Un hommage national a été rendu mercredi au sociologue et philosophe Edgar Morin mort vendredi à l'âge de 104 ans. Emmanuel Macron a salué "l'enfant de Ménilmontant", quartier populaire de Paris, d'un "enseignement laïque", "vibrant de son identité de Français juif, traqué, opprimé", résistant face à l'occupant nazi et adepte de la "pensée complexe".
Lors d'un hommage national aux Invalides au philosophe et sociologue Edgar Morin , mort vendredi à l'âge de 104 ans, le président Emmanuel Macron a salué mercredi 3 juin "un destin exceptionnel dans le siècle" qui ne céda jamais à "la vérité d'un seul camp".
"Un humaniste planétaire certes, mais irréductiblement français toujours pour ses combats de liberté (...), d'égalité, d'émancipation, de fraternité aussi avec tous les peuples privés de leurs droits", a lancé le chef de l'État devant un grand portrait du philosophe, arborant son éternel chapeau, qui avait été posé sur son cercueil.
"Pour lui, la vérité ne résultait jamais d'un seul camp, d'un seul dogme. L'engagement ne pouvait être l'embrigadement et l'avenir était promis au chaos si l'on cédait à l'accablement ou à l'inaction", a-t-il ajouté.
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"Cette énergie française, généreuse, ambitieuse, universelle, va continuer de renaître", a assuré Emmanuel Macron dans un discours d'un peu moins de quinze minutes ponctué d'un "Merci Edgar".
Edgar Morin était l'auteur d'une œuvre très diverse, connue bien au-delà de la France et qui se voulait une réflexion sur l'humain à partir des données de la science. Malgré son grand âge, le philosophe était toujours présent et écouté dans le débat intellectuel.
La cérémonie s'est déroulée dans la cour sud du dôme des Invalides et non la cour d'honneur, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence de son épouse, la philosophe marocaine Sabah Abouessalam, et nombre de personnalités du monde politique et intellectuel.
L'ancien président François Hollande, le Premier ministre Sébastien Lecornu et ses prédécesseurs Laurent Fabius, Dominique de Villepin, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Élisabeth Borne, ainsi que le sociologue Jean Viard et l'historien Pascal Ory, ont notamment été aperçus. Le chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch était aussi présent.
Le cercueil a fait son entrée dans la cour au pas du tambour. Après l'éloge funèbre présidentiel, la sonnerie "Aux morts" a retenti, suivie d'une minute de silence et de la Marseillaise.
Docteur honoris causa de 38 universités étrangères, Edgar Morin a écrit des dizaines d'ouvrages dont "La Rumeur d'Orléans" (1969), sur une rumeur antisémite, "La Méthode" (1977-2004), son œuvre majeure en six volumes, et plusieurs livres sur l'écologie, thème qui lui tenait à cœur.
De son vrai nom Edgar Nahoum, il est né le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique en Grèce et émigrée à Paris. En 1941, il rejoint le Parti communiste et entre dans la Résistance sous le pseudonyme de Morin.
Le chef de l'État a salué "l'enfant de Ménilmontant", quartier populaire de Paris, d'un "enseignement laïque", "vibrant de son identité de Français juif, traqué, opprimé", résistant face à l'occupant nazi et adepte de la "pensée complexe".
"Pour comprendre comment la barbarie fut enfantée par la civilisation (...) après la guerre, Edgar Morin, encore soldat, s'établit un temps en Allemagne" et en "tira un livre à rebours de l'époque pour défendre l'idée de l'Allemagne qu'il aimait, l'idée de l'Europe qu'il aimait et ses idées dont il espérait la renaissance", a-t-il rappelé.
Dans "Autocritique" (1959), le philosophe relata son exclusion du PCF et ses propres aveuglements face au stalinisme. Edgar Morin fut aussi l'un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d'Algérie. "Il avait appris à penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même", a dit le chef de l'État.
Devenu chercheur au CNRS, il sut "décrire la rumeur d'Orléans avec ses emballements, ses croyances, ses lâchetés, et son travail éclaire encore ce que nous savons de ces poussées de fièvre imaginaire". Il "aperçut l'émergence de la génération des yéyés" nés après la guerre, d'une "nouvelle culture de masse" ou la "fin de la société rurale", a relaté le président.
Après la chute du mur de Berlin en 1989, il a observé comment "le modèle occidental entrait en crise au moment de sa victoire politique et économique". Avec la "crise écologique", le "retour du fondamentalisme religieux", la "crise de l'ordre international" et le retour de la guerre en Europe.
