Trois associations et six citoyens ont saisi la justice et accusent l'État français de « carences » dans la lutte contre les PFAS (perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées). Ces substances microscopiques, surnommées « polluants éternels », sont massivement utilisées dans l'industrie chimique et polluent le sol, l'eau et l'air. Les risques qu'elles comportent pour la santé humaine et l'environnement étaient connus des autorités. Pourtant, l'action n'a jamais été à la hauteur, jugent les plaignants, dont Séverine Wollenschneider fait partie.
RFI : Séverine Wollenschneider, vous vivez près des frontières allemande et suisse, une région où la pollution aux PFAS est considérée comme majeure en France. Quand et comment cette intoxication aux polluants éternels est entrée dans votre vie ?
Séverine Wollenschneider : J'ai aujourd'hui 62 ans. Je suis en rémission d'un myélome multiple, un cancer très agressif et très rare du sang. J'ai été diagnostiquée à 49 ans, alors que ce cancer touche habituellement des personnes beaucoup plus âgées, de 70 ou 75 ans. En 2023, on commençait à parler de l'impact de la pollution en général sur ce type de cancers en hématologie. Et en 2024, on nous a notifiés de restrictions d'eau. Des personnes à risque, comme les femmes enceintes, étaient priées de ne pas boire l'eau du robinet.
C'est là que je me suis dit que ça sentait mauvais. Je suis scientifique. J'ai un doctorat en pharmacologie. Donc j'ai effectué des recherches. Et je me suis rendu compte que dans les cas de myélomes multiples chez des personnes de plus en plus jeunes, les facteurs environnementaux étaient très importants, que ce soit la pollution ou les PFAS. Ces études scientifiques, qui ont établi un lien de cause à effet, ont été essentiellement réalisées aux États-Unis et auprès d'une population spécifique, comme des pompiers exposés aux mousses (ignifuges qui contiennent des PFAS, NDLR).
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Je ne dis en aucun cas que, dans mon cas personnel, les PFAS sont responsables de ma maladie. Qu'il y a une influence, c'est certain. Par contre, que ce soit une cause directe de ma maladie, je ne peux pas l'affirmer à ce stade.
J'ai vaincu la maladie. Cela fait huit ans que je suis en rémission complète. Cependant, les facteurs environnementaux étant des facteurs potentiels de rechute, je ne veux pas que l'environnement en soit la cause. Je ne veux pas retomber malade à cause de facteurs qui auraient pu être totalement interdits. Il est quand même scandaleux qu'aucune autorité n'ait pas pu prendre de mesures, alors que les autorités savaient depuis des années que des PFAS étaient cancérigènes. Dans ce cas, on prend des mesures ! Je ne vois pas pourquoi je profiterais des qualités certes exceptionnelles de certains produits (contenants des PFAS, NDLR) si cela empiète sur ma santé et hypothèque mon avenir.
Donc, je la fais pour moi (la saisie en justice de l'État), mais surtout pour les générations futures, pour éviter que les autorités hypothèquent leur avenir.
Quel est votre ressenti face à l'État français, qui n'a pas fait ce qu'il fallait pour vous protéger en tant que citoyenne ?
Je trouve scandaleux que personne n'ait rien fait. Ils n'ont aucun argument pour dire qu'ils ne savaient pas. Si, ils savaient ! Être complice d'un certain nombre de personnes qui continuent à commercialiser ces produits, quand on sait que c'est dangereux, c'est inadmissible ! Je me considère comme laissée pour compte.
Qu'attendez-vous de cette saisie en justice ?
Pour moi, cette action est importante. D'une part pour dénoncer l'inaction (des pouvoirs publics), d'autre part pour faire prendre conscience aux gens qu'il est important qu'ils se mobilisent quand il y a des actions, que les gens soient présents, qu'on soit en nombre. Parce que tout le monde est touché par les PFAS.
Et aussi, je pense que ce n'est pas à nous, citoyens, pas à moi, citoyenne, de payer pour la dépollution à la place des industriels qui sont tout à fait au courant des choses, qui agissent en toute connaissance de cause. Je ne vois pas pourquoi ce serait à moi de payer. Je voudrais vraiment que le principe de pollueurs-payeurs soit appliqué.
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