François Bayrou le 15 mars 2026 à Pau - GAIZKA IROZ / AFP
François Bayrou remonte en selle. Émérite cavalier, l'ancien Premier ministre, sonné par sa sèche défaite à Pau , est de retour. L'éphémère locataire de Matignon multiplie les cartes postales depuis quelques jours: sa présence ce lundi 18 mai à l'Assemblée pour un colloque en compagnie notamment d'Élisabeth Borne et de Bernard Cazeneuve, un livre le 18 juin prochain. Et surtout: le lancement d'une confédération centriste qui réunirait plusieurs partis.
Difficile de lui donner tort: 9 mois après son départ chaotique de Matignon , sa gestion contestée de l'affaire Notre-Dame-de-Bétharram, et après avoir perdu à seulement 344 voix près aux dernières municipales, celui qui reste patron du Modem jusqu'en 2027 est bien décidé à se faire entendre.
D'après ses proches, le septuagénaire n'a "plus aucune ambition présidentielle". Il avait récolté 18,57% des voix en 2007 avant une candidature compliquée en 2012 puis un soutien à Emmanuel Macron en 2017. Mais il ne compte cependant pas s'effacer. Pour tenter de peser, le centriste veut donc tirer les ficelles en coulisses.
Pour ce faire, François Bayrou, qui ne détient plus aucun mandat électoral, mise sur le rapprochement entre le Modem et d'autres partis à la taille plus modeste comme l'UDI, dirigée par le président de groupe Hervé Marseille au Sénat et le parti radical présidé par l'ancienne ministre des Relations avec le Parlement.
Mais c'est surtout Bâtissons ensemble, la nouvelle structure lancée par Élisabeth Borne qui a claqué la porte de la direction de Renaissance la semaine dernière, qui suscite son intérêt.
En froid avec le patron du mouvement Gabriel Attal depuis des mois, l'ex-Première ministre peut se targuer d'avoir rallié à elle plusieurs anciens membres du gouvernement bien identifiés par les Français. On trouve notamment parmi ses nouveaux alliés l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn et l'ancien garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Une toute nouvelle constellation guettée par le patron du Modem.
Cette confédération de différents partis centristes a un but: "poser des idées sur la table et montrer qu'on doit rassembler autour de quelques thèmes forts plutôt qu'autour d'une personne", explique le député Modem Richard Ramos.
Parmi les sujets que voudrait poser sur la table François Bayrou, on trouve notamment la lutte contre les déficits, le rétablissement des régimes de retraites ou encore la banque de la démocratie , cet outil promis en 2017 par Emmanuel Macron pour s'assurer que tous les candidats à la présidentielle puissent emprunter de l'argent pour financer leur campagne.
Reste cependant à trouver les modalités d'une telle alliance entre partis. Le dernier épisode en date n'offre pas beaucoup d'espoir. En 2021, à l'approche de la présidentielle, le patron du Modem avait déjà tenté de lancer un mouvement baptisé Ensemble citoyens pour réunir sous une même bannière Renaissance, Horizons et son propre parti.
Mais très vite, le dispositif avait eu du plomb dans l'aile, notamment à cause de vives tensions entre Édouard Philippe et François Bayrou sur la question de la répartition des sièges entre ces différents mouvements politiques.
L'histoire pourrait-elle se répéter? Les partis en lice pour rejoindre cette hypothétique confédération centriste pourraient moins se permettre de jouer les fines bouches.
L'UDI n'a par exemple plus aucun groupe à l'Assemblée nationale et ne compte ainsi que 7 députés qui siègent au sein du groupe hétéroclite des Liot. Le parti radical, lui, n'a qu'un seul élu au Palais Bourbon, membre du groupe Renaissance.
Les élus de François Bayrou sont actuellement 37 à l'Assemblée - un chiffre modeste qui représente moins de 10% des troupes de l'hémicycle. Mais c'est toujours plus que les députés Horizons qui sont 35 - et pas si loin des 48 élus LR.
Le président du Modem pourrait-il tenter de revenir sur la scène nationale en candidatant lors des prochaines élections législatives qui auront lieu très probablement dans la foulée de la présidentielle? "Il n'a pas d'idée arrêtée là-dessus", tranche un élu Modem.
En attendant, François Bayrou peut se réjouir de l’aura que ses troupes semblent avoir retrouvée ces dernières semaines. Plusieurs figures de la gauche sociale-démocrate se verraient bien se mettre en scène à ses côtés à l'instar du patron de Place publique Raphaël Glucksmann ou encore Bernard Cazeneuve. De quoi se donner un peu d'élan pour 2027?
"Personne ne crachera sur quelques centaines de milliers de voix d'électeurs centristes, d'autant plus que vous pouvez parler à la gauche et aller grapiller un peu au centre sans faire peur aux uns comme aux autres", décrypte un ancien député Modem.
Dans un extrait diffusé par Quotidien en décembre 2024, François Bayrou se décrivait "non pas comme centriste", mais "comme central". Presque un programme donc pour 2027.
