En relançant le débat sur la gestation pour autrui au moment de déclarer sa candidature à la présidentielle, Gabriel Attal cherche à se démarquer d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe. Une prise de position clivante, pensée comme un marqueur politique et générationnel.
Pour quelles raisons Gabriel Attal veut-il ouvrir le débat sur la légalisation de la gestation pour autrui au moment où il déclare sa candidature à la présidentielle ? D’abord, parce qu’il est "constant", comme il le revendique. Cela fait plusieurs années que l’ex-Premier ministre défend cette réforme. Il l’évoque régulièrement et en fait la pédagogie parce qu’il refuse, dit-il, de fermer les yeux sur l’existence de ces couples français qui ont recours à la GPA à l’étranger. Ils sont entre 300 et 500 par an. "La réalité de ces familles existe, qu’on le veuille ou non, car le monde est ouvert, et nous devons en débattre" , écrit-il dans son livre En homme libre. Et il va plus loin puisqu’il veut en faire un marqueur de sa candidature.
Avec cette proposition, il risque de fracturer son camp, mais c’est fait pour. La porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, s’est, par exemple, dépêchée d’affirmer son 'total désaccord' avec cette proposition. Or, en prônant la légalisation de la GPA, Gabriel Attal veut justement afficher sa singularité et incarner une forme de "rupture" avec le gouvernement Lecornu, qu’il juge condamné à l’immobilisme à cause de la dissolution. Et puis, il prend ses distances avec Emmanuel Macron, qui a fait de la GPA ce qu’il a appelé "une ligne rouge".
Le chef de l’État apparaît frileux sur les réformes sociétales : il n’a toujours pas réussi à concrétiser sa promesse d’instaurer une aide active à mourir, le texte restant enlisé au Parlement. Gabriel Attal veut donc lui dérober le totem de la réforme "disruptive", un peu comme avec sa proposition de loi pour libéraliser le travail le 1er mai. Enfin, il se distingue de son principal concurrent, Édouard Philippe, en essayant de le renvoyer au statut de porte-parole d’une droite plus conservatrice.
Cette réforme ne peut pas aboutir rapidement. D’ailleurs, Gabriel Attal est prudent. Partisan de la légalisation d’une GPA "éthique" , c’est-à-dire sans transaction commerciale, il se contente de vouloir initier ce débat et rappelle, chez nos confrères du Parisien-Aujourd’hui en France , que "sur tous ces sujets bioéthiques, la liberté de vote s’est imposée dans tous les partis". Il n’empêche que le sujet s’impose désormais aux politiques comme aux juges : vendredi 22 mai, la Cour de cassation s’est penchée sur le cas d’un couple de Français vivant au Canada qui veut que la France les reconnaisse comme les parents de leurs enfants nés à l’étranger d’une GPA que le droit français interdit. La plus haute juridiction du pays rendra sa décision le 3 juillet. Ce type de situations se multiplie, et l’ampleur du casse-tête juridique montre bien qu’il est temps qu’une campagne présidentielle s’empare du sujet.
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