Alors que des divergences semblent se préciser sur le plan économique entre Jordan Bardella et Marine Le Pen, le maire de Perpignan et figure du Rassemblement national assure dans les "4V" que "rien n'est abandonné" en matière de retraites et que la réforme du parti "est toujours sur la table", bien que, si Jordan Bardella devenait candidat en 2027, il porterait son propre projet.
Invité des "4 Vérités" ce mercredi 3 juin, Louis Aliot, maire de Perpignan et vice-président du Rassemblement national, revient sur les récentes déclarations de Jordan Bardella à propos de l'âge légal de départ à la retraite, qui selon lui "ne veut rien dire" , estimant qu'il faudrait plutôt "parler en années de cotisations" . Le projet du RN restera le même qu'en 2022, assure-t-il, "mais il n'en demeure pas moins qu'il faut s'intéresser aux conditions d'entrée sur le marché du travail et aux conditions de sortie, et surtout sur ce qui pèse sur les cotisations retraite et sur l'âge."
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Gilles Bornstein : On va commencer par un élément très important du programme du Rassemblement national, qui est les retraites. Le journal Le Monde titre : "Jordan Bardella rompt avec la réforme des retraites de Marine Le Pen et l'âge légal de départ." Et de fait, il dit, Jordan Bardella, que "l'âge de départ ne veut rien dire, il faut parler en années de cotisation." Alors que pour vous, au Rassemblement national, c'est un totem absolu, l'âge de départ à 60, puis 62 ans. Est-ce que vous êtes d'accord, vous, pour abandonner cette référence à l'âge légal de départ en retraite ?
Louis Aliot : Je crois que rien n'est abandonné, et notre réforme de 2022 est toujours sur la table. La vérité, c'est qu'il ne faut pas s'empêcher non plus d'émettre des hypothèses, et, dans tous les cas de figure, notre système, lui, il est progressif sur la durée. Vous n'êtes pas dans la même situation si vous commencez votre activité professionnelle avant 20 ans ou si vous la commencez à 25 ans. Et ce n'est pas la même durée de cotisation, ni le même âge de départ à la retraite. Si vous commencez à 25 ans avec notre réforme, vous partirez à 67 ans. Donc, ce n'est pas un tabou sur l'âge de départ à la retraite. Mais ce qui est important dans la réforme ; c'est à la fois la progressivité, mais sur l'âge et sur les cotisations.
Mais, vous dites, vous, Louis Aliot, vice-président du RN, que dans le projet que vous présenterez aux Français, il y aura cette référence à l'âge légal ?
Je n'en sais rien, on verra bien l'élection présidentielle. Le contexte de 2022 ne sera pas celui de 2027.
Marine Le Pen a dit : "Notre réforme, le projet, est le même" . Vous dites que ce n'est pas le même…
Je vous ai dit que c'était le même. Mais il y aura toujours ce double standard.
Donc, la référence à l'âge légal ne sera pas abandonnée ?
Non, mais il n'en demeure pas moins qu'il faut s'intéresser aux conditions d'entrée sur le marché du travail et aux conditions de sortie, et surtout sur ce qui pèse sur les cotisations retraite et sur l'âge. Et là, on peut parler de la sous-employabilité des seniors, on peut parler de l'immigration, qui pèse quand même sur les retraites, etc. Tout cela est dans le débat.
Vous aviez eu une réunion hier avec Marine Le Pen. Elle a réaffirmé que cet âge légal resterait.
Cette réforme a été travaillée, pensée, défendue à l'Assemblée nationale. On ne va pas l'effacer d'un trait de plume. Ce double standard sera maintenu dans une réforme des retraites qui tiendra compte nécessairement du contexte, à la fois budgétaire de la France, et des évolutions nécessaires sur le marché du travail.
Mais si Jordan Bardella est le candidat de votre parti à l'élection présidentielle, il devra appliquer ce programme, même s'il n'est pas d'accord ?
On n'est pas un parti stalinien, s'il est candidat, il aura son propre programme et sa vision des choses. Mais heureusement, on n'est pas dans le Parti communiste des années 50. Donc, nécessairement, il y a une réflexion. Et le candidat porte un projet qui, quelquefois, n'est pas nécessairement à la lettre celui du parti politique.
Voilà comment bien expliquer une divergence de vues…
Mais ce n'est pas une divergence de vues !
Eh bien si, si vous dites que le candidat peut avoir un programme qui n'est pas celui du parti.
Non, le Rassemblement national est généralement assez vertical.
Vous connaissez le Rassemblement national. Quand Marine Le Pen a été candidate, elle a développé des idées qui n'étaient pas forcément celles du Front national. Il faut aussi tenir compte, comme je le dis, du contexte et de l'actualité. Mais très honnêtement, ce n'est pas le titre du Monde qui va quand même faire la philosophie générale de notre projet, puisqu'on sait très bien que ce titre est totalement excessif et qu'il ne correspond pas à la réalité des débats internes au sein de notre formation politique.
Ce que je constate, c'est que, pour certainement la question qui intéresse le plus les Français, nous sommes à moins d'un an de l'élection présidentielle, et le Rassemblement national qui se dit être un parti de gouvernement a un projet qui fluctue, on ne sait pas trop, ça va changer, on verra selon le candidat… Ce n'est pas très pro ?
Il fluctue pour vous. Mais je vous signale que la réforme des retraites était partagée par une majorité très importante de tous les Français. Nous sommes en adéquation avec ce que pensent les Français, ce qui n'empêche pas de regarder attentivement les comptes de la nation et de défendre, je le répète, ce double standard, et la progressivité du départ de l'âge à la retraite avec des possibilités. Plus vous rentrez tard sur le marché du travail, et plus vous cotisez, et vous partez tard à la retraite. C'est aussi simple que ça.
Concernant les violences qui ont fait suite à la victoire du PSG, comment jugez-vous la réponse de l'État, à la fois du point de vue du dispositif policier et de la réponse judiciaire ?
Il y a deux choses. Il y a d'abord les paroles. Monsieur Macron a dit : "On en a ras le bol et c'est définitif, on va être impitoyable." Hier soir, aucun de ceux qui ont été arrêtés par la police n'a dormi en prison. Donc, le signal est très mauvais. Ça veut dire que, désormais, dans ce genre d'émeutes post-match de football, vous pouvez aller casser, il ne vous arrivera rien puisque la justice vous remet la liberté, ou pas grand-chose. Et ça, je pense que les Français n'en peuvent plus. Donc, je trouve que la réponse pénale qui a été donnée hier par une certaine partie des magistrats sur ce problème-là n'est pas en adéquation…
La police a fait son métier, mais pas la justice ?
Si la police arrête des gens, elle ne les arrête pas par hasard. Et si ensuite des juges remettent en liberté, pourtant des gens très dangereux, qui ont y compris agressé des policiers, on a un problème très certainement avec une certaine magistrature. Je ne parle pas de tous les magistrats.
Jordan Bardella a parlé de problème d'immigration. Qu'est-ce qu'il en sait, il était aux audiences ?
Je crois que ça a été relevé par beaucoup d'observateurs qu'une partie de ces émeutiers qu'une partie de ces émeutiers était issue de l'immigration. Je ne vous dis pas que c'est général, je vous dis qu'une partie était issue de l'immigration. Mais on est devant un phénomène d'émeutes, de voyoucratie, de débilité humaine, il faut dire les choses telles qu'elles sont. Et je pense que précisément, la réponse à la fois policière et judiciaire devrait être à la hauteur de ces dérives-là. Ça fait plusieurs fois que ça arrive. Ça commence d'ailleurs à se généraliser sur le pays, et on verra bien la prochaine fois comment les choses seront gérées.
Les institutions européennes se sont entendues hier pour que les États puissent créer des centres de rétention à l'étranger. Il s'agirait de pouvoir envoyer des étrangers en situation irrégulière dans des pays tiers, si leur pays d'origine ne les accepte pas. Est-ce que vous souhaitez que la France crée ce genre de centre ?
L'idée est bonne, mais maintenant je demande à voir quel pays va pouvoir accueillir, comment ce sera financé, et surtout, avec les procédures judiciaires complexes, notamment sur le droit des étrangers, tout cela va être appliqué. Je lisais hier un article sur un bulletin juridique qui disait que par exemple l'Italie a mis en place ces hubs, et que ça a coûté beaucoup d'argent public et que, vu les procédures judiciaires complexes, il y a eu peu de clients. Donc, si c'est pour créer des hubs qui sont une bonne idée, mais...
Oui, je souhaite qu'elle le fasse. Mais il va falloir modifier les lois. Parce que si vous avez des lois qui permettent aux étrangers de ne pas aller dans ces hubs, ce n'est pas la peine de les créer.
Dans quel pays souhaitez-vous que la France crée ce genre de centre de rétention ?
Je n'en sais rien, moi. Il faudra mener des relations bilatérales avec un certain nombre de pays qui nous fournissent de l'immigration. Dans tous les cas de figure, il faudra réformer les procédures judiciaires.
Il ne s'agit pas des pays qui fournissent l'immigration, il s'agit des pays dans lesquels on peut créer des centres pour justement renvoyer les gens que leur pays d'accueil n'accepte pas.
Je ne pense pas que cette mesure-là réglera le problème de l'immigration et de l'expulsion de ceux qui n'ont rien à faire chez nous, sur le territoire. C'est pour ça que je vous dis que la réponse elle est aussi dans la réforme du droit, et notamment du droit des étrangers, qui doit permettre plus facilement de renvoyer chez eux ceux qui n'ont rien à faire chez nous.
Marine Le Pen, comme vous d'ailleurs, connaîtra son sort judiciaire le 7 juillet. Quels que soient les sondages, Jordan Bardella fait désormais assez nettement mieux qu'elle dans les enquêtes. Est-ce qu'elle ne doit pas lui laisser la place, même si elle avait le droit de se présenter ?
Si Marine Le Pen a le droit de se présenter, elle se présentera. Et dans tous les cas de figure, c'est un binôme. C'est un binôme avant l'élection.
C'est un binôme avant l'élection, ce sera un binôme pendant l'élection et ce sera un binôme après l'élection.
Ça veut dire quoi, un binôme après l'élection ? Si Jordan Bardella est élu, Marine Le Pen aura un rôle ? Elle pourrait être Premier ministre ?
Marine Le Pen ne va pas disparaître de la scène politique. Elle sera toujours là, une voix écoutée en France. Elle sera dans le débat public et au cœur de l'activité. Elle sera aussi au cœur de l'actualité notre formation politique. Elle est une politique et elle restera une politique.
Vous concernant, en appel, le procureur a requis de la prison avec sursis, et trois ans d'inéligibilité. Si vous êtes condamné, vous quittez instantanément la mairie de Perpignan ?
Non, puisqu'il y a un pourvoi en cassation et on verra après le pourvoi en cassation. Mais une fois que les voies de droit sont épuisées, eh bien on changera les choses. Mais je me refuse à croire, alors que je viens d'être réélu au premier tour à Perpignan, et que je suis à la tête de la communauté urbaine de Perpignan, que pour, j'allais dire, cette affaire des assistants parlementaires, on me prive de la gestion de ces collectivités, qui n'ont rien à voir précisément avec l'affaire en question.
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