De passage à Bordeaux, Patrick Martin, le président du Medef, dresse un constat préoccupant au sujet de l’économie française, marquée par un climat d’inquiétude géopolitique et une dégradation de l’activité économique
Vous avez récemment tiré le signal d’alerte au sujet de l’activité économique en vous appuyant sur les chiffres du régime de l’AGS, l’assurance qui gère le régime qui permet de garantir le paiement des sommes dues aux salariés en cas de défaillance de l’entreprise, qui bat des records cette année. Nos entreprises s’effondrent-elles ?
Ce régime a versé 650 millions d’euros d’avance au premier trimestre 2026. C’est 23 % de plus qu’en 2025, qui était déjà...
Ce régime a versé 650 millions d’euros d’avance au premier trimestre 2026. C’est 23 % de plus qu’en 2025, qui était déjà une année record ! Il faut essayer de rester positif, je me garderais bien de parler d’« effondrement », mais le fait est qu’en moyenne, concernant l’activité, l’emploi, l’investissement, la tendance n’est pas bonne. On en a eu la traduction dans le PIB du premier trimestre, et je crains que cela se dégrade sur le deuxième trimestre pour des raisons principalement exogènes. Je parle de l’actualité internationale, de ce qu’il se passe au Moyen-Orient, mais également de l’accélération de l’offensive commerciale chinoise, d’une puissance incroyable, ainsi que des tergiversations commerciales et fiscales américaines.
Vous estimez que les entreprises françaises figurent parmi les plus taxées de l’OCDE et qu’elles ont dû absorber 13 milliards d’euros de charges supplémentaires en 2025. Quelles sont, selon vous, les priorités absolues pour alléger ce fardeau avant 2027 ?
Dans la perspective de l’élection présidentielle, il faudrait réintroduire deux principes : la cohérence et le courage (1). Je m’explique : le gouvernement vient de décider que le coût du travail pour les entreprises serait renchéri de 2,2 milliards d’euros à travers un recul sur des allègements de charges. La raison invoquée est que les finances publiques sont dans un état critique, c’est vrai, mais alourdir le coût du travail au moment où le marché de l’emploi ralentit et où la compétition internationale s’intensifie, ce n’est pas très cohérent… Quant au courage, je rappelle que même le gouvernement a reculé sous la pression, par manque de courage, au sujet de la réforme des retraites. Il a reculé aussi sur la réforme de l’assurance chômage. Or ces réformes auraient généré des milliards d’économies.
Allez-vous faire des propositions au gouvernement, aux candidats à la présidentielle ?
Le 22 juin, je vais présenter un document fondateur, me semble-t-il, un diagnostic du Medef sur un certain nombre de situations : les finances publiques, le financement de la protection sociale, etc. Ce diagnostic est étayé par des chiffres incontestables et il fait des propositions constructives.
Des propositions, le Medef en a déjà fait, notamment un projet de loi sur « l’accélération de la vie économique » comportant des mesures de simplification. Jusque-là, aucun choc de simplification administrative ou normative n’a fonctionné…
Tout ça est totalement hors de contrôle, en effet. Depuis des décennies, aucun des engagements politiques en matière de simplification normative ou administrative n’a été vraiment suivi d’actes. Quand la parole politique se discrédite, cela peut poser un problème démocratique. Nous avons en effet proposé une loi d’accélération, de simplification. On pourrait se dire que c’est en pure perte… Mais, nous, nous pensons qu’il faut introduire ces sujets dans le débat public, en espérant que ça sera pris en compte, notamment dans la campagne présidentielle.
Vous êtes de passage dans une région, la Nouvelle-Aquitaine, qui recense 120 projets d’investissements étrangers en 2025, un record. Que cela vous inspire-t-il ? La France reste-t-elle attractive ?
Très sincèrement, la performance de la France en général et de la Nouvelle-Aquitaine en particulier, quant aux investissements industriels étrangers ou non, est à saluer… Mais il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. D’un côté, il y a des investissements annoncés, mais de l’autre, je note qu’on a moins d’égards ou de considération pour toutes les entreprises qui sont déjà sur le territoire national. Par ailleurs, quand on regarde les tendances concernant l’enjeu essentiel de la réindustrialisation, on note que, sur le plan industriel, la France est repassée en solde négatif. Cela se traduit par des dépôts de bilan, des destructions d’emplois industriels. Ce n’est pas propre à la France, l’Allemagne connaît cela aussi… Mais en matière de réindustrialisation, ce qui nous intéresse, c’est le temps long, c’est la mise en œuvre de stratégies robustes.
(1) Le courage est le thème de la prochaine édition de la REF 2026, la Rencontre des entreprises de France qu’organise le Medef les 26 et 27 août à Roland-Garros.
