Pouvait-il espérer pire lancement de campagne ? Quinze jours après la publication de sa BD Picardie Splendor , qui met en scène plusieurs de ses déplacements à la rencontre des Français, François Ruffin est englué dans une vive polémique. De nombreux responsables de gauche l’accusent de faire preuve, à travers les dessins, de paternalisme voire de racisme, telle la députée écologiste Sabrina Sebaihi qui lui rappelle que « le temps des colonies est fini » .
Un boulet dont le député de la Somme peine à se départir, à un an de l’élection présidentielle pour laquelle il se prépare. Dans l’une des pages de la BD, l’élu apparaît dans un train aux côtés d’une passagère noire qui refuse de payer la verbalisation que lui infligent deux policiers. Elle explique que son billet est valable et que l’erreur sur la gare de départ n’est pas de son fait. Selon son récit, François Ruffin se lève et décide alors de régler lui-même l’amende, demandant à un passager qui avait pris la défense de la femme de « respecter la police » .
Sauf que la scène en question n’aurait jamais eu lieu et que les choses auraient été bien différentes, selon le passager en question, qui a décidé de prendre la parole ce mercredi. Ainsi, auprès du site d’information Mizane, Félix explique que si François Ruffin est intervenu, c’est surtout parce qu’il était « pressé » que le train reparte. Et non pas parce que le racisme supposé des policiers l’aurait indigné.
Par ailleurs, le Picard apparaît dans la BD comme un sauveur grâce à qui la situation a pu être débloquée. En réalité, Félix explique que c’est lui qui a payé l’amende à la place de la dame, car François Ruffin ne se souvenait pas de son code de carte bancaire. Il a finalement proposé de le rembourser par chèque. Un détail qui « n’est pas raconté dans la BD » , regrette-t-il.
« Dans la bande dessinée, on a l’impression que c’est lui qui règle la situation » , explique Félix, pour qui François Ruffin a décidé de représenter « un Arabe qui intervient pour défendre une Noire » . « Alors que c’est juste une situation de racisme ordinaire, ou en tout cas d’abus d’autorité. Et la révolte d’un passager » . D’ailleurs, l’homme explique ne pas être Arabe : « Je suis blanc, je suis né en France, mes parents sont nés en France » .
Mieux : sur une autre page de la BD, François Ruffin bombe le torse et prend de haut cet homme qui a eu le malheur d’intervenir. Celui-ci va même jusqu’à s’excuser de s’être « un peu énervé » , baisse la tête et félicite le député d’être « intervenu ». « Pas du tout ! Il n’y a pas eu d’excuse , rectifie Félix. On a fait ce qu’on avait à faire ». Ajoutant : « Dans la BD, j’ai une attitude de soumission. Le bon blanc politique règle le problème. Mais on n’avait pas besoin de lui » .
Contrairement à ce que laisse penser la BD, le passager explique ne pas s’être « juste énervé » . « J’ai cherché une solution. J’ai payé l’amende. On a discuté, il y a eu un dialogue avec Ruffin, on a même discuté de politique. C’était beaucoup plus complexe que ce qu’il raconte » . Il reproche à la BD d’être « une caricature » . Et se demande : « Quel est l’intérêt pour un homme politique de déformer la réalité ? »
Le député de la Somme n’a pas répondu à ce témoignage mais a fait un premier pas en arrière, en retirant le qualificatif de « racisé » qu’il avait utilisé pour parler de Félix dans sa note de blog. Et a précisé : « En vrai, je me suis assis en face de lui, et nous avons discuté à égalité. » Mardi soir, François Ruffin a pris longuement la plume pour revenir sur les critiques, reconnaissant qu’il y a « des passages ratés » dans la BD.
Un héros blanc qui vient délivrer un Arabe et une Noire contraints de courber l’échine ? « Je comprends que cette image choque. Et c’est ma pleine et entière responsabilité de l’avoir laissée passer, j’en suis navré pour les personnes que j’ai blessées » , explique l’ancien reporter. Pour tenter de se justifier, François Ruffin met en avant un « antiracisme » forgé « dans les années 90 » , qu’il résume à travers la formule « Blacks, blancs, beurs ». Pas sûr que se référer à un logiciel vieux de trente ans lui permette de sortir si facilement de critiques formulées en 2026.
