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Auditionné ce mardi par les députés, l’ancien ministre de l’Économie plaide pour une contribution accrue des foyers les plus riches sans pénaliser l’investissement productif.
Dans le débat sur la fiscalité des ultrariches, l’avis de celui qui a dirigé Bercy entre décembre 2024 et octobre 2025 était attendu. Ce mardi 19 mai, Éric Lombard a été auditionné dans le cadre de la commission d’enquête sur l’imposition des plus hauts revenus et patrimoines , mise en place en février à l’initiative du groupe parlementaire LIOT.
Les foyers les plus riches sont-ils suffisamment taxés en France ? Faut-il renforcer la fiscalité sur les grands patrimoines , au-delà des seuls revenus déclarés ? Ces questions, qui avaient enflammé la gauche lors de la dernière session budgétaire, ont été posées ce mardi par Charles de Courson, rapporteur de l’instance. Réponse de l’ancien patron de Bercy : taxer davantage le patrimoine est une nécessité à la fois économique et démocratique.
Le premier constat posé par l’ancien ministre est celui d’un besoin d’équité fiscale. «79 % de nos compatriotes le réclament» , affirme-t-il en s’appuyant sur un sondage Elabe de décembre 2025. Nourri par le creusement des inégalités, ainsi que par l’érosion des revenus et du pouvoir d’achat, ce sentiment appelle, selon lui, une réponse qui ne peut pas passer par une hausse générale des impôts. «La plupart des Françaises et des Français sont soumis à un taux de prélèvement élevé, alors même que la question du pouvoir de vivre est devenue centrale» , a-t-il déclaré devant les députés. «Taxer davantage le travail serait injuste, défavorable à nos entreprises et à nos salariés.»
Alors que faire ? Pour l’ancien ministre, «il est devenu nécessaire aujourd’hui de réviser les bases du financement de l’État et de la Sécurité sociale en faisant plus de place à la taxation du patrimoine» . En janvier dernier, il faisait déjà valoir que «des milliers» de personnes parmi les plus fortunées» ne payaient «aucun impôt sur le revenu» . D’abord démentie par Bercy, cette affirmation a depuis été partiellement confirmée : selon les sénateurs, plus de 13.000 foyers millionnaires disposeraient d’un revenu fiscal de référence trop faible pour être imposés à l’impôt sur le revenu. En cause : les stratégies d’optimisation fiscale, comme les holdings familiales permettant d’alléger l’impôt, des mécanismes «légaux mais injustes» , estime l’ancien ministre.
Taxer le patrimoine ne doit pas se faire aux dépens de l’activité économique et de l’investissement productif, martèle-t-il toutefois. «Je parle du capital détenu par des personnes physiques, pas du capital détenu par d’autres sociétés» , précise-t-il, abordant ainsi la délicate distinction entre biens professionnels et biens personnels. «Pour quelqu’un qui aurait lui-même son activité dans une société, cela doit être exclu de l’impôt sur le patrimoine» , ajoute-t-il. Pas question non plus de s’attaquer à l’outil de travail des entrepreneurs de la tech, dont le patrimoine est souvent non liquide, défend-il, en mentionnant notamment Arthur Mensch, auditionné il y a quelques jours. «Il faut protéger les investisseurs de ces secteurs et notamment les fondateurs qui, s’ils devaient payer un impôt sur des sociétés, iraient tout de suite (…) s’installer aux États-Unis ou ailleurs» , martèle Éric Lombard.
Présidée par Jean-Paul Mattei, la commission enchaîne depuis mars des auditions d’administrations (DGFiP, Insee, Banque de France), de corps de contrôle (Cour des comptes, Conseil des prélèvements obligatoires) et d’acteurs privés de la gestion de fortune, afin d’établir un état des lieux chiffré de l’imposition réelle des plus hauts patrimoines. Objectif : documenter les «trous dans la raquette» de l’impôt sur le revenu et des prélèvements patrimoniaux, en vue d’une éventuelle réforme. Les parlementaires disposent de six mois pour rendre leurs conclusions, en amont du prochain budget.