Invité du "20 Heures" mardi 19 mai, le président du groupe notamment responsable d'Intermarché, revient sur la crise du pouvoir d'achat en cours et sur l'inflation galopante "vraiment portée par les carburants", explique-t-il.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Léa Salamé : Vous avez en tout près de 3 000 magasins en France, avec notamment la marque Intermarché, mais d'autres aussi. Avant de parler des carburants et de l'inflation, on vient de voir ce grand format sur la viande. On parle quasiment chaque semaine du poulet et des œufs , de cet immense succès pour ces deux produits. Est-ce que vous le voyez ? Et surtout, est-ce qu'il y a des tensions sur ces produits-là ? Est-ce qu'il y a un risque de pénurie ?
Thierry Cotillard : On le voit, parce que, finalement, il y a deux phénomènes. On a d'un côté une consommation qui explose. Le chiffre n'a pas été donné mais c'est 15 % en plus depuis deux ans. On parle de 30 millions d'œufs qui sont consommés en France en plus tous les ans. Ça, c'est la demande. Et puis, côté offre, on a une baisse parce qu'il y a eu des sujets qui étaient conjoncturels, comme la grippe aviaire. Et puis structurellement, on a décidé d'avoir des élevages moins intensifs. Donc, j'ai envie de vous dire, il n'y a pas un risque de pénurie, il y a un risque d'importation. Donc, pour éviter ça, il faut réouvrir des poulaillers. Je sais que c'est à l'ordre du jour au niveau du ministère de l'Agriculture. Et pour y arriver, il faut moins de normes et il faut aller vite parce que le besoin, il est immédiat.
Peut-il y avoir des pénuries dans les prochaines semaines, les prochains mois, sur ces deux produits ?
Oui, il pourrait y en avoir. Et c'est pour ça qu'il y a une urgence à avoir des autorisations et à réouvrir des poulaillers en France.
L'inflation revient, les prix ont augmenté de 2,2 % en avril, par rapport à avril dernier. Est-ce que vous le ressentez déjà dans les comportements des consommateurs dans vos magasins ? Est-ce qu'ils achètent moins ?
C'est une bonne question, parce que cette inflation, elle est vraiment portée par les carburants. On vient de sortir des négociations commerciales, ça protège aussi le consommateur parce que pendant 12 mois, c'est normalement les prix qu'on va avoir. Et la réalité, c'est une stabilité des prix. Mais depuis l'hyperinflation, il y a un changement de comportement du consommateur. Vous venez de passer un reportage sur la viande, ce sont des marchés qui sont en déconsommation, parce que ça devient presque inaccessible. Et puis après, il y a des tendances de fond. La marque de distributeur a explosé chez Intermarché, mais aussi chez nos concurrents. Et puis la promotion, les gens recherchent les bonnes affaires.
Michel-Édouard Leclerc a dit qu'il prévoit une inflation qui pourrait augmenter jusqu'à 3 à 4 % en juillet. Est-ce que vous voyez ça ou c'est excessif ?
Ça me paraît un peu excessif, c'est-à-dire qu'il y aura une demande évidemment des industriels de renégocier. Il faut qu'on fasse preuve de discernement. Ce qui est très important, c'est que le gouvernement maintienne les aides qu'il fait pour le premier maillon de la chaîne ; évidemment le transporteur, mais surtout l'agriculteur. Donc je pense que ces aides, il faut qu'elles soient encore plus importantes, parce qu'on a compris que ça paye le gasoil. Mais ils ont des engrais qui augmentent donc, si on arrive à juguler finalement le premier maillon, à ce moment-là on va éviter qu'en cascade, ça arrive chez l'industriel et après, dans les supermarchés.
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