Longtemps avant le vote, il y a le coup de foudre. Dans une campagne présidentielle, le meeting est ce moment particulier où un candidat tente de se transformer en prétendant crédible au pouvoir. Entre liturgie politique, mise en scène collective et quête d’amour électoral, certains y gagnent une stature présidentielle quand d’autres s’y perdent.
Dans la liturgie électorale, le meeting, cette grande messe, tient une place à part. On ne saurait passer à côté de cette dimension spirituelle, religieuse, amoureuse aussi, de ces saints offices qui scandent une période électorale pour la faire décoller… ou sombrer. Ce moment de rencontre avec les militants – et les téléspectateurs – participe d’une alchimie d’où émerge, ou pas, un vrai présidentiable. La mutation ne marche pas à tous les coups et certains s’y abîment après avoir paru briller dans les sondages trompeurs.
Tromperie de saison : plus de la moitié des Français se désintéressent encore de cette élection présidentielle que les guerres et les difficultés de pouvoir d’achat risquent de gâcher une nouvelle fois, après la campagne ratée de 2022. Mais pour la petite moitié mobilisée, les jeux se font et les candidats commencent à prendre forme : stature, puissance… ou pas.
Certains, en retard dans les sondages, tentent d’accélérer. Ainsi, Gabriel Attal, pour rattraper Edouard Philippe, a tenu meeting résolument optimiste. L’avenir, c’est lui ; le passé, c’est l’autre. Une partition que Raphaël Glucksmann va devoir jouer lui aussi pour son premier meeting, le 13 juin, où l’on ne manquera pas de relever l’indice manifeste de son désir d’être aimé : la cravate dont cet intellectuel s’est désormais affublé. Jean-Luc Mélenchon l’arbore rouge , Glucksmann, bleu social-démocrate. L’essentiel est bien de demeurer fidèle au code des convenances politiques qui veulent que, pour une demande en mariage, on ne sollicite pas la main et le bulletin de l’électeur en étant attifé tel l’as de pique. On ne s’engage pas pour la vie, mais tout de même pour cinq, voire dix ans.
On pourra aussi vérifier cette quête du cœur dans les réunions publiques des jours qui viennent avec Bruno Retailleau (20 juin) et Edouard Philippe (5 juillet) et les autres. Sans doute les programmes et le projet comptent-ils, mais le processus d’adhésion est plus profond. Il a été parfaitement décrit par Stendhal, dans un ouvrage politiquement étincelant titré De l’amour (1822). L’auteur y décrit ce qu’il appelle « la cristallisation, cette idéalisation » qui se déploie au début d’une relation amoureuse, ce moment si particulier « où l’on pare l’être aimé de toutes les qualités, certaines imaginaires ».
Stendhal rapporte que, dans les mines de sel abandonnées de Salzbourg, on jette dans les profondeurs un rameau d’arbre effeuillé par l’hiver. Deux ou trois mois après, on le retire couvert de « cristallisations brillantes ». Ce phénomène amoureux, on a pu l’observer avec Nicolas Sarkozy qui au cours de son meeting de la porte de Versailles en janvier 2007 jeta en guise de rameau son fameux « je suis un Français de sang mêlé ». Ou avec François Hollande à gauche toute au Bourget en janvier 2012 qui attaque « la finance, cet ennemi qui n’a pas de visage, pas de parti et qui gouverne ».
En revanche, en 2022, Valérie Pécresse, par exemple, n’a pas réussi à cristalliser, pas plus qu’avant elle, en 1995, l’ancien Premier ministre Edouard Balladur. Ceux-là avaient raté leurs meetings et cette alchimie magique qui fait qu’on pare d’un habit de lumière présidentiable le candidat auparavant quelconque. C’est le miracle de l’amour politique. En ce qui concerne 2027, on en est loin. Du moins pour l’instant.
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