La 17 e chambre du tribunal correctionnel de Paris a relaxé, mardi, Ismaël Boudjekada d’une partie des infractions d’apologie du terrorisme. Face à ses soutiens, il a déclaré que la décision « fera jurisprudence pour ceux qui soutiennent la cause palestinienne ». Le Franc-Comtois est toutefois condamné à un an de prison, dont six mois ferme, pour certains propos et pour la révélation d’identités et adresses de Juifs traités de « cafards ». Il a annoncé interjeter appel.
Costume beige, chemise vert d’eau, Ismaël Boudjekada crie victoire face à la quinzaine de ses soutiens qui ont effectué le déplacement au tribunal de Paris. Dès sa sortie de la 17 e chambre de la presse, il leur indique « qu’en France, le fait d’ériger Yahya Sinwar en héros n’est pas [faire] l’apologie du terrorisme ». Le 17 octobre 2024, sur le réseau social X, il avait comparé le chef du Hamas, organisateur des massacres du 7-Octobre en Israël, à « un martyr, l’un des plus chanceux d’entre nous ». Le 25 février dernier, seul à la barre (son avocat l’avait abandonné trois jours plus tôt), l’ex-conseiller municipal de Grand-Charmont (Doubs) avait réitéré ses propos et fustigé l’armée israélienne qui avait abattu ce leader sanguinaire : « Sinwar est un héros » ; le Hamas, « un mouvement de résistants » (voir notre article du 27 février ici ). Il avait par ailleurs insulté Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, et refusé de condamner les pogroms.
Plaidant « la liberté d’expression » en vertu de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme , se comparant à « Charlie Hebdo , qui dérange le lecteur pour qu’il se questionne », le prévenu de neuf délits lui faisant encourir jusqu’à sept ans de détention avait affiché une stupéfiante assurance devant une salle comble, acquise à sa cause, soit la défense quoi qu’il en coûte du peuple palestinien. Sur ces points, la formation collégiale de la 17 e chambre a donc conforté ses convictions.
En revanche, elle l’a déclaré coupable d’apologie du terrorisme aggravé en ce qui concerne ses commentaires des assassinats du 7-Octobre : ils étaient « un petit peu mérité[s] » et « tout le monde sera content quand le Hamas aura terminé le travail ». Même sanction s’agissant de ses propos ignobles envers l’ex-otage Noa Argamani.
Les juges ont également estimé qu’Ismaël Boudjekada avait enfreint la loi en s’attaquant, via un groupe WhatsApp qui rassemblait 450 membres de la communauté juive, à des particuliers comparés à des cafards. Les 16 novembre 2023 et 4 septembre 2024, il avait divulgué les identités de trois d’entre eux, ainsi que leurs adresses, les exposant à un risque – des faits communément appelés du “ doxing” (ou doxxing ). « Jetés en pâture » à ses quelque 500 000 abonnés sur les réseaux sociaux, il avait expliqué que ces personnes « posaient [en photo] avec des armes et soutenaient Tsahal », l’armée de l’État hébreu : « Je les ai dénoncés à la police qui n’a rien fait », avait-il précisé à l’audience. L’explication n’avait convaincu ni les parties civiles (OJE, Licra, Avocats sans frontières, le B’nai B’rith et l’Observatoire juif de France) ni le parquet. Anissa Zeghlache, la chef du Pôle national de lutte contre la haine en ligne, avait requis 18 mois de prison, dont 8 ferme, l’inéligibilité durant trois ans avec exécution provisoire et l’interdiction de contact avec les victimes sur la même période.
Le tribunal a suivi les réquisitions, ne réduisant la peine que de six mois.
Ce mardi, dans une étonnante interprétation du jugement, M. Boudjekada s’est présenté comme « un élu de la République menacé de mort » par ces victimes de confession juive, « parce que cet élu a eu le grand honneur de démontrer qui [elles] sont. Mon crime ( sic ), aujourd’hui, est d’avoir fait du doxing (…) Je continuerai à afficher toutes celles et tous ceux qui se croient tout permis, menaçant l’intégrité physique de militants propalestiniens et si c’était à refaire, je le referai de la même manière ».
Devant les portes de la salle d’audience, sûr de lui, poing serré battant la mesure de ses propos offensifs, Ismaël Boudjekada a accusé les plaignants qui ont obtenu réparation (6 000 € au total) d’être des « fanatiques sionistes mouillés dans un trafic d’armes à destination d’Israël, avec la complicité [d’un] membre de la Police aux frontières », qu’il a nommé. Assurant avoir « fait [son] devoir », il a affirmé que « la Défenseure des droits est en train d’étudier si je peux être reconnu comme lanceur d’alerte ».
La décision du tribunal, « contre laquelle je vais interjeter appel, n’est que temporaire. Les juges ont cédé à la pression de parties civiles sionistes qui ont osé les menacer à la barre ». Il s’en est également pris à « un magistrat qui parle hébreu et [qui] s’est permis de faire la traduction pour certaines parties civiles » – attaque infondée car personne n’a échangé en hébreu durant les débats du 25 février.
Enfin, le condamné qui ne semble pas avoir compris le sens du mot sursis, lequel peut être révoqué en cas de réitération d’infraction, a critiqué Haïm Korsia, le Grand-rabbin de France qui entretiendrait selon lui des relations privilégiées avec la Chancellerie, pour « taper sur les doigts des magistrats qui ne vont pas assez loin dans la condamnation d’apologie du terrorisme. C’est une violation de l’article 64 de notre Constitution ». « On ne me fera pas reculer, a-t-il conclu. Tant que le peuple palestinien se fera massacrer, je continuerai avec la même détermination. »
Déjà condamné le 21 juin 2024 à Nanterre (20 000 € d’amende, trois ans d’inéligibilité), M. Boudjekada a aussi comparu le 17 mars pour apologie du terrorisme (notre article du 18 mars ici ) . Lors d’un discours posté sur Facebook en 2025, il avait qualifié les membres du Hamas de « résistants à un occupant et à Israël ». La 16 e chambre du tribunal de Paris lui avait infligé six mois de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité.
Mardi 19 mai, la 17 e a déclaré irrecevables la constitution des associations parties civiles. Elles réfléchissent à faire appel sur les intérêts civils d’ici au 29 mai.
