S i l’heure n’est pas encore à la réconciliation franche entre la France et l’Algérie, le dégel se poursuit entre les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. Après Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, et Alice Rufo , la ministre délé...
S i l’heure n’est pas encore à la réconciliation franche entre la France et l’Algérie, le dégel se poursuit entre les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. Après Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, et Alice Rufo , la ministre déléguée aux Armées, Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, a, à son tour, pris la route d’Alger, ce lundi, pour continuer de relancer la coopération diplomatique entre les deux pays.
Celle-ci est essentielle. En particulier sur le sujet des expulsions des ressortissants algériens faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) en raison de leur dangerosité. Or, depuis qu’Emmanuel Macron a reconnu, en 2024, la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, les relations entre Paris et Alger ont basculé dans une crise sans précédent depuis 1962 ; le pouvoir algérien bloquant systématiquement tous les laissez-passer consulaires indispensables au retour de ses citoyens.
Reconnaissons-le, cette mesure de représailles a atteint son but : mettre sous tension la chaîne judiciaire et notre classe politique ; cette dernière ne résistant pas au plaisir de se déchirer, une fois de plus, sur l’abrasive question algérienne. Dans cette crise, les partisans du rapport de force, emmenés par l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, ont perdu. C’est l’une des leçons de cette brouille : la diplomatie, comme le pouvoir, ne s’exerce pas à Beauvau, mais à l’Élysée. Et c’est bien cette ligne, celle du dialogue, qui a permis d’amorcer cette reprise des discussions et des expulsions d’Algériens frappés d’OQTF.
Cependant, la dérive autoritaire du pouvoir algérien n’est pas contestable et le mouvement populaire qui a conduit au départ du président Bouteflika n’est plus qu’un lointain souvenir. Si la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre a été un premier geste d’apaisement, impossible d’oublier qu’Alger pratique toujours l’odieuse diplomatie des otages en maintenant en prison le journaliste français Christophe Gleizes . Si cette relation entre Paris et Alger veut être pérenne, il faudra le libérer et que cesse de telles pratiques, y compris celle d’instrumentaliser le passé. À la lueur de leur histoire, à la lueur aussi des tensions qui secouent le bassin méditerranéen et alors que la menace islamiste s’étend de nouveau au Mali , Paris et Alger ne peuvent s’abîmer plus longtemps dans un tel bras de fer stérile.
