À moins d’un an de la présidentielle, les sondages nous biberonnent déjà. Et, reconnaissons-le, leur tâche n’est pas simple. Rarement avons-nous eu un paysage politique aussi illisible. Il faut dire que la dissolution ratée de 2024 n’a fait que brouiller un peu plus le ciel, figeant l’Assemblée nationale dans une absence totale de majorité. Alors qu&rsquo...
À moins d’un an de la présidentielle, les sondages nous biberonnent déjà. Et, reconnaissons-le, leur tâche n’est pas simple. Rarement avons-nous eu un paysage politique aussi illisible. Il faut dire que la dissolution ratée de 2024 n’a fait que brouiller un peu plus le ciel, figeant l’Assemblée nationale dans une absence totale de majorité. Alors qu’aucun candidat naturel n’émerge et qu’Emmanuel Macron ne se représentera pas, sonder revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Pour tenter d’y voir plus clair, une récente enquête d’opinion a testé pas moins de huit hypothèses. Résultat : Jordan Bardella les domine toutes au premier tour, devant – le plus souvent – Édouard Philippe.
Reste que si le maire du Havre est candidat de longue date, Jordan Bardella, lui, ne l’est toujours pas. Et il ne le sera que si Marine Le Pen perd son procès en appel. Qui peut affirmer qu’être le candidat d’une décision de justice n’aura aucune incidence ? Et quid de son inexpérience ? Mais qu’importe, pour lui, les sondages se suivent et se ressemblent. François Hollande aussi est testé. Mais s’il est en embuscade, sa candidature n’est qu’une hypothèse qu’il ne lèvera qu’en… décembre , si Raphaël Glucksmann s’effondre.
Voilà les Français sondés sur du sable, entre candidats déclarés et candidats potentiels. Avec cette fameuse question : et si l’élection avait lieu demain ? Or, elle n’aura pas lieu demain ni après-demain, mais dans dix mois. Qui peut dire que les photos à l’instant T de juin seront celles d’avril ? Sans compter que les prochains mois risquent de connaître leur lot de retraits et de ralliements. En 2017, le soutien surprise de François Bayrou à Emmanuel Macron a été déterminant pour ouvrir les portes du second tour…
Tout aussi ennuyeux : que veulent, par exemple, Jordan Bardella et François Hollande pour la France ? Pour l’heure, ils sont testés mais sans que l’on connaisse vraiment leur projet. À lire les sondages, le président du RN n’a d’ailleurs pas besoin d’être candidat, ni même d’avoir des idées… Au passage, quelles sont les préoccupations des Français ? Le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, l’énergie ? Ou la sécurité et l’immigration ? L’instabilité internationale pourrait aussi avoir son importance au moment de confier les clés du pays à un nouveau Président. Ne faisons pas comme si ces questions n’existaient pas. Il reste dix mois pour installer et mener une campagne digne de ce nom. C’est elle qui doit faire œuvre de décantation.
