Interrogé sur la question houleuse d'une primaire à gauche, le député socialiste de l'Eure estime que la proposition d'Olivier Faure de faire un choix en deux temps est "positive", "si ça permet de rassembler un maximum de Glucksmann à Ruffin". Mais il tient à ce qu'une ligne commune soit choisie : "Ça ne va pas être le programme du NFP revisité, il faut faire quelque chose de neuf, qui parle vraiment au concret des gens", assure-t-il.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Alix Bouilhaguet : La présidentielle, c'est dans dix mois, et les socialistes tentent de s'organiser. Olivier Faure a mis récemment une proposition sur la table, une double primaire , en deux temps : une première au sein de ce qu'on peut appeler la social-démocratie, le PS élargi, et puis une deuxième entre le vainqueur et le reste de la gauche, notamment les écologistes. Bref, sans les Insoumis. Est-ce que ce n'est pas une usine à gaz ?
Philippe Brun : En tout cas, ce qui compte pour nous, dans notre courant, c'est de dire qu'il faut d'abord un accord programmatique avec les écologistes, les communistes, Place publique et un accord aussi de circonscription législative, avant un processus de départage. La proposition faite par Olivier Faure ne me dérange pas sur le fond. Si ça permet de rassembler un maximum de Glucksmann à Ruffin, c'est positif. Ce qu'il faut d'abord pour nous, c'est un accord législatif et un accord programmatique. Il ne faudrait pas que, par exemple, imagine que Marine Tondelier gagne la primaire, qu'on soutienne la sortie du nucléaire. On veut qu'on ait un accord, par exemple, sur la discussion du nucléaire. Si demain François Ruffin gagnait la primaire, on souhaiterait quand même qu'on ait certains garde-fous sur l'immigration, parce que nous, contrairement à François Ruffin, nous ne sommes pas favorables à la fin de l'immigration de travail. Bref, il faut qu'on ait une vraie discussion programmatique et c'est le message que nous avons porté au sein du parti.
Est-ce que vous pensez que Raphaël Glucksmann, François Hollande, Bernard Cazeneuve seraient d'accord pour cette fameuse double primaire ? Ils n'étaient pas d'accord pour une seule primaire, donc pourquoi seraient-ils d'accord pour deux primaires ?
En tout cas, la vraie question, c'est d'abord le Parti socialiste. Moi, je pense que le mérite de la proposition d'Olivier Faure, c'est qu'au moins il faut voter les militants socialistes sur un candidat. Après, on verra bien ce qui se passera.
Sur X, vous avez été plus sévère avec cette double primaire…
C'était une boutade. Mais je crois qu'en tout cas, il faut un vote des militants socialistes. Et ce vote-là, il est permis par cette proposition, c'est au moins la partie positive de la proposition d'Olivier Faure. Il faut que Raphaël Glucksmann comprenne une chose : quoi qu'il arrive, il devra se soumettre à un vote des militants socialistes s'il souhaite être candidat. Et il ne sera probablement pas le seul candidat d'ailleurs…
Donc vous lui dites ce matin : Raphaël Glucksmann, vous devez vous présenter à cette première primaire des socialistes ?
En tout cas, la première primaire, oui, bien sûr. Il y aura un vote, parce que ce sont nos statuts. On a un parti très démocratique, on vote sur tout au sein du Parti socialiste ; on vote nos budgets, on vote l'ensemble de nos investitures. On doit voter pour le candidat à la présidentielle, c'est dans nos statuts.
Donc, si je comprends votre position, vous êtes pour une primaire entre vous, entre socialistes, avec Raphaël Glucksmann, mais vous n'êtes pas d'accord pour la deuxième primaire qui serait que le vainqueur affronterait le reste de la gauche ?
Ce qu'il faut, c'est qu'ensuite, il y ait un rassemblement avec le reste de la gauche, ça, nous y sommes favorables.
D'abord, un accord programmatique, nous le disons. Un accord programmatique et un accord de répartition de circonscriptions législatives. Ce qu'il faut, c'est que chacun puisse s'y retrouver. On ne va pas faire une primaire où on est d'accord sur rien. D'abord, mettons-nous d'accord sur un programme. Le programme, ça ne va pas être celui du NFP revisité, il faut faire quelque chose de neuf, qui parle vraiment au concret des gens. Et donc, c'est ça que nous proposons aujourd'hui.
L'entourage de Raphaël Glucksmann, d'ores et déjà, semble fermer la porte à cette primaire. Ils disent, grosso modo : "Si ça fait un an qu'on dit non à une primaire, ce n'est pas maintenant qu'on va dire oui à deux primaires." Donc, ça signifie que cette proposition d'Olivier Faure, elle fait déjà d'ores et déjà "pschitt" ?
Nous verrons bien. De toute façon, aujourd'hui, il faut qu'on arrive à sortir de l'ornière. La difficulté que nous avons, c'est qu'on a un espace qui aujourd'hui peut remporter l'élection présidentielle. Cet espace qui rassemble les socialistes, les écologistes et les communistes.
Pourquoi pas se mettre derrière la bannière de Raphaël Glucksmann pour sortir de l'ornière ?
S'il fait la démonstration qu'il rassemble derrière lui également les écologistes et les communistes, alors oui, ce sera le meilleur candidat. Mais tout ça, il faut le construire. Ce que je constate aujourd'hui, c'est que moi, je ne suis pas très fan de la primaire, et que les écologistes, eux, la demandent, c'est une condition sine qua non pour participer à la discussion. Donc on doit maintenant avancer. Il faut que les apparatchiks des partis se mettent autour de la table et arrivent avec une solution avant l'été. Il y aura un vote militant, je crois, le 9 juillet prochain.
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