous ne pouvons pas compter sur d’autres car cela nous rend vulnérables, la décision des Etats-Unis le montre. Anthropic est leur détroit d’Ormuz", a jugé Gabriel Attal, candidat déclaré (Renaissance). Le président du Rassemblement national Jordan Bardella a lui écrit sur X : "Cette décision soudaine vient nous rappeler que l’intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur", et plaidé pour "accélérer dans le soutien" à la société française Mistral AI. Pour une fois d'accord avec lui, Jean-Luc Mélenchon a estimé que la décision américaine "prouve l’urgence d’être indépendants et souverains". "Nous ne maîtrisons ni les modèles, ni les [capacités de] calcul" de l’IA, une technologie pourtant "aussi essentielle que l’électricité ou Internet", a déploré Edouard Philippe, autre candidat (Horizons) à l’Elysée, qui appelle à son tour à un réveil de l'Europe.

Porte-parole de la Commission européenne chargé de la souveraineté technologique, de la défense et de l'espace, Thomas Regnier voit dans le blocage ordonné par Washington la nécessité de renforcer "le besoin de souveraineté technologique de l’Europe". Tom Tugendhat, député britannique, a déclaré : "Le fait de désactiver le Fable 5 et d’autres modèles pour les étrangers n’est ni un malentendu ni une erreur, c’est le résultat inévitable d’une technologie qui redéfinit l’art de la guerre, de sorte que la souveraineté repose davantage sur le code que sur les canons."

Certains acteurs de l'IA y ont de leur côté vu un juste retour de bâton aux prédictions alarmistes dont a pu être coutumier Dario Amodei. Le Français Yann Le Cun , ancien de Meta et spécialiste de l'IA, a estimé sur LinkedIn que "les discours alarmistes et ridicules de Dario Amodei sur Mythos/Fable (et l'IA en général) finissent par porter leurs fruits : le gouvernement américain interdit son utilisation aux non-Américains, y compris aux employés étrangers aux Etats-Unis. On récolte ce que l'on sème." "Cela devrait être un énorme signal d'alarme pour l'Europe" a renchéri Jaroslav Beck, PDG d'une start-up d'IA basée à Prague. L'avenir dira si cet épisode constituera un tournant dans la quête de souveraineté de l'Europe en matière d'IA ou une simple indignation passagère.

Texte extrait depuis l'article original sur lexpress.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur lexpress.fr.

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