L’Élysée veut célébrer l’anniversaire, mais l’ambiance n’est plus vraiment à la fête. Cette année de présidence française du G7 intervient cinquante ans après la création du G6 – sans le Canada à l’époque – par Valéry Giscard d’Estaing. Les dirigeants français, britannique, américain, japonais, allemand et italien s’étaient alors réunis à Rambouillet pour discuter des grandes questions économiques internationales.
Alors que l’édition 2026 du sommet se tient à Evian du 15 au 17 juin, Emmanuel Macron veut l’inscrire dans la lignée de cette première réunion dans l’Hexagone. « Le G7 a été inventé il y a cinquante ans pour résoudre les crises économiques » , soulignait le locataire de l’Élysée dans une déclaration en décembre dernier , affirmant que « la réduction des déséquilibres » de l’économie mondiale serait « une priorité de la présidence française » .
Le pari de la continuité est tentant, mais le fait est qu’en cinquante ans le G6 – devenu G7, G8 puis à nouveau G7 – a beaucoup changé, reflétant les grands bouleversements du monde et la concurrence croissante des puissances occidentales par les pays dits « émergents » . Le HuffPost fait le point sur l’histoire de ce club très sélect, dont l’efficacité fait débat.
Le G6 à Rambouillet est « le fruit du premier choc pétrolier du début des années 70 » , explique au HuffPost Christian de Boissieu, vice-président du Cercle des économistes. La crise représente « une aubaine pour les pays exportateurs » de l’or noir, « mais un vrai défi pour les importateurs » , retrace celui qui est aussi professeur émérite d’économie à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
Face à ces déstabilisations, Valéry Giscard d’Estaing organise un premier sommet à six. À la question pétrolière s’ajoutait, pour « la plupart de ces pays » , une « inflation extrêmement élevée, associée à une faible croissance et à un chômage élevé » , pointe Robert Hormats, qui a participé au G6 comme conseiller du sulfureux secrétaire d’État américain Henry Kissinger .
Les grandes puissances, qui représentaient plus de 60 % du PIB mondial à elles seules, entendaient trouver des « stratégies communes afin d’affronter [ces] problèmes économiques considérables » , expliquait le diplomate américain dans les colonnes du Time en juin 2025.
Le cénacle s’élargit rapidement. Il devient le « Groupe des sept » dès 1976 avec l’arrivée du Canada et accueille un représentant de la Commission européenne à partir de sa troisième édition en 1977 – une pratique qui perdure aujourd’hui. En pleine Guerre Froide, le club reste « centré autour des États-Unis et de leurs alliés » , rappelle au HuffPost Sébastien Jean, professeur en économie au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et directeur du programme Géofinance/Géoéconomie de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
L’Union soviétique n’en fait donc pas partie, son intégration n’est évoquée qu’à la toute fin des années 80 par son dirigeant Mikhaïl Gorbatchev, qui se heurte, sans surprise, à l’hostilité de Washington. La question est inscrite à l’ordre du jour du sommet de 1991… quelques mois avant l’effondrement de l’URSS. « L’idée de l’intégration de Moscou au G7 fut repoussée de plusieurs années » , décrit la revue Politique étrangère dans un article paru en 2019.
L’entrée de la Russie post-communiste intervient en 1997. Elle participe au désormais « Groupe des huit » pendant une quinzaine d’années et organise même un sommet. Mais Vladimir Poutine se sent « plus à l’aise » au G20, décrit Politique étrangère et l’aventure prend fin avec les agressions contre l’Ukraine en 2014. Après l’annexion de la Crimée par Moscou , le sommet prévu à Sotchi en Russie est annulé et les autres membres se réunissent à la Haye puis à Bruxelles.
L’exclusion des Russes et le retour au G7 sont officialisés en 2018. « Cet épisode illustre l’importance attachée au fait que les membres partagent les mêmes valeurs : celles de la démocratie libérale » , relève Sébastien Jean. Mais l’intégration russe avait le mérite de « montrer que le forum était ouvert » au reste du monde, loin de se résumer aux grandes puissances occidentales, décrypte le professeur au Cnam.
Cette question de la légitimité du G7 n’est toujours pas réglée. Ses membres ne pèsent plus que 25 % du PIB mondial, très loin des chiffres des années 70. Ce manque de représentativité a valu au groupe des critiques acerbes, notamment lors des manifestations altermondialistes depuis les années 2000. « Le G7 est-il devenu le club des ringards ? » , ironise aujourd’hui le média Blick , basé en Suisse, pays qui va subir les désagréments de ce sommet.
« Il est de moins en moins représentatif de l’économie mondiale à cause de l’essor des BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, ndlr.] et des pays émergents » , constate Christian de Boissieu. « Ce qui pouvait se prétendre direction des affaires économiques et financières mondiales à sa création ne peut plus prétendre à ce titre » , abonde Sébastien Jean.
La concurrence d’un « Sud global » s’est matérialisée par la création en 1999 du G20, qui comprend plus de membres dont des pays qui pèsent lourd (BRICS, Australie, Corée du Sud, Mexique, Arabie saoudite, etc.). « Il a pris une importance croissante » et est aujourd’hui « beaucoup plus représentatif de l’économie mondiale » , estime Christian de Boissieu, qui reconnaît avoir « pensé à une époque que le G20 allait provoquer la mort du G7 » , tant il est difficile de prétendre traiter les grands problèmes sans les pays dits « émergents » – à commencer par la Chine .
Conscient d’être moins représentatif, le club des sept a pris l’habitude dès les années 2000 d’inviter un certain nombre de pays non-membres pour se montrer plus ouvert sur le monde. Le sommet d’Evian ne fait pas exception puisque le Brésil, la Corée du Sud, le Kenya et l’Inde seront de la partie.
Mais avec Donald Trump , le danger pourrait aussi venir de l’intérieur. « Il ne respecte pas l’Europe et n’arrête pas de l’agresser » , pointe Christian de Boissieu, estimant que le Vieux continent paie aussi le prix du « retard accumulé » face à la Chine et aux États-Unis. Donald Trump est « le plus gros défi » pour le groupe, confirme Sébastien Jean qui s’interroge : « Est-ce qu’on est encore dans une discussion entre alliés et entre pays qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes intérêts ? » .
Selon le professeur au Cnam, la participation de Washington au club est indispensable, puisqu’un G6 « pour que les Européens discutent avec le Canada et le Japon » n’aurait « pas grand sens » . Le président américain, dont la simple venue à Evian n’a pas toujours semblé acquise, sera observé de très près par les autres participants et les médias du monde entier. En 2025 au Canada, il avait suscité la stupeur en quittant le sommet avant la fin .
