Exposé des motifs
M esdames , M essieurs ,
Lorsqu’un conducteur prend la mer sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, navigue à une vitesse manifestement excessive, méconnaît délibérément les règles de navigation ou adopte un comportement dangereux et provoque la mort d’une personne, peut‑on encore parler d’un simple homicide involontaire ?
La création de l’homicide routier par la loi n° 2025‑622 du 9 juillet 2025 a consacré une évolution majeure de notre droit pénal. Le législateur a reconnu que certains comportements, parce qu’ils traduisent une prise de risque consciente et une violation manifeste des règles de sécurité, justifient une qualification autonome, distincte de celle d’homicide involontaire.
Cette réflexion doit désormais être étendue au domaine maritime.
Le décès tragique de Benjamin, âgé de huit ans, survenu le 21 mai 2025 dans le bassin d’Arcachon alors qu’il naviguait sur un Optimist, a profondément bouleversé nos concitoyens. Percuté par une embarcation circulant à une vitesse excessive dont le pilote était sous l’emprise de stupéfiants, dans la zone des 300 mètres, cet enfant est devenu le symbole des insuffisances de notre droit face aux comportements les plus dangereux en mer.
Ce drame n’a pas seulement suscité une émotion nationale ; il a conduit à une mobilisation parlementaire et gouvernementale en faveur d’un renforcement de la sécurité maritime.
Depuis plusieurs années, la députée Sophie Panonacle alerte les pouvoirs publics sur les lacunes du droit applicable à la navigation maritime, notamment en matière de lutte contre l’alcool et les stupéfiants. Cette mobilisation a contribué à plusieurs évolutions importantes.
Un premier jalon a été posé par le décret du 5 juin 2026, qui a créé deux nouvelles contraventions permettant de sanctionner la conduite d’un navire de plaisance en état d’ivresse manifeste ainsi que le défaut de maîtrise d’un navire. Pour la première fois, les services de contrôle disposent d’outils juridiques leur permettant d’intervenir.
Un second jalon a été franchi avec la réforme engagée dans le cadre du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens. Celle‑ci est venue étendre le régime du contrôle de l’alcoolémie aux conducteurs de navires de plaisance soumis à permis et créer un cadre juridique relatif à l’usage de stupéfiants tant pour les plaisanciers que pour les gens de mer (les professionnels). À cet égard, les dispositions de la présente proposition de loi devront, au cours de son examen, être précisées et complétées afin de tenir compte des mesures qui seront prises pour préciser les modalités de contrôle et de dépistage de l’alcoolémie et de l’usage de stupéfiants en mer, ainsi que le régime applicable aux substances psychoactives.
La création d’un homicide maritime sur le modèle de l’homicide routier répond à une attente largement partagée, notamment en mars 2026, par la publication d’une tribune cosignée par plus de cinquante parlementaires de différents groupes politiques
La présente proposition de loi constitue ainsi l’aboutissement naturel d’une réforme déjà engagée. Après avoir renforcé la prévention, les contrôles et les sanctions administratives ou contraventionnelles, il apparaît désormais nécessaire de faire évoluer notre droit pénal.
Il ne s’agit pas de créer une nouvelle échelle de peines. À l’instar de l’homicide routier, la présente proposition de loi vise à créer une qualification autonome permettant de mieux caractériser les comportements d’une particulière gravité ayant conduit au décès d’une personne à l’occasion de la navigation maritime. Cette évolution répond à une attente forte des victimes et de leurs familles. Elle permettra également de mieux traduire, dans notre droit, la gravité objective de comportements qui ne peuvent plus être assimilés à de simples accidents.
L’ article 1 er crée, au sein du code pénal, un nouveau chapitre intitulé « Des homicides et blessures maritimes ». Il institue trois nouvelles infractions : l’homicide maritime (221‑ 22 ), les blessures maritimes ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois (221‑ 23 ) et les blessures maritimes ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à trois mois (221‑ 24 ). À l’instar de l’homicide routier, ces infractions sont caractérisées lorsque le décès ou les blessures ont été causés dans l’une des circonstances énumérées par la loi. En leur absence, les faits demeurent qualifiés d’homicide involontaire ou de blessures involontaires et continuent de relever des dispositions de droit commun du code pénal.
Le présent article adapte au domaine maritime les principales circonstances retenues par le législateur en matière d’homicide routier, notamment l’alcoolémie, l’usage de stupéfiants [1] , l’absence des titres requis pour la conduite, la fuite après l’accident ou le refus de porter assistance. Il y ajoute plusieurs circonstances propres à la navigation, telles que le défaut de maîtrise du navire, la circulation dans une zone réglementée destinée à assurer la sécurité des personnes, la méconnaissance des règles essentielles de navigation ou encore le défaut de veille, afin de tenir compte des risques spécifiques liés à la navigation maritime et fluviale.
L’article 1 er institue également un régime de peines complémentaires adapté aux spécificités de la navigation. Le juge pourra notamment prononcer la suspension ou l’annulation des titres permettant la conduite d’un navire, l’interdiction d’assurer la conduite de tout navire ou bateau, la confiscation ou l’immobilisation du navire ayant servi à commettre l’infraction ainsi que l’obligation d’accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité maritime. Certaines de ces peines complémentaires revêtent un caractère obligatoire dans les hypothèses les plus graves, sous réserve d’une décision spécialement motivée de la juridiction.
L’ article 2 procède aux coordinations rendues nécessaires par la création de ces nouvelles infractions. Il modifie en conséquence le code pénal, le code de procédure pénale et le code général des impôts afin d’assurer l’intégration des nouvelles qualifications d’homicide maritime et de blessures maritimes dans l’ensemble des dispositions qui s’y rapportent.
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proposition de loi