Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ministre de la Justice, était l’invité des 4V sur France 2, mardi 26 mai.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
France Télévisions : Gérald Darmanin, vous proposez dans le JDD un moratoire de 3 ans sur l'immigration légale . Qu'est-ce que ça veut dire ? Personne ne rentre en France ?
Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ministre de la Justice : Non, ce n'est pas ce que j'ai dit, mais il faut diminuer la part de notre immigration en France pour d'abord intégrer et assimiler les étrangers nombreux qui sont déjà sur notre territoire. La situation a changé par rapport aux années précédentes. Le chômage augmente, on est à quasiment 8 %, et nous avons des capacités d'intégration – trouver des logements, mettre les enfants à l'école, leur apprendre le français, leur trouver un travail – qui ne sont pas aujourd'hui, je crois, au mieux. Nous devons d'abord intégrer les gens que nous avons sur notre sol avant de faire venir davantage d'autres personnes.
Vous dites qu'il faut qu'on puisse débattre du nombre, c'est classique, des qualifications, mais aussi, ajoutez-vous, des zones géographiques d'origine des gens qui veulent venir. Pourquoi des zones géographiques d'origine ? Il y a des zones qui fournissent de meilleurs travailleurs que d'autres ?
Je pense qu'il est plus normal de faire venir en France des personnes qui parlent français, par exemple, ou qui sont de culture française, parce que nous avons plus de difficultés à intégrer des personnes lorsqu'elles sont allophones, lorsqu'elles ne parlent pas notre langue. Pour avoir été ministre de l'Intérieur pendant 4 ans et demi, je vois le travail incroyable que font les associations, que fait l'État pour essayer d'intégrer ces populations. Le sujet d'immigration en soi, et moi je suis deux fois petit-fils d'immigrés, n'est pas le fait de choisir quelqu'un en fonction de sa religion ou de son origine géographique en tant que tel. En revanche, c'est de sa capacité à s'intégrer à la République française, à respecter les règles de la République française.
Donc quelqu'un qui vient du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne où l'on parle français aurait plus de chances de rentrer que quelqu'un qui vient d'ailleurs.
C'est au Parlement de le dire. Je propose que ce soit le Parlement qui fixe des quotas qui soient définitifs et pas indicatifs. J'ai mis des quotas indicatifs dans la loi, mais aujourd'hui il faut changer la Constitution. C'est ce qui existe, par exemple, au Canada. Un pays qui le fait, notamment avec une immigration d'origine anglophone. Il faut croiser ces origines géographiques avec les qualifications. Ce que nous cherchons en France, c'est à faire venir moins d'étrangers, je le pense, et simplement dans certains métiers, dans certains corps de métiers. Par exemple, nous avons 20 % des médecins aujourd'hui à l'hôpital qui sont étrangers. Nous avons besoin de médecins étrangers. Mais nous n'avons pas besoin de tous les métiers, à tout moment. Non seulement, on a 8 % de chômage, mais par ailleurs, les étrangers sont surreprésentés dans les personnes qui sont au chômage. Ce serait assez criminel de les faire venir en France, de ne pas savoir les intégrer et de ne pas leur offrir du travail.
Vous avez insisté sur l'intégration : "nous travaillons à l'assimilation des étrangers qui sont sur le territoire", dites-vous. Est-ce que ça veut dire que ceux qui ne posent pas de problème et qui travaillent ici doivent être davantage régularisés, doivent être plus facilement régularisés ?
C'est ce que j'ai fait quand j'étais ministre de l'Intérieur. J'ai porté une loi avec Olivier Dussopt, qui était très difficile parce qu'une grande partie de l'extrême droite et de la droite n'en voulait pas, qui consistait à être très simple : être gentil avec les gentils et méchant avec les méchants. Oui, il faut intégrer tous ceux qui travaillent sur notre sol, qui respectent les règles de la République, qui élèvent leurs enfants dans l'amour de notre drapeau, dans la promesse qu'est la République. Il y a plein de gens dans les restaurants, qui livrent les repas, qui travaillent dans le BTP, qui travaillent dans l'agriculture, qui sont absolument formidables.
Vous maintenez qu'il faut que ces gens-là aient vocation à être régularisés ?
Ceux qui respectent les règles de la République, qui parlent notre langue, dont les enfants respectent les règles de la République, qui travaillent, bien sûr, il faut que nous leur offrions.
Quand bien même sont-ils rentrés de manière illégale ?
Je pense qu'au bout d'un certain temps, parfois 10 ans, 15 ans, bien sûr qu'il faut les accueillir peut-être pas dans la nationalité, mais en tout cas, les sécuriser, leur donner des papiers qui leur permettent de vivre du fruit de leur travail. Ils font un travail que beaucoup de gens n'osent pas faire et ils sont exploités parfois par un capitalisme sauvage et qui pousse d'ailleurs, comme disait un grand philosophe marxiste, "une armée de réserve qui fait baisser les salaires pour tous les autres Français." En revanche, il y a tous ceux qui ne respectent pas les règles de la République, qui eux, et c'est l'objet de ma loi, doivent être expulsés s'ils commettent un délit ou un crime. Et si nous sommes gentils avec les gentils, ceux qui travaillent et qui respectent les règles, nous devons être absolument méchants avec les méchants, c'est-à-dire expulser tous ceux qui ne respectent pas les règles. Si vous mettez un moratoire sur les questions migratoires et que vous dites 'je donne des visas qu'aux pays qui reprennent 90 % imaginant des OQTF', vous avez complètement changé votre rapport de force avec ces pays. Et sans d'ailleurs désigner tel pays plutôt qu'un autre qui embête notre diplomatie. Pour cela, il faut changer la Constitution. Je rappelle que lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, on n'avait pas de majorité à l'Assemblée nationale. On a fait adopter dans la douleur une loi immigration. Pour changer la Constitution, il faut donner une large majorité au prochain président de la République pour qu'il change en effet nos règles constitutionnelles de l'immigration.
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