"Je ne les ai jamais aimées moi, ces élites." Cette confidence, quelques fois distillée par Raphaël Glucksmann , trahit aussi une préoccupation. L’ancien essayiste tente de désamorcer un invariable procès, imputé à l’individu "né du bon côté de la barrière", et donc irrémédiablement "hors sol". Un homme de gauche peut-il naître avec une myriade de fées au-dessus de son berceau ? Marx, Jaurès, Blum… l’Histoire n’a jamais interdit aux bourgeois d’embrasser la cause des plus démunis. Mais quand les "transfuges de classe" - réels, supposés, toujours autoproclamés - font florès sur la ligne de départ à l’Elysée, Glucksmann, lui, est "persuadé que ce qu’il a construit dans sa vie est une rupture avec sa classe sociale", glisse l’un de ses amis. Sursaut bourdieusien? "Je n’ai jamais aimé ces élites. A 20 ans, je me suis barré de Sciences Po car ils pensaient être l’aboutissement de l’espèce humaine. Je suis parti en Algérie, au Rwanda, en Ukraine, en Géorgie…", raconte souvent Glucksmann à ses amis. Très souvent. Un jour, devant une poignée d’interlocuteurs, l’anecdote est un brin moquée, cruellement assimilée à une crise d’ado d’enfant bien né. L’argument n’avait pas convaincu, bien au contraire.
Le fils du philosophe André Glucksmann, et de Françoise ("Fanfan"), ne l’a jamais caché : "J’ai eu énormément de chance à la loterie de la vie, mais je n’ai pas grandi avec Rockefeller dans le 6e arrondissement", confiait-il au Monde en 2024. Enfant, dans l’appartement familial, il voit défiler ce que Paris compte de "nouveaux philosophes", d’exilés politiques. Adulte et désormais présidentiable, son couple formé avec la journaliste Léa Salamé est décrit comme un "top power couple" par le quotidien conservateur britannique The Telegraph. Depuis qu’il est entré en politique, les diatribes du cofondateur de Place Publique, marquées par ses intonations descendantes, ses voyelles traînantes - ou son "accent parisien", c’est selon - sont scrutées et parfois raillées. Ce presque-candidat est soupçonné de ne pas disposer des bonnes lunettes pour observer les fourmis affairées au creux de la vallée, davantage soucieux des affres d’un monde tourmenté ? Son débat brouillon sur LCI "Face aux Français", en novembre dernier, a fourbi les armes de ses concurrents. Dans la vie, l’eurodéputé aime aussi le foot, l’AS Roma et a même, en tant que supporter, participé à l’envahissement de terrain de l’année 2001 - son équipe venait d’être couronnée du titre de championne d’Italie. Mais cette fibre populaire… Très peu relevée !
