Élisabeth Borne, l’ancienne Première ministre, dédicacera son livre « Réveillons-nous » ce mercredi à Bordeaux. Elle alerte le bloc central sur le risque des « aventures individuelles ». Entretien
Dans votre livre « Réveillons-nous ! », vous revendiquez « un droit d’inventaire » du macronisme. Quel bilan faites-vous de ces dix ans de pouvoir ?
Nous avons eu des réussites incontestables. Pour la 7 e année, la France est le pays le plus attractif d’Europe en matière d’investissements. Nous avons créé plus de 2 millions d’emplois. Par contre, on dé...
Nous avons eu des réussites incontestables. Pour la 7 e année, la France est le pays le plus attractif d’Europe en matière d’investissements. Nous avons créé plus de 2 millions d’emplois. Par contre, on dépense 80 milliards d’euros de plus dans la santé qu’en 2017 et beaucoup de Français ont des difficultés pour obtenir un rendez-vous chez le médecin. On a créé 15 000 postes de policiers et de gendarmes mais sans endiguer le narcotrafic. Ce bilan le montre : il ne suffit pas de rajouter des moyens pour obtenir des résultats. On doit être capable de bâtir des compromis et d’avoir demain une Assemblée qui soit différente de celle qu’on a depuis 2024.
Vous pointez du doigt l’« attitude jupitérienne » du chef de l’État…
Beaucoup de Français ressentent un manque d’écoute et de reconnaissance, il faut y être très attentif de la même manière qu’il est très important d’associer les partenaires sociaux et de donner des capacités d’agir aux collectivités.
La réforme des retraites , que vous avez portée, n’a-t-elle pas été une autre source de rupture ?
Malheureusement, ces réformes ne se passent jamais de façon apaisée. Confions la gestion du régime général aux partenaires sociaux avec un objectif d’équilibre à moyen et long terme. Ils gèrent de façon beaucoup plus apaisée les retraites complémentaires dans le système Agirc-Arrco.
On doit avoir un débat avec les Français sur le poids de notre modèle social. On ne crée pas assez de richesse et on travaille moins que nos voisins. On doit être plus nombreux à travailler et ceux qui le peuvent doivent travailler un peu plus longtemps.
Pourquoi défendez-vous la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Intégration ?
C’est un sujet de préoccupation pour beaucoup de Français, on ne peut pas le laisser aux seuls extrêmes. On doit décider de qui on accueille et être plus efficace sur l’éloignement. Mais cette politique doit aussi passer par l’apprentissage du français et l’accompagnement vers l’emploi. Organisons une immigration de travail. Et ce, en allant former les personnes dans les pays d’origine, en leur apprenant la langue, les lois et les valeurs de notre République.
Vous avez quitté la direction de Renaissance pour vos désaccords avec Gabriel Attal. S’il maintient sa candidature, voterez-vous pour lui ?
L’enjeu majeur, c’est d’éviter un deuxième tour entre LFI et le RN et d’éviter une victoire du RN. On a une multiplication de démarches individuelles, de jeux tactiques qui nous exposent à ce deuxième tour. J’appelle au rassemblement.
Comment éviter un duel Attal-Philippe ?
On est nombreux à alerter sur le risque de ces aventures individuelles. Je le fais, Yaël Braun-Pivet le fait aussi, Gérald Darmanin aussi. J’espère que chacun mesurera la gravité de la situation.
Élisabeth Borne dédicacera son livre « Réveillons-nous » (éd R. Laffont) à la librairie Mollat Bordeaux, mercredi 3 juin à partir de 18 heures.
