En France, le nombre de personnes étrangères placées en rétention administrative augmente encore en 2025. Mais pour la première fois depuis plusieurs années, le nombre d'expulsions, lui, diminue. Au total, 60% des personnes enfermées sont libérées par la justice avant de pouvoir être éloignées du territoire. Cinq associations qui accompagnent les hommes et les femmes en situation irrégulière pointent du doigt les nombreuses irrégularités qu'elles constatent dans ces centres de rétention.
D'après leur rapport publié ce mardi, les centres de rétention sont détournés de leur finalité première et deviennent des « succursales de prison ». En 2025, 44 000 personnes ont été enfermées dans un centre de rétention administrative, une privation de liberté originellement prévue à titre exceptionnel et pour laisser le temps aux autorités d'organiser le départ.
En réalité, 36% des personnes ont effectivement été expulsées. Les autres ont fini par sortir, après 33 jours d'enfermement en moyenne - car l'éloignement était impossible. Illustration parfaite, alors que l' Algérie ne dispense plus de laisser-passer consulaire , 5000 ressortissants ont été enfermés et seulement 12% ont été finalement expulsés.
Plus de 2 000 personnes ont été enfermées jusqu'à 90 jours, la durée maximale légale (excepté pour les condamnés pour terrorisme dont la détention peut atteindre 180 jours). « Plus de la moitié des expulsions interviennent dans les vingt premiers jours et environ 85 % dans les 45 premiers jours, tandis que moins de 10% ont lieu au-delà de soixante jours », selon le rapport.
« L'administration les place en centre de rétention en sachant pertinemment qu'elle ne pourra pas les expulser, donc les personnes restent enfermées jusqu'à trois mois sans pour autant être expulsées, ce qui est pourtant la finalité de la rétention administrative », explique Justine Girard, responsable nationale rétention de la Cimade.
La semaine dernière, dans une tribune, le syndicat des avocats de France dénonçait aussi cette privation de libertés devenue arbitraire qui pourrait être encore plus longue à l'avenir.
Une proposition de loi, adoptée par l'Assemblée nationale , veut faire passer de trois à sept mois la durée d'enfermement maximale autorisée. Le texte sera discuté au Sénat ce mercredi 20 mai.
