Qui sont aujourd’hui les immigrés et leurs descendants en France ? Quelles inégalités persistent selon l’origine ou la couleur de peau ? L’Institut national d’études démographiques publie ce mercredi 20 mai la deuxième enquête de « Trajectoires et Origines 2 » qui dresse un état des lieux sur la diversité des migrations en France. Une enquête de grande ampleur menée sur la période 2019-2020 auprès de plus de 27 000 personnes.
En France , 41 % de la population a un lien direct, soit par ascendance, soit par alliance, avec des personnes issues de l' immigration , selon la deuxième enquête « Trajectoires et Origines 2 » (TeO2) de l’Institut national d’études démographiques (INED). Pour Mathieu Ichou, l’un des directeurs de cette enquête, « c’est vraiment la preuve que l'immigration est un phénomène pas du tout marginal, ni même récent, mais plutôt ancien et ordinaire ». L'immigration est donc une composante structurelle de la société française, elle ne concerne pas seulement les personnes immigrées, mais aussi leurs enfants et leurs petits-enfants.
L’un des premiers grands résultats de cette étude est le fait que les immigrés sont souvent très diplômés à leur arrivée en France. Cette proportion atteint même 85 % chez les immigrés d'Afrique subsaharienne, ceux qui migrent le plus souvent étant ceux qui ont le plus de ressources pour partir. « Alors qu’on a souvent dans l’imaginaire collectif une représentation de personnes immigrées qui ne sont pas ou peu instruites, quand on regarde la proportion de ceux qui ont au moins une licence, le constat c’est que dans l'ensemble les immigrés sont parfois beaucoup plus diplômés que la population majoritaire », explique Cris Beauchemin, chercheur à l'INED et co-auteur de l'enquête.
Autre caractéristique de ces populations immigrées : elles sont souvent confrontées à la précarité, notamment en matière de logement. Un immigré sur six a déjà vécu dans un hébergement temporaire, un foyer, voire a été sans-abri. Une proportion qui est cinq fois plus importante que pour le reste de la population française.
Sur le plan administratif aussi, ces personnes sont plus fragilisées. Selon l'INED, un immigré sur cinq arrivé après l’âge de 16 ans déclare avoir été à un moment donné de sa vie sans-papiers. « En réalité, ces parcours administratifs sont assez complexes, explique Cris Beauchemin , la moitié de ces étrangers sont entrés en France de manière régulière et ils ont été "irrégularisés" dans le sens où ils ont perdu à un moment donné le droit de séjour. Mais ça n'a pas été définitif parce qu’une proportion relativement importante finit par obtenir des papiers et certains ont ensuite obtenu la nationalité française. »
La population française est de plus en plus entremêlée, et compte de plus en plus de couples mixtes. Les enfants d'immigrés sont plus susceptibles (59 %) d'avoir un conjoint d'une autre origine que les immigrés eux-mêmes (39 %), selon les données de l'INED. Malgré cette diversité, « de profondes inégalités persistent », souligne Mathieu Ichou. « Elles touchent en priorité les personnes originaires du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne », poursuit-il.
Sur le marché du travail par exemple, ces immigrés et leurs descendants, qui sont pourtant nés en France, subissent les mêmes discriminations. Et un diplôme du supérieur n'est pas une garantie d'accès égal à l'emploi. « Un véritable paradoxe, note le chercheur , car au fil des générations les migrants et leurs enfants sont toujours considérés comme des immigrés alors qu’ils se sont totalement intégrés dans la société française. »
