Exposé des motifs
M esdames , M essieurs ,
La fraude bancaire, sous toutes ses formes, constitue une menace directe et croissante pour la sécurité financière de notre pays, la confiance dans nos institutions et la protection des épargnants. La loi du 6 novembre 2025 visant à renforcer la lutte contre la fraude bancaire a constitué une étape majeure en consolidant les dispositifs de prévention, de détection et de protection des usagers. Toutefois, l’évolution récente des pratiques frauduleuses au sein du secteur bancaire révèle un angle mort persistant, justifiant un ajustement ciblé et proportionné de notre arsenal juridique.
Le secteur bancaire français est confronté à une recrudescence de manquements graves aux dispositions internes - code de déontologie, règlement intérieur, procédures internes - commis par certains collaborateurs. Si la fraude interne n’est pas un phénomène nouveau, les cas récents mettent en évidence l’implication de réseaux organisés exploitant la connaissance des processus internes et les accès aux outils bancaires. Certaines personnes ciblent délibérément des postes sensibles pour y commettre des infractions et quittent l’entreprise avant toute détection, opérant successivement dans plusieurs établissements. Selon les principaux réseaux bancaires, près de 500 manquements graves ont été recensés en 2024, pour un préjudice estimé à 40 millions d’euros.
L’infiltration de structures de confiance par des individus agissant au profit de réseaux frauduleux constitue désormais un risque qui dépasse largement le seul cadre du secteur bancaire. Des phénomènes comparables sont observés dans le secteur des assurances, les organismes de protection sociale, certaines entreprises exerçant des missions de contrôle ou de certification, ainsi qu’au sein de services administratifs disposant d’un accès privilégié à des données ou à des procédures sensibles. Les organisations frauduleuses cherchent de plus en plus à contourner les dispositifs de sécurité non par des attaques extérieures, mais par l’intégration de complices au sein même des structures qu’elles ciblent. Cette évolution marque une mutation préoccupante de la délinquance économique et financière.
Les conséquences dépassent le seul préjudice subi par les organismes concernés. Les complicités internes peuvent faciliter des opérations de blanchiment, des fraudes fiscales et sociales, des détournements d’aides publiques, des usurpations d’identité ou encore le contournement de procédures de contrôle. Elles fragilisent l’action des pouvoirs publics, portent atteinte à la confiance des citoyens dans les institutions et contribuent au développement de réseaux criminels structurés.
Ces détournements facilitent la fraude fiscale et sociale. À plusieurs reprises en 2024, la fraude bancaire interne a directement contribué à la réalisation de fraudes aux finances publiques et aux aides sociales. Dans son rapport de juillet 2025 sur la prévention des comptes rebonds utilisés pour le blanchiment d’escroqueries et autres fraudes, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution souligne le rôle de comptes suspectés dans le cadre de diverses escroqueries, incluant les fraudes aux aides publiques et sociales, aux faux investissements ou aux fausses ventes en ligne. La complicité de collaborateurs internes permet l’ouverture de comptes « rebonds » transférant les fonds hors de portée des autorités compétentes.
Ces manquements peuvent être commis par toute personne exerçant une activité au sein d’une banque, quel que soit son statut : contrat à durée indéterminée, contrat à durée déterminée, intérim, stage, alternance ou prestataire. Les dispositifs actuels de vérification des antécédents - Traitement d’antécédentes judiciaires (TAJ), bulletin n° 3 du casier judiciaire, prise de références - apparaissent insuffisants pour prévenir efficacement le recrutement de personnes ayant commis de tels manquements. Les contraintes juridiques, techniques et organisationnelles limitent la capacité des établissements de crédit et des sociétés de financement à sécuriser leurs recrutements face à des techniques de fraudes de plus en plus sophistiquées.
L’ article 1 er de la présente proposition de loi prévoit la création d’un fichier national recensant les personnes ayant commis, dans le cadre de leur activité professionnelle au sein des établissements de crédit et des sociétés de financement, des manquements graves à leurs obligations de déontologie fixées par leurs employeurs, susceptibles de porter atteinte à la sécurité financière de l’établissement ou de sa clientèle. La gestion de ce fichier est confiée à un tiers de confiance public.
Inspiré de dispositifs existant dans d’autres pays européens, notamment en Belgique et aux Pays‑Bas, ce mécanisme a pour objectif de prévenir la réitération de comportements frauduleux et de renforcer la sécurité du secteur, tout en garantissant la proportionnalité et la confidentialité des données. La conservation des informations sera limitée à cinq ans, sauf en cas de procédure judiciaire ou administrative en cours.
La consultation du fichier sera strictement réservée aux personnes habilitées au sein des établissements bancaires et aux administrations compétentes, dans le cadre de leurs missions respectives. Elle constituera un outil complémentaire de lutte contre les fraudes fiscales et sociales, garantissant l’efficacité du dispositif tout en respectant le secret professionnel et le droit à l’information et au recours des personnes inscrites.
La présente proposition de loi a pour objet de permettre, à des fins de lutte contre la fraude fiscale et sociale, de couverture des risques opérationnels et de protection de la clientèle, la création et la consultation d’un fichier national des personnels ayant commis des manquements graves à leurs obligations de probité. Un arrêté du ministre chargé de l’économie, pris après avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, précisera les modalités de fonctionnement du dispositif.
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proposition de loi