Pour Emmanuel Macron, le maintien du « Code noir » dans le droit français est devenu « une forme d’offense » . À l’occasion des 25 ans de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, le président de la République a soutenu ce jeudi l’abrogation du « Code noir » , cet ensemble de textes royaux ayant organisé l’esclavage dans les colonies françaises : des textes devenus selon lui « une trahison de ce qu’est la République ».
Lors d’une cérémonie organisée à l’Élysée en présence de Christiane Taubira, le chef de l’État a estimé que le maintien symbolique de ce texte dans le droit français ne pouvait plus être ignoré. « Le silence, voire l’indifférence que nous maintenons depuis près de deux siècles à l’égard de ce Code noir [...] est devenu une forme d’offense », a-t-il déclaré.
Emmanuel Macron a ainsi demandé au gouvernement de soutenir officiellement la proposition de loi visant à abroger définitivement le « Code noir » qui sera examinée le 28 mai prochain à l’Assemblée nationale.
Mais le président a surtout longuement évoqué une réflexion encore « inachevée » sur la question des réparations liées à l’esclavage, sujet particulièrement sensible en France.
Sans pour autant promettre de mesures concrètes, Emmanuel Macron a reconnu l’existence d’une « demande de justice » portée par plusieurs pays africains et caribéens. Cette question a notamment resurgi après l’adoption fin mars par l’Assemblée générale de l’ONU d’une résolution portée par le Ghana qualifiant l’esclavage et la traite des Africains de « plus graves crimes contre l’humanité » . La France s’était alors abstenue, refusant de hiérarchiser les crimes contre l’humanité, une position de nouveau assumée ce jeudi par Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron a également annoncé le lancement, avec le Ghana, d’un « travail scientifique international » chargé de formuler « des recommandations très concrètes aux décideurs politiques » . Il a toutefois immédiatement fixé une limite : « Nous devons avoir l’honnêteté de nous dire qu’on ne pourra jamais réparer ce crime totalement. »
Le président a aussi insisté sur le fait qu’aucune décision politique ne pourrait « mettre un point final à cette histoire » . Selon lui, « réparer » , c’est d’abord « restaurer la juste place » de l’esclavage dans « l’histoire de la République » , notamment au travers de l’éducation.
Le chef de l’État a rejeté à la fois les discours hostiles aux démarches mémorielles et l’idée d’une réparation qui pourrait être « intégrale » . « Si nous ne reconnaissons pas, aucune chance qu’on puisse bâtir l’avenir » , a-t-il également lancé, en réponse aux critiques récurrentes contre les démarches de « repentance » . « Nous aurons toujours la réparation imparfaite parce que cette histoire est intranquille » , a-t-il affirmé en conclusion de son discours.
Adoptée en 2001, la loi Taubira avait fait de la France le premier pays au monde à reconnaître officiellement la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Très émue lors de la cérémonie, Christiane Taubira a rappelé que cette reconnaissance était née d’ « une longue expérience collective et individuelle » marquée par la violence de la traite et des plantations. L’ancienne ministre de la Justice a également averti qu’il ne faudrait pas que l’abrogation du « Code noir » reste « juste symbolique » .
