La vice-présidente du Syndicat de la production indépendante réagit à la tribune « Zapper Bolloré ». Pour elle, c’est le programme du Rassemblement national qui menace le cinéma français, et non Canal+, premier financeur de films de l'hexagone.
Alors que la tribune de 1200 professionnels contre la domination du groupe Bolloré dans le cinéma français, via Canal+ et UGC, embrase le Festival de Cannes , la vice-présidente du Syndicat de la production indépendante (SPI), Marie Masmonteil, assure que la chaîne cryptée « n’a jamais refusé un film pour des raisons idéologiques ».
Elle appelle les professionnels à plutôt défendre le système de financement du cinéma français, qui serait menacé en cas d’arrivée du Rassemblement national au pouvoir en 2027. Les élus du RN ont en effet pour projet de supprimer le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). « Ce serait la fin de la création française au profit d’une hégémonie américaine toujours plus forte » , assure-t-elle.
Marie Masmonteil : A mes yeux, cette tribune est contre-productive. C’est un fait que Canal+, qui occupe une place dominante dans le cinéma français, est détenu par Vincent Bolloré depuis 2015. Pour autant, en plus de dix ans, jamais Canal+ n’a refusé un film pour des raisons idéologiques. Au contraire, la chaîne a contribué au financement de L’Histoire de Souleymane ou de La Petite dernière , qui sont à l’opposé de l’idéologie de l’extrême droite.
Les signataires appellent à « zapper Bolloré ». Concrètement, cela signifie « zapper Canal+ » et cela aura pour effet de déstabiliser toute l’économie du cinéma français. Actuellement, Canal+ est de loin le premier financeur des films produits en France à hauteur de 160 millions d’euros par an pour environ 80 films préachetés. C’est une somme colossale liée à des obligations légales et négociée par des représentants de toutes les professions du cinéma via des conventions.
L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir serait bien entendu une catastrophe pour le cinéma tricolore et ses 260 000 emplois. Les élus du Rassemblement national attaquent régulièrement le système de financement de la production française, qui est unique au monde. Ils veulent en particulier supprimer le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) sans en détailler les conséquences réelles : la fin de la création française au profit d’une hégémonie américaine toujours plus forte. Ce qui est paradoxal pour une formation qui se dit souverainiste…
En supprimant le CNC, le Rassemblement national mettrait fin à l’exception culturelle française. Le CNC est en effet le principal pourvoyeur d’aides à la production de films. Il est la pièce maîtresse d’un système vertueux qui favorise la prise de risque et l’émergence de nouveaux réalisateurs grâce à des taxes sur les billets d’entrée, les chaînes de télévisions et les plateformes étrangères et des obligations d’investissements. Une plateforme comme Netflix a ainsi participé à hauteur de 58 millions d’euros au financement du cinéma français l’an passé, soit autant que France Télévisions. C’est ce système qu’il faut défendre face aux attaques de l’extrême droite.
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