Mardi, s’est tenu au tribunal judiciaire de Paris, le procès de David G. animateur périscolaire poursuivi pour l’agression sexuelle de neuf enfants et deux collègues. Alors qu’il était annoncé comme le premier procès public en lien avec le scandale des abus sexuels dans le périscolaire parisien, il a eu lieu dans une salle trop petite pour accueillir le public et la presse venus en nombre. Cela pose un problème de transparence.
Depuis l’ouverture en 2018 du tribunal judiciaire de Paris, porte de Clichy, la justice parisienne a les moyens de prendre ses aises. Elle dispose de 90 salles d’audience modernes et parfaitement équipées, dont deux pouvant accueillir chacune 250 personnes. Elle a pu ainsi y organiser d’importants procès, comme celui des attentats de janvier 2015, du Mediator ou du crash du vol Rio-Paris, sans oublier les affaires politiques qui attirent également beaucoup de monde (Fillon, Sarkozy, les assistants du RN…) ou encore les dossiers environnementaux comme celui du devoir de vigilance de Total, où l’on a pris soin, en février dernier, de permettre à toutes les ONG d’être présentes.
À l’inverse, c’est dans une petite salle située au 4 e étage du bâtiment que s’est tenue mercredi l’audience correctionnelle concernant David G, journaliste free-lance et assistant périscolaire à l’école maternelle Alphonse-Baudin, poursuivi pour agressions sexuelles sur neuf enfants et deux collègues. La présence de mineurs aurait pu conduire au huis clos, mais les familles, inspirées par l’exemple de Gisèle Pélicot , avaient annoncé en amont de l’audience qu’elles ne le demanderaient pas afin que le procès soit public. Par ailleurs, le collectif #MeTooEcole avait appelé à manifester devant le tribunal. Il fallait donc s’attendre à une forte affluence, non seulement des familles concernées par cette affaire ou par d’autres non encore jugées ( la procureure de Paris Laure Beccuau a annoncé le 18 mai l’ouverture d’enquêtes portant sur plus d’une centaine d’établissements !), mais du public habituel des affaires médiatiques et de la presse, qui, après un certain retard à l’allumage, se passionne désormais pour le dossier.
Trente minutes avant le début de l’audience prévue à 13 h 30, une longue file d’attente s’était déjà constituée devant l’entrée de la salle. Les policiers présents prévenaient le public et les journalistes que tout le monde ne pourrait pas entrer. Finalement, le tribunal a ouvert en catastrophe une salle de retransmission pour la presse .
C’est un détail auquel on prête peu d’attention, et pourtant, le choix d’une salle d’audience dit parfois beaucoup de la manière dont la justice entend gérer un procès. La première contrainte est évidemment d’ordre matériel : combien de prévenus, d’accusés, d’avocats de la défense, de parties civiles sont attendus ? C’est ainsi qu’il a fallu construire, au palais de la Cité, une salle dédiée pour accueillir le procès des attentats du 13 novembre, capable de contenir 550 personnes. Elle est aujourd’hui démolie et non encore remplacée, ce qui est un sujet d’inquiétude pour la juridiction dès lors que le nombre de grands procès ne cesse d’augmenter, notamment en raison des nombreuses compétences nationales de Paris.
Mais le choix du lieu de l’audience relève aussi parfois de la stratégie. Il arrive à la justice de choisir des salles plus grandes que nécessaire pour conférer de la solennité à une affaire. Ou, à l’inverse, de plus petites pour limiter l’accès du public. C’est ce qu’expliquent par exemple, pour s’en féliciter, les avocats de la meurtrière de la petite Lola dans leur ouvrage « La sinistre comédie » . Ce procès s’est déroulé dans la plus petite salle d’assises du palais de la Cité, baptisée Victor Hugo. Elle ne doit pas pouvoir contenir plus d’une trentaine de personnes. Me Bertier et Valois notent à ce sujet « le public ne pourra que se faire rare, limitant tout risque de débordement ». À leurs yeux, ce fut un choix délibéré du parquet pour éviter qu’une foule de curieux ne vienne voir le « monstre ».
Mais revenons au sujet des agressions sexuelles dans le périscolaire parisien. Nul ne prétend que la justice a choisi délibérément de tenir le public éloigné du procès de David G. Mais force est de constater qu’elle a quelque peu sous-estimé l’ampleur de l’intérêt suscité par cette affaire. Alors qu’on annonce déjà trois autres procès du même type d’ici septembre, il serait sans doute judicieux qu’ils se déroulent dans des salles qui puissent accueillir tant les familles des victimes, et plus largement toutes les familles parisiennes qui se sentent concernées, que le public et les journalistes. Le trop long silence qui a entouré ce scandale a déclenché la colère et généré une très forte exigence de transparence. La justice doit se donner les moyens d’être exemplaire sur ce point.
