Une épidémie de myopie toucherait les enfants. 22 % des 3 à 10 ans souffrent de pathologies oculaires et la plupart ne sont diagnostiquées qu’à l’entrée au CP. Une ophtalmologue Bordelaise explique
L a conclusion de la dernière étude épidémiologique menée en France sur des milliers d’enfants âgés de...
L a conclusion de la dernière étude épidémiologique menée en France sur des milliers d’enfants âgés de 3 à 10 ans est sans appel : « Les troubles de la réfraction sont courants au cours de la première décennie de vie, affectant 20 % des enfants français, et peuvent entraîner des problèmes d’acuité visuelle. Parmi ces troubles, la myopie, en forte progression, est la plus répandue tant en France qu’à l’échelle mondiale, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique. » Cette étude intitulée Observatoire de la vue des enfants réalisée chaque année par Krys Group, un groupement d’opticiens, est absolument prise au sérieux par les spécialistes, notamment la Société Française d’ophtalmologie , parce qu’elle constitue des données de prévalence fiables. La société savante avance même que : « La prévalence globale de la myopie devrait doubler entre 2000 et 2050. »
À ces premiers chiffres, on peut ajouter que la myopie évolutive concerne plus de 500 000 enfants en France. Et qu’elle est sous-diagnostiquée, « une perte de chance selon le docteur Sandrine Costa, chirurgienne-ophtalmologue, chef du cabinet Point Vision de Bordeaux. « Peu de cabinets d’ophtalmologues en ville sont spécialisés en pédiatrie, c’est une surspécialité peu représentée, le manque d’effectifs en termes de spécialistes, de pédiatres a incité les PMI, les médecins scolaires à faire des repérages. Parfois ça ne suffit pas. La myopie se manifeste autour de 6 ans, à l’entrée du CP. Certes, un ophtalmologue non surspécialisé suffit pour y répondre, mais la difficulté concerne en revanche la toute petite enfance, entre 0 et 4 ans, sur des pathologies plus graves. »
D’ici 2030, près de 40 % de la population mondiale pourrait être myope et plus de 8 millions de Français auront plus de 75 ans. L’équation s’impose : répondre à l’augmentation rapide des besoins tout en maintenant une prise en charge médicale de qualité. « Plus on diagnostique tôt, plus on corrige, et moins l’évolution de la myopie par exemple, sera rapide, commente l’ophtalmologue Concernant les enfants qui voient mal, souvent ils s’adaptent au début, mais s’ils ne sont pas corrigés, c’est l’amblyopie qui s’installe : le syndrome de l’œil paresseux. En clair, un œil voit bien, l’autre voit mal, c’est ‘‘l’œil fainéant ou paresseux’’. Cette situation touche 2 à 3 % des enfants en France. Il s’agit d’une anomalie de développement du système de communication entre les yeux et le cerveau. Mal pris en charge, on sait que la récupération visuelle sera moins bonne à long terme. La correction dans la petite enfance, avec rééducation orthoptique et caches visuels, permet de récupérer l’œil faible. L’enjeu est important, parce que sans ça, la faiblesse oculaire sera définitive. »
Selon la docteure Sandrine Costa, l’amblyopie dépistée à 4 ans permettra de récupérer l’œil. « Le repérage à l’école est essentiel, via les infirmières scolaires ou les orthoptistes qui peuvent aussi se déplacer. Mais, il faut sensibiliser les parents, leur conseiller de consulter un ophtalmologue avec leur enfant, même très jeune. Il faut aussi savoir que s’il y a des antécédents familiaux de myopie par exemple, l’hérédité n’est pas négligeable. » Il existe des solutions dites de « freination » de myopie qui permettent de ralentir la perte d’acuité visuelle. « La gêne visuelle, la vision floue, a des retentissements sur le développement de l’enfant, sur ses compétences motrices, cognitives et même affectives, avec des difficultés d’apprentissage qui en découlent », relate le médecin. L’Observatoire national de la myopie est engagé au sein de la campagne nationale d’information et de dépistage de la myopie en France , qui supervise des actions, des stratégies, avec notamment, la diffusion de messages de santé publique et veillent à leur intégrité scientifique.
Les scientifiques cherchent à comprendre l’origine de cette augmentation de la myopie dans la population globale et des études sont ainsi publiées dans les revues de science. La dernière, parue début 2026 dans « Cell Reports », pourrait apporter quelques éclaircissements. Des chercheurs y suggèrent que la myopie pourrait être liée non pas à la pratique courante des écrans, mais plutôt à une habitude visuelle courante en intérieur : « La focalisation prolongée sur des objets proches dans un environnement peu éclairé, limite la quantité de lumière atteignant la rétine », souligne l’étude. Cette hypothèse pourrait générer de nouveaux modèles thérapeutiques, qui, effectués suffisamment tôt, limiteraient les effets de la myopie.