L’onde de choc, après les déclarations du patron de Canal, qui ne veut plus travailler avec les artistes ayant signé une tribune anti-Bolloré, secoue la Croisette
Le réalisateur Arthur Harari, dont le film « L’inconnue », avec Léa Seydoux, a été projeté ce lundi soir en compétition à Cannes, tiendra, comme c’est l’usage au lendemain de la séance officielle, une conférence de presse ce mardi 19 mai. Nul doute qu’il sera questionné sur la montée en tension entre le groupe Canal et une partie du...
Le réalisateur Arthur Harari, dont le film « L’inconnue », avec Léa Seydoux, a été projeté ce lundi soir en compétition à Cannes, tiendra, comme c’est l’usage au lendemain de la séance officielle, une conférence de presse ce mardi 19 mai. Nul doute qu’il sera questionné sur la montée en tension entre le groupe Canal et une partie du cinéma français, puisqu’il fait partie des 600 signataires de la tribune « anti-Bolloré », parue dans « Libération » le 12 mai , qui suscite la colère des dirigeants de Canal.
Swann Arlaud et le réalisateur Emmanuel Marre arrivent pour leur part mercredi sur la Croisette pour défendre le film « Notre salut », en lice pour la palme d’or. Tous deux ont aussi signé la fameuse pétition et seront évidemment interrogés sur le même sujet. Bref, la déclaration fracassante, dimanche à Cannes, de Maxime Saada n’a pas fini de percuter le festival.
Rappelons que le président du directoire de Canal a annoncé que son groupe ne financerait plus les projets impliquant des artistes ayant paraphé le texte paru dans « Libé », qui dénonçait « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le cinéma par l’intermédiaire de Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal. « Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste », a-t-il expliqué.
Juliette Binoche, Nina Meurisse, Anna Mouglalis, Jean-Pascal Zadi sont, entre autres, visés par ce boycott qui pourrait lourdement affecter leur carrière, Canal étant le premier financeur du cinéma français – le groupe a prévu 480 millions d’euros d’investissements entre 2025 et 2027.
« On peut regretter cette réaction qui aggrave les clivages », a déploré Gaétan Bruel, président du CNC, sur France Inter ce lundi . Alors que la crise pourrait être dévastatrice pour le cinéma hexagonal et son modèle de financement, Gaétan Bruel a appelé à l’apaisement, jugeant que les propos de Maxime Saada, « sur le plan de la liberté d’expression, posent question, parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental », tout en disant ne pas se reconnaître dans la tribune, et en rappelant que jusqu’à maintenant, Canal+ avait toujours soutenu « tous les cinéastes ».
Entre embarras et inquiétude, plusieurs artistes ont réagi à Cannes. « Tu ne peux pas avoir peur de perdre ton travail juste parce que tu exprimes une inquiétude collective », a déclaré Adèle Exarchopoulos, qui joue dans le film « Garance », en lice pour la palme d’or, dont la réalisatrice Jeanne Herry a estimé : « Cette tribune est née d’une peur. Quand derrière on entend ‘‘liste noire’’, ‘‘menaces’’, ça ne fait qu’entretenir cette anxiété. »
La polémique a rebondi dans le champ politique. « Permettre à un milliardaire d’avoir la main sur toute la production culturelle française est suicidaire », s’est inquiété Jean-Luc Mélenchon. « Il faut être sacrément de mauvaise foi ou masochiste pour mordre la main qui vous nourrit sans demander de contrepartie idéologique », a en revanche, commenté David Lisnard, maire de Cannes (ex LR), apportant son soutien à Vincent Bolloré, comme plusieurs députés RN.
