Le président Emmanuel Macron le 28 mai 2026 à l'Élysée - QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
C’est un pactole que beaucoup espèrent récupérer à moins d’un an de l’élection présidentielle: les électeurs d’ Emmanuel Macron . Une manne qui pourrait permettre à l’heureux élu de s’imposer face à l’extrême droite et la gauche radicale.
Mais la démarche est périlleuse, tant les macronistes représentent un électorat fragmenté, comme l’analyse auprès de BFM le politiste Antoine Bristielle, auteur d’une note sur le sujet pour La Fondation Jean Jaurès , en se basant sur les données d’une enquête électorale réalisée par Ipsos.
Lorsque l’on regarde les probabilités de vote des électeurs qui avaient voté Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, quatre familles différentes apparaissent.
Vous avez un premier groupe que j’ai nommé "les héritiers" qui représente 35% de l’électorat Macron 2022. C'est un électorat assez fidèle et dont les probabilités sont plutôt de voter, soit pour Édouard Philippe, soit pour Gabriel Attal. Donc, d'être dans une sorte de continuité par rapport au macronisme.
À côté de ça, il y a un groupe tenté par la droite voire l’extrême droite, qui représente 27% de l’électorat. Ensuite, un groupe tenté par la gauche qui constitue 23% de l’électorat. Et enfin, un groupe que j'ai appelé "les désabusés", qui représente 15%. Celui-ci est formé par des anciens électeurs d'Emmanuel Macron qui pourraient rester chez eux plutôt que d'aller voter.
Je pense qu'il faut déjà revenir sur ce qu'était le macronisme. C'est-à-dire qu'Emmanuel Macron, avait réussi en 2017, puis encore en 2022 à agréger autour de son nom, de sa personne et de sa promesse, des électorats qui étaient très différents les uns des autres.
Maintenant qu'Emmanuel Macron ne peut plus se représenter en 2027, il n'y a aucune naturalité à ce que l'espace qu'il avait réussi à constituer continue à être solidifié finalement.
Des électeurs se retrouvent orphelins d’une certaine manière et recherchent les candidats où les projets qui correspondent le plus à leurs aspirations. Comme il s’agissait d’électeurs assez différents, ce n’est pas si étonnant de voir qu’ils peuvent préférer différentes candidatures.
Alors, pas tant que ça. Même au sein du groupe des "héritiers", ceux qui restent "fidèles", il y a une vraie demande de changement en profondeur.
Pour répondre ensuite à la première partie de votre question: tout dépend aussi de l'offre politique qu'il y a à un moment donné. Là, à l'heure actuelle, comme vous avez potentiellement une candidature de centre-gauche autour de Raphaël Glucksmann, François Hollande, etc… Cela peut correspondre aux aspirations d'une partie de l'électorat d’Emmanuel Macron.
Et puis, il y a certainement une droitisation sur des sujets de société d'une partie de cet électorat qui se retrouve davantage, désormais, dans des candidats plus à droite.
Sociologiquement parlant, c’est un électorat qui est assez âgé, assez aisé, qui se sent plutôt bien dans sa vie.
Pour donner quelques chiffres: il y a 57% des membres ce groupe qui ont 60 ans ou plus. C'est quand même assez impressionnant. Ensuite, vous en avez quasiment 1 sur 2 qui appartiennent à un foyer dont les revenus sont supérieurs à 3.500 euros nets par mois.
Oui, parce qu'il y a évidemment une différence entre une logique de premier tour et une logique de second tour.
À part pour une partie des électeurs tentés par la droite qui ne sont pas opposés au fait de voir le Rassemblement national gagner, voire de voter pour lui, une figure comme Edouard Philippe est assez bien perçue.
Donc, dans une perspective de second tour, vous pourriez avoir une mobilisation d'une majorité des électeurs d'Emmanuel Macron pour le candidat qui serait face au Rassemblement national.
Néanmoins, parmi le groupe des électeurs tentés par la droite, un sur deux serait satisfaits d'une victoire de Jordan Bardella à la présidentielle. Ce n'est pas rien.
En tout cas, Gabriel Attal ou Édouard Philippe ne pourront pas reconstruire exactement la même coalition que celle du macronisme en 2022 et 2017. Ils devront trouver leur propre voie, leur propre socle.
